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La France freine-t-elle l'objectif de la péninsule ibérique de devenir un fournisseur d'énergie?

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Par Elza GONCALVES  & euronews
Des éoliennes se dressent à l'extérieur du village de Nazaré, sur la côte ouest du Portugal, dimanche 22 décembre 2019.
Des éoliennes se dressent à l'extérieur du village de Nazaré, sur la côte ouest du Portugal, dimanche 22 décembre 2019.   -   Tous droits réservés  Euronews

Pour l'Espagne et le Portugal, le plan de l'UE visant à réduire sa dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes peut constituer une opportunité historique.

La péninsule ibérique est un leader en matière d'énergies renouvelables, qu'il s'agisse d'énergie solaire, hydraulique ou éolienne. Mais son interconnexion avec le reste de l'Europe reste faible.

"L'Espagne et le Portugal demandent depuis longtemps une interconnexion plus importante et de meilleure qualité, surtout en matière d'électricité, avec le reste de l'Europe", a déclaré Pierre Tardieu, responsable politique de WindEurope, une association pour l'énergie éolienne en Europe.

"C'est quelque chose qui, dans une certaine mesure, les a frustrés parce qu'ils n'ont pas eu la réponse qu'ils espéraient".

Le défi du passage de la frontière française

Pour atteindre les marchés européens, les deux pays ont besoin d'infrastructures passant par la France.

Lors d'un sommet en 2015, l'Espagne, le Portugal et la France ont donc convenu d'en construire pour mieux intégrer la péninsule ibérique dans l'Union de l'énergie.

En 2018, les trois pays se sont fixés l'objectif d'atteindre un niveau de capacité d'interconnexion de 15 %, avec plusieurs projets.

La Commission européenne a par exemple engagé 578 millions d'euros de financement pour un câble électrique sous-marin entre l'Espagne et la France à travers le golfe de Gascogne.

"Le Portugal et l'Espagne sont une puissance en matière de production d'électricité. C'est surtout l'électrification qui va permettre la décarbonisation", estime M. Tardieu.

"Plus les marchés européens seront interconnectés, plus le système énergétique sera résilient".

L'Espagne déçue par la coopération de la France

Initialement prévu pour 2025, le projet a été retardé et est maintenant prévu pour 2027.

Les autorités espagnoles n'ont pas caché leur déception quant à leur collaboration avec la France.

"Nous avons beaucoup d'affinités et de synergies avec la France (...) mais il est très difficile d'avancer avec elle en termes d'interconnexions énergétiques", a déclaré la ministre espagnole de l'environnement, Teresa Ribera, en mars lors d'un point presse.

Le Portugal fait également pression sur la France. Le président de l'Association portugaise des énergies renouvelables a déclaré à Euronews que les projets d'interconnexions actuels ne sont pas suffisants pour atteindre l'objectif de 15%.

"Lorsque tous les projets actuels seront achevés, l'interconnexion entre l'Espagne et la France devrait atteindre l'objectif de 8 GW, ce qui est en deçà de l'objectif de 15%", a déclaré à Euronews le président de l'Association portugaise des énergies renouvelables, Pedro Amaral Jorge.

"L'expansion de la capacité de transport et de transfert d'énergie entre la péninsule ibérique et la France doit être accélérée rapidement".

Bruxelles reconnaît la nécessité d'investir dans le réseau électrique européen

Les derniers plans de l'UE visant à réduire la dépendance à l'égard des combustibles fossiles russes prévoient une accélération des efforts pour relier la France et l'Espagne. Bruxelles estime que l'éolienne et le solaire devraient jouer un rôle plus important dans la transition énergétique de l'Europe.

Une stratégie dans laquelle l'Espagne et le Portugal affirment être en avance. Le Portugal a annoncé un nouvel objectif visant à atteindre 80 % de la consommation d'électricité provenant des énergies renouvelables en 2026.

L'Espagne a établi une feuille de route pour devenir la locomotive des éoliennes flottantes.

Le plan de l'UE visant à rendre l'Europe indépendante des importations d'énergie russe nécessite 29 milliards d'euros d'investissements supplémentaires dans le réseau électrique européen.

"Cela signifie que le réseau électrique sera l'épine dorsale du système énergétique. Lorsque nous aurons une Europe bien interconnectée, avec la péninsule ibérique mieux reliée à la France et le sud-est de l'Europe mieux relié au reste de l'Europe, et l'achèvement de la synchronisation des pays baltes, les Européens pourront exploiter le formidable potentiel de l'éolien offshore en mer du Nord, de l'éolien terrestre dans la péninsule ibérique, et du solaire dans le sud-est de l'Europe", estime M. Tardieu.

Avec un nouveau chef de gouvernement en France, le moment est politiquement propice pour faire avancer le plan énergétique.

La nouvelle Première ministre, Elisabeth Borne, sera directement responsable des politiques énergétiques et climatiques.

Euronews a contacté le gouvernement français pour un commentaire mais n'a pas reçu de réponse au moment de la publication.