L'UE dénonce l'interdiction décidée par Varsovie et Budapest d'importer les céréales urkainiennes

L'UE a suspendu les droits d'importation et les quotas sur les exportations ukrainiennes, y compris les céréales
L'UE a suspendu les droits d'importation et les quotas sur les exportations ukrainiennes, y compris les céréales Tous droits réservés Efrem Lukatsky/Copyright 2022 The AP. All rights reserved
Par Jorge Liboreiro
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Pour soutenir Kyiv dans son effort de guerre, les 27 avaient décidé de suspendre les droits de douane et les quotas sur les produits en provenance d’Ukraine. Mais pour la Pologne et la Hongrie cette suspension perturbe les marchés agricoles.

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La Commission européenne juge inacceptable les interdictions imposées pendant le week-end par la Pologne et la Hongrie sur les céréales ukrainiennes.

La Slovaquie a adopté une interdiction similaire lundi, tandis que la Bulgarie a laissé entendre qu'elle pourrait bientôt faire de même.

Ces interdictions sont temporaires et visent différents types de céréales et de produits agricoles.

Ces quatre États membres se sont plaints à plusieurs reprises de l'afflux de denrées alimentaires ukrainiennes à bas prix. Ils soulignent que ces céréales remplissent leurs entrepôts, faussent le marché et font baisser les prix pour les producteurs locaux.

"Nous avons pris connaissance des annonces de la Pologne et de la Hongrie concernant l'interdiction des importations de céréales et d'autres produits agricoles en provenance d'Ukraine. Nous demandons des informations complémentaires aux autorités compétentes afin de pouvoir évaluer ces mesures", répond un porte-parole de la Commission européenne.

"Dans ce contexte, il est important de souligner que la politique commerciale relève de la compétence exclusive de l'UE et que, par conséquent, les actions unilatérales ne sont pas acceptables. En ces temps difficiles, il est crucial de coordonner et d'aligner toutes les décisions au sein de l'UE."

L'Ukraine est l'un des principaux exportateurs à l’échelle mondiale de maïs, de blé, de tournesol, d'orge et d'autres denrées alimentaires, qui constituent une bouée de sauvetage pour de nombreux pays en développement à travers le monde.

Mais ces flux commerciaux sont profondément perturbés par l'invasion russe. Les Nations Unies et la Turquie ont joué le rôle de médiateurs pour négocier un accord : l**'initiative céréalière de la mer Noire**.

Ce compromis garantit que la Russie n'attaquera pas les navires transportant des exportations de denrées alimentaires et d'engrais commerciaux à partir de trois ports ukrainiens.

Bien que fragile, l'accord a été renouvelé à plusieurs reprises et a permis d'exporter jusqu'à présent plus de 23 millions de tonnes de céréales et d'autres denrées alimentaires, selon les estimations de l'UE.

Parallèlement, les 27 ont décidé de suspendre les droits de douane et les quotas sur toutes les exportations ukrainiennes à destination de l'Union afin de soutenir le pays. L’objectif est de faciliter les échanges commerciaux pour les agriculteurs ukrainiens.

La suspension est censée durer jusqu'en juin de cette année, mais la Commission a proposé une prolongation d'un an jusqu'en juin 2024.

Les deux programmes - l'accord de la mer Noire et les voies de solidarité de l'UE - ont contribué à faire baisser les prix internationaux des produits de base. Les chiffres de la Banque mondiale montrent que le maïs s'élevait à 394,8 dollars la tonne en février, contre un pic de 522,29 dollars en mai 2022.

Cette tendance a toutefois suscité de vives critiques en Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, en Roumanie et en Bulgarie. Ces pays se plaignent des "niveaux sans précédent" de céréales exonérées de droits de douane qui sont stockées sur leur territoire et font baisser les prix pour les producteurs locaux.

"Si les distorsions du marché qui portent préjudice aux agriculteurs de nos pays ne peuvent être éliminées par d'autres moyens, nous demandons à la Commission de mettre en place les procédures appropriées pour réintroduire les droits de douane et les quotas sur les importations en provenance d'Ukraine", ont déclaré les dirigeants des cinq États membres dans une lettre commune adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Le gouvernement polonais, l'un des plus fervents soutiens de l'Ukraine, a lancé des appels contre l'excédent de céréales bon marché. Il demande à l’Union de prendre des mesures, à augmenter l'aide par le biais des fonds de l'UE et à veiller à ce que les importations ukrainiennes aboutissent dans des pays d'Afrique et du Moyen-Orient plutôt qu'à l'intérieur de l'Union européenne.

Face à la colère croissante des agriculteurs, qui craignent des pertes financières et des difficultés sociales, le ministre polonais de l'Agriculture, Henryk Kowalczyk, a démissionné de son poste au début du mois. Cette décision a coïncidé avec une visite d'État du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Parlant d'un "moment de crise", le chef du parti au pouvoir en Pologne, Jarosław Kaczyński, a annoncé samedi une décision visant à interdire temporairement les importations de céréales et d'autres denrées alimentaires, telles que le sucre, les œufs, la viande et le lait, en provenance d'Ukraine.

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Jarosław Kaczyński a ajouté que le gouvernement était prêt à discuter de la question avec les autorités de Kyiv, qui ont déploré cette mesure "drastique et unilatérale".

La Hongrie a emboîté le pas et s'est jointe à l'interdiction plus tard dans la journée de samedi, sans toutefois préciser les produits concernés.

Varsovie et Budapest précisent que leurs interdictions resteraient en vigueur jusqu'au 30 juin, date à laquelle la suspension des droits de douane devrait expirer.

Sauvegarde accélérée

Outre sa condamnation initiale, la Commission européenne a déclaré lundi qu'elle n’avait pas assez de précisions sur la base juridique des décisions prises par la Pologne et la Hongrie.

Elle a insisté sur les avantages des voies de solidarité et a reconnu l'impact de l'offre excédentaire sur le marché européen.

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Dans sa proposition législative visant à étendre le programme d'exonération tarifaire pour les importations ukrainiennes, l'institution a ajouté une "sauvegarde accélérée" qui peut réintroduire des droits sur les produits qui "affectent négativement" le marché européen.

"Ce n'est pas notre objectif, ni l'objectif de quiconque, de créer des difficultés pour les populations de l'Union européenne alors que nous soutenons l'Ukraine", a précisé un porte-parole de la Commission.

L'institution a dévoilé en mars un programme d'aide d'une valeur de 56,3 millions d'euros afin de compenser les pertes économiques subies par les agriculteurs polonais, bulgares et roumains en raison de l'augmentation des importations agricoles.

Un second paquet d'aide de fonds européens est en cours de préparation, a confirmé la Commission, sans fournir de détails spécifiques.

Interrogé sur la raison pour laquelle les marchandises ukrainiennes n'étaient pas expédiées vers l'Afrique et le Moyen-Orient, le porte-parole a répondu que les voies de solidarité n'étaient qu'un plan d'urgence pour faire sortir les céréales du pays, et non un accord commercial pour déterminer les "clients finaux".

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"Cette tâche est laissée aux opérateurs économiques, car il est évident qu'ils sont les mieux placés pour veiller à ce que (...) les choses puissent être envoyées là où elles sont nécessaires", a déclaré le porte-parole.

"Ce n'est donc pas à nous de juger de la destination finale."

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