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L'embargo de l'UE sur le pétrole russe "en négociation jusque fin mai"

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Par Jorge Liboreiro  & Efi Koutsokosta, Shona Murray
Ursula von der Leyen a dévoilé la proposition d'une taxe européenne sur les importations de pétrole russe, mais l'accord final doit encore être trouvé.
Ursula von der Leyen a dévoilé la proposition d'une taxe européenne sur les importations de pétrole russe, mais l'accord final doit encore être trouvé.   -   Tous droits réservés  Jean-Francois Badias/Copyright 2022 - The Associated Press - Tous droits réservés

Les négociations patinent concernant une proposition ambitieuse visant à interdire toutes les importations de pétrole russe sur le marché de l'Union européenne car plusieurs États membres estiment que ce changement rapide de source d'énergie provoquera des ravages économiques.

Après plus d'une semaine d'intenses discussions, il n'y a toujours pas d'accord en vue. Les espoirs sont minces quant à la possibilité d'une avancée lors d'une réunion des ministres des affaires étrangères ce lundi.

Selon les déclarations de diplomates à Euronews, les discussions pourraient s'éterniser jusqu'au sommet européen extraordinaire prévu les 30 et 31 mai où une solution politique au plus haut niveau pourrait être trouvée.

Le principal point de discorde reste le calendrier envisagé par la Commission européenne : un abandon progressif de tout le brut russe en six mois et de tous les produits pétroliers raffinés d'ici à la fin de l'année. La mesure s'appliquera au pétrole transporté par mer et par oléoduc.

La Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque, mais aussi la Bulgarie freinent des quatre fers

Cette mesure met dans l'embarras, trois pays enclavés : la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque qui sont reliés à l'oléoduc Druzhba exploité par la Russie et qui s'approvisionnent majoritairement auprès de cet énorme pipeline.

Dans un premier temps, la Hongrie et la Slovaquie avaient demandé une prolongation sur mesure pour que l'embargo soit mis en place en décembre 2024. La République tchèque a elle réclamé un report jusqu'en juin 2024, date à laquelle elle devrait être raccordée à l'oléoduc transalpin TAL.

La Bulgarie qui elle, a accès à la mer a rejoint ce groupe de réticents à l'embargo sur le pétrole russe et a demandé une dérogation similaire. Son gouvernement fait valoir que la raffinerie de pétrole de Burgas qui appartient à la multinationale russe de l'énergie LUKOIL ne pourrait pas fonctionner entièrement sans le pétrole russe.

Un embargo capital

Cet embargo sur le pétrole russe revêt une importance capitale pour l'Union européenne qui le considère comme l'un des derniers recours pour limiter la capacité du Kremlin à financer l'invasion de l'Ukraine, les précédentes séries de sanctions n'ayant pas permis de déclencher des répercussions économiques suffisamment néfastes pour faire renoncer Vladimir Poutine.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s'est rendue en début de semaine dernière à Budapest et a rencontré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán dans l'espoir de surmonter les divergences et de parvenir à un accord. Mais elle a quitté la réunion les mains vides déclarant : "Des efforts supplémentaires sont nécessaires."

Depuis, la Hongrie a confirmé son opposition à ce sixième paquet de sanctions proposé par l'UE. Dans une interview accordée au journal espagnol "El País", le ministre des Affaires étrangères hongrois Péter Szijjártó a déclaré que la transition énergétique de son pays prendrait plus de cinq ans et nécessiterait entre 500 et 550 millions d'euros, en plus de 200 millions d'euros destinés à renforcer la capacité de l'oléoduc Adria.

"Nous avons dit à la présidente de la Commission que sa proposition nous crée un problème et que nous ne pouvons pas l'accepter, à moins qu'elle nous offre une solution," a indiqué Péter Szijjártó.

"Aucun plan de ce type n'a été présenté jusqu'à présent," a-t-il poursuivi. "La chose la plus rationnelle serait que l'interdiction des importations de pétrole russe s'applique aux expéditions par voie maritime, mais les livraisons par oléoduc devraient être exemptées," a-t-il assuré.

Les exemptions ne sont pas "une bonne idée"

Même si la plupart des barils de pétrole russes sont acheminés dans les pays de l'UE via les ports, le fait de soustraire les oléoducs à l'embargo ouvrirait une brèche considérable dans l'action collective européenne et offrirait à Moscou, des conditions favorables pour continuer de générer des bénéfices sur le marché européen.

Un officiel d'un pays partisan de la ligne dure a déclaré à Euronews que les exemptions n'étaient pas une "bonne idée", qu'elles constituaient une "menace pour les règles de concurrence" et qu'elles devaient s'accompagner de taxes supplémentaires et d'une interdiction de vendre du pétrole russe à d'autres pays.

La Commission a déclaré qu'elle était ouverte à la négociation d'une prolongation des délais et de "solutions pragmatiques" pour les pays qui se trouvent dans des situations "très spécifiques", mais elle a jusqu'à présent refusé de soustraire les oléoducs à l'embargo proposé.

Les sanctions européennes nécessitent l'approbation unanime des 27 États membres. Cela signifie que les quatre pays qui y sont opposés en l'état pourraient retarder la décision finale aussi longtemps qu'ils le jugeraient nécessaire pour garantir ses exemptions.

Vers une solution politique lors du sommet du 30 mai ?

Les négociations se déroulent à un niveau politique et technique et réunissent des représentants nationaux, la présidence française du Conseil de l'UE et la Commission.

La présidente Ursula von der Leyen n'a pas encore tenu la vidéo-conférence avec les "partenaires régionaux" qu'elle avait annoncée en début de semaine dernière. Celle-ci devait avoir lieu mardi dernier, mais elle a été reportée sine die.

"Nous organiserons [cet appel vidéo] lorsque nous estimerons que les solutions que nous trouvons sont suffisamment mûres pour être discutées par les dirigeants," a déclaré jeudi un porte-parole de la Commission.

Les diplomates craignent que Viktor Orbán ne veuille faire traîner les discussions jusqu'à ce que les dirigeants européens se réunissent le 30 mai pour un sommet extraordinaire où une solution politique, plutôt que technique, pourrait être trouvée, ont affirmé des sources diplomatiques à Euronews.

L'ordre du jour du sommet intégrera "la défense, l'énergie et l'Ukraine" selon le président du Conseil européen Charles Michel qui a convoqué le sommet début avril, bien avant la présentation de l'embargo sur le pétrole russe.

La question centrale des fonds alloués à la transition

Viktor Orbán avait précédemment déclaré que cette sanction était une "ligne rouge" pour son pays bien qu'il ait voté en faveur d'une interdiction européenne du charbon russe. Plus récemment, le Premier ministre hongrois a comparé l'embargo pétrolier proposé à "une bombe nucléaire lâchée sur l'économie hongroise."

Scinder ce sixième paquet de sanctions en deux pour approuver les autres mesures - telles que l'exclusion de Sberbank, la plus grande banque russe, du système SWIFT - en attendant l'approbation de la mesure sur le pétrole n'est pas une option pour le moment, a déclaré un fonctionnaire de l'UE, sous couvert d'anonymat.

La question des fonds alloués est appelée à dominer les discussions en cours. La Commission présentera mercredi, sa très attendue initiative REPowerEU, un plan visant à rendre l'UE indépendante des combustibles fossiles russes bien avant 2030. L'annonce devrait inclure des financements destinés à soutenir la coûteuse transition énergétique des États membres, en particulier de ceux qui actuellement, dépendent le plus des importations russes.

L'interdiction du pétrole russe est considérée comme la mesure la plus radicale et la plus conséquente prise par l'UE en réponse à la guerre en Ukraine.

Depuis le début du conflit, le 24 février, les 27 États membres ont dépensé environ 24 milliards d'euros en pétrole russe selon un outil de suivi du Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), un organisme de recherche indépendant.