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La Pologne et la Bulgarie pourraient se passer du gaz russe uniquement jusqu'à l'hiver

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Par Alice Tidey
Un ouvrier biélorusse en service dans une station de compression de gaz du gazoduc Yamal-Europe près de Nesvizh en Biélorussie, 2006
Un ouvrier biélorusse en service dans une station de compression de gaz du gazoduc Yamal-Europe près de Nesvizh en Biélorussie, 2006   -   Tous droits réservés  AP Photo/Sergei Grits

Alors que le printemps est là, la décision prise par la Russie de couper l'approvisionnement en gaz de la Pologne et de la Bulgarie pourrait avoir des effets moindres pour les consommateurs dont les besoins de chauffage sont plus réduits en cette saison. Il n'en reste pas moins que les pays concernés n'ont pas de temps à perdre afin de trouver des alternatives pour leur approvisionnement en gaz, et ce avant que le froid ne revienne.

La décision de Gazprom annoncée mardi soir à ces deux États membres de l'UE a été qualifiée de "chantage" par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et de "rappel brutal" que l'Union a besoin de "partenaires fiables pour construire son indépendance énergétique". Elle a également cherché à minimiser les conséquences de cette situation soulignant que les pays voisins se sont mobilisés pour fournir du gaz à la Pologne et à la Bulgarie.

Leurs autorités se sont également montrées rassurantes : le Premier ministre bulgare Kiril Petkov s'est félicité de l'achèvement prochain de l'interconnexion gazière Grèce-Bulgarie (IGB) qui acheminera principalement du gaz d'Azerbaïdjan vers son pays. Dans le même temps, la ministre polonaise du Climat et de l'Environnement Anna Moskwa a souligné que les réserves permettaient d'assurer l'approvisionnement en gaz des foyers polonais.

Pourtant, des experts ont indiqué à euronews que si le consommateur moyen ne devrait pas sentir les effets du gel du gaz russe jusqu'à l'hiver, la situation est très différente pour l'industrie.

L'hiver polonais "sera difficile"

Selon l'Agence internationale de l'Énergie (AIE), le charbon a représenté un peu plus de 40 % du mix énergétique de la Pologne en 2020, suivi du pétrole (environ 30 %) et du gaz naturel (environ 18 %), le reste provenant des biocarburants et des déchets, ainsi que d'autres sources d'énergies renouvelables dont l'éolien et le solaire.

Mais la Pologne répond elle-même à moins de la moitié (46 %) de ses besoins énergétiques en produisant environ 80 % du charbon qu'elle consomme, mais seulement 20 % du gaz et 3 % du pétrole. Le reste est donc couvert par des importations. Environ la moitié du gaz et près des deux tiers du pétrole importés par la Pologne proviennent de Russie selon le groupe de réflexion Forum Energii.

Ces chiffres sont élevés, mais restent bien inférieurs à ceux d'il y a quelques années lorsque près de 80 % des importations de gaz de la Pologne provenaient de Russie.

À l'annonce de la décision de Gazprom, Anna Moskwa a affirmé que son pays s'était préparé à un tel scénario et que "grâce à des investissements dans les infrastructures comme le projet Baltic Pipe ou les connexions avec d'autres États membres, le système gazier polonais est l'un des rares dans l'UE à pouvoir abandonner totalement les approvisionnements en provenance de Russie." Elle a ajouté que les réserves de gaz étaient remplies à 76 %.

Joanna Maćkowiak Pandera, présidente de Forum Energii, a expliqué à euronews, que "la décision de Gazprom n'aura pas d'impact sur la production d'électricité" en Pologne.

"Le plus gros problème sera rencontré par l'industrie qui est le plus gros consommateur de gaz en Pologne à hauteur de 42 % ; ensuite, il y a les ménages et le secteur du chauffage," a-t-elle ajouté.

En Pologne, l'hiver sera certainement difficile pour le chauffage.
Joanna Maćkowiak Pandera
Présidente de Forum Energii

Le projet Baltic Pipe qui acheminera du gaz naturel de la Norvège à la Pologne en passant par le Danemark n'est pas encore achevé après avoir subi des retards. Il devrait permettre de livrer 10 milliards de m³ de gaz par an à la Pologne, soit environ la moitié de la consommation totale du pays.

À la date d'aujourd'hui, sa mise en service est prévue le 1er octobre, mais il commencera à fonctionner avec des volumes plus faibles car il devrait être pleinement opérationnel qu'à partir du 1er janvier 2023, date à laquelle l'hiver aura déjà débuté sur le Vieux Continent.

La Bulgarie a besoin "d'accords de solidarité"

Le charbon est également la principale source d'énergie de la Bulgarie, suivi de près par le pétrole et le nucléaire. Le gaz naturel ne représente que 10 à 15 % de son bouquet énergétique, le reste étant fourni par les biocarburants, l'hydroélectricité, l'éolien et le solaire.

Mais au moins trois quarts des importations de gaz de ce pays de l'Est de l'Europe proviennent actuellement de Russie et le gaz est essentiel pour "la catégorie des consommateurs industriels du marché", a déclaré à euronews Martin Vladimirov, directeur du programme sur l'énergie et le climat au Centre d'étude de la démocratie (CSD) de Sofia.

"La plus grande raffinerie du sud-est de l'Europe (également détenue par la Russie), les usines d'engrais, les usines de verre et les producteurs pétrochimiques représentent à eux seuls, un tiers de la demande de gaz en Bulgarie," a-t-il fait remarquer avant d'ajouter : "Sans un approvisionnement alternatif, stable et régulier en gaz, il serait difficile pour le pays de répondre aux besoins de consommation de gaz de l'industrie ; du rationnement et des arrêts de production ne sont pas à exclure," a-t-il affirmé.

Selon Martin Vladimirov, les réserves de gaz de la Bulgarie ne sont remplies qu'à 17 %."Ce qui signifie qu'au taux de prélèvement actuel d'environ quatre millions de m³ par jour, elle ne serait pas en mesure de couvrir l'intégralité de la demande intérieure de gaz pendant plus de deux à trois semaines," a-t-il déclaré.

Les autorités bulgares misent désormais sur l'IGB. Le gazoduc permettra à la Bulgarie d'être reliée à la voie d'approvisionnement en gaz naturel qui traverse la Turquie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan, puis rejoint les terminaux grecs et italiens.

Mais là encore, comme pour la Pologne avec le projet Baltic Pipe, il est peu probable que l'IGB soit pleinement opérationnel avant la prochaine baisse des températures. "Il est davantage probable que les travaux de construction se terminent en septembre, puis il y aura un processus de certification de trois mois," nous a précisé Martin Vladimirov.

Cependant, lorsque cette interconnexion sera pleinement effective, "la sécurité de l'approvisionnement en gaz de la Bulgarie devrait être réellement renforcée," a poursuivi le spécialiste, car elle permettra de fournir un milliard de m³ de gaz par an.

Mais, a-t-il ajouté, "la Bulgarie devra chercher des alternatives supplémentaires, notamment en signant des contrats à long terme de fourniture de GNL (gaz naturel liquéfié) avec d'autres acteurs comme les États-Unis, le Qatar ou l'Algérie."

"Comme mesure immédiate, le gouvernement bulgare devrait signer des accords de solidarité avec la Grèce et la Roumanie pour certaines quantités définies de gaz à mesure que l'offre russe sur le marché de l'Europe du Sud-Est diminue," a-t-il conseillé.

L'UE se tourne vers les États-Unis, le Qatar, la Corée du Sud...

Deux semaines après le déclenchement par la Russie de la guerre en Ukraine, l'Union européenne, de son côté, a annoncé qu'elle allait réduire de deux tiers, ses importations de gaz russe d'ici à la fin de l'année.

Elle a ensuite conclu un accord avec Washington à la fin du mois dernier pour que les États-Unis augmentent leurs livraisons de gaz naturel liquéfié de 15 milliards de m³ cette année pour atténuer les effets de la baisse de l'approvisionnement en gaz russe. Ils devraient ensuite lui fournir 50 milliards de m³ supplémentaires de GNL jusqu'en 2030.

Bruxelles s'est également engagée à accélérer les investissements de diversification, notamment dans les énergies renouvelables, mais aussi dans les terminaux pouvant accueillir les livraisons de GNL de pays comme le Qatar, la Corée du Sud et Israël. Ces terminaux peuvent ensuite être réutilisés pour produire de l'hydrogène dont l'UE a fait un élément clé de sa transition énergétique et de son ambition de devenir le premier continent neutre en carbone d'ici à 2050.

Dans une allocution devant la presse ce mercredi, Ursula von der Leyen a réaffirmé que l'UE s'efforçait de "garantir des approvisionnements en gaz alternatifs auprès d'autres partenaires," soulignant que la décision de Gazprom est "un rappel brutal que nous devons travailler avec des partenaires fiables."

Selon la Commission, l'UE a le potentiel d'importer 50 milliards de m³ de GNL supplémentaires par an.