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Confinements ou pas, l'année 2020 n'a pas été bonne pour le climat

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Par Jeremy Wilks

2020 a été une année extraordinaire du fait de la pandémie de Covid-19. D'après les derniers chiffres du Service Copernicus concernant le changement climatique, elle a également été, avec 2016, l'année la plus chaude de l'histoire des relevés avec des températures mondiales supérieures de 0,6°C par rapport à la moyenne de la période 1981-2010.

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2020 a été avec 2016, l'année la plus chaude jamais enregistrée.euronews

Quant aux températures de l'air en surface en décembre 2020 selon les données de Copernicus ci-dessous, des anomalies ont notamment concerné l'Europe avec un mercure plus élevé que la moyenne de la période 1981-2010 en Scandinavie et dans l'Est du continent tandis qu'il a fait plus froid dans une grande partie de la Russie et en Asie centrale.

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Anomalies de températures de l'air en surface en décembre 2020Copernicus

La décennie la plus chaude jamais enregistrée

L'année 2020 a aussi conclu la décennie la plus chaude jamais enregistrée. Le graphique ci-dessous fourni par Copernicus présente les moyennes décennales établies par différentes institutions scientifiques depuis 1851 et sur ces quarante dernières années, le réchauffement est flagrant.

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Évolution des moyennes de températures décennales de 1851 à 2020Copernicus

Une baisse des émissions de CO2 en 2020

La pandémie de coronavirus a occasionné des confinements dans toute l'Europe. Les rues se sont vidées et l'air est devenu plus propre. Les niveaux de pollution au dioxyde d'azote issus des véhicules ont connu jusqu'à 50% de baisse dans certains endroits.

Mais ces changements n'ont pas été durables. Richard Engelen, directeur-adjoint du Service de surveillance de l'atmosphère de Copernicus (CAMS), nous explique pourquoi.

"Quand les émissions se réduisent, les concentrations baissent ; quand elles augmentent, les concentrations font pareil," fait-il remarquer. "C'est parce que ces polluants ont une durée de vie courte dans l'atmosphère : soit ils retombent au sol avec la pluie par exemple, soit ils réagissent avec d'autres gaz dans l'atmosphère, donc leur durée de vie est limitée," indique-t-il.

Ainsi en 2020, l'évolution de la pollution de l'air a suivi la mise en place et la levée des confinements. En parallèle, les émissions de CO2 ont chuté de 7% l'an dernier. Mais quel a été l'impact réel sur notre climat ?

"Il y a de l'espoir"

Nous avons posé la question à Genève, à des experts de l'Organisation météorologique mondiale (OMM). Aux Jardins botaniques de la ville, nous rencontrons la scientifique Oksana Tarasova. Elle salue la baisse des émissions en lien avec la pandémie.

"Ce que la pandémie nous a montré, c'est qu'il y a de l'espoir, dans le sens où si nous devons agir, nous sommes capables de mener des actions massives," se réjouit la directrice du département de recherche sur l'environnement atmosphérique à l'OMM.

Mais pour Oksana Tarasova, cette réduction des rejets n'est pas significatif en termes de changement climatique. "Les niveaux de CO2 dans l'atmosphère tout comme ceux d'autres gaz à effet de serre importants comme le méthane et l'oxyde d'azote augmentent tous, donc nous n'avons constaté aucun recul dans les concentrations," fait-elle remarquer.

"Quand on regarde la courbe, elle monte inexorablement : comme en 2019. 2020 ne fait pas exception, elle augmente encore," souligne-t-elle.

Le système climatique réagit très lentement

Le CO2 entraîne l'effet de serre que l'on appelle ainsi parce que ce gaz piège la chaleur dans l'atmosphère terrestre, exactement comme le verre la retient dans la serre tropicale des Jardins botaniques de Genève.

"Il y a un effet de serre naturel qui est permanent, qui était déjà là avant que les humains ne démarrent la moindre activité et il y a un effet de serre induit par l'homme : ce sont nos émissions," précise Oksana Tarasova."Donc quand nous rejetons du CO2, du méthane ou de l'oxyde d'azote en plus dans l'atmosphère, toutes ces molécules que nous ajoutons jouent le rôle de petits appareils de chauffage," déclare-t-elle.

Ces "petits appareils de chauffage" font que nous sommes à présent sur la trajectoire d'un réchauffement planétaire de plus d'un degré et demi dans les prochaines décennies. Or le système climatique réagit très lentement, rappelle Maxx Dilley, directeur du département des Services climat à l'OMM. "Il faut des décennies au système climatique pour intégrer ce qui se trouve dans l'atmosphère, donc notre configuration actuelle de températures à l'échelle de la planète résulte des concentrations de gaz à effet de serre que nous avions il y a trente ans," précise-t-il. "Donc cela va prendre encore trente ans pour que le système climatique commence à correspondre aux concentrations actuelles," dit-il.

Des concentrations similaires "il y a trois à cinq millions d'années"

Les concentrations de CO2 dans l'atmosphère atteignent aujourd'hui plus de 410 parties par million, bien plus que les 280 de l'époque pré-industrielle.

Les conséquences de cette hausse sont lourdes de sens. "La dernière fois que l'atmosphère terrestre a connu cette quantité de CO2, c'était il y a trois à cinq millions d'années," explique Oksana Tarasova qui ajoute : "À cette époque, la température était supérieure de deux à trois degrés par rapport à aujourd'hui et le niveau des océans était plus élevé de dix à vingt mètres. Mais il n'y avait pas d'humains," fait-elle remarquer.

Journaliste • Jeremy Wilks