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Elections législatives anticipées : Emmanuel Macron joue-t-il avec le feu ?

Le président français Emmanuel Macron apparaît sur un écran de télévision au siège du parti d'extrême droite du Rassemblement national lors de la soirée électorale, le dimanche 9 juin 2024 à Paris.
Le président français Emmanuel Macron apparaît sur un écran de télévision au siège du parti d'extrême droite du Rassemblement national lors de la soirée électorale, le dimanche 9 juin 2024 à Paris. Tous droits réservés Lewis Joly/Copyright 2024 The AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Lewis Joly/Copyright 2024 The AP. All rights reserved.
Par Sophia Khatsenkova
Publié le Mis à jour
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Cet article a été initialement publié en anglais

Le président français a perdu sa majorité absolue à l'Assemblée nationale en 2022 et a dû négocier le soutien des partis d'opposition au cas par cas.

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Le président français Emmanuel Macron a déclenché un séisme politique en annonçant dimanche qu'il dissolvait l'Assemblée nationale et convoquait des élections législatives anticipées. Une décision risquée qui pourrait s'avérer fatale pour le camp présidentiel.

Cette annonce est intervenue peu après que le Rassemblement national (RN), parti d'extrême droite, a infligé une défaite cinglante au parti Renaissance du président français lors des élections législatives européennes, en récoltant eux fois plus de voix.

Les électeurs français devront donc retourner aux urnes, cette fois pour élire 577 députés, le 30 juin et le 7 juillet.

Pourquoi maintenant ?

Dimanche soir, Emmanuel Macron a déclaré qu'il avait été poussé à dissoudre l'assemblée et à convoquer des élections rapides parce qu'il ne pouvait pas "faire comme si rien ne s'était passé".

Le RN a obtenu 31,4 % aux élections européennes, tandis que sa coalition centriste est arrivée loin derrière, avec 14,6 %.

Il s'agit du deuxième revers électoral majeur pour le chef de l'État, qui a perdu sa majorité absolue au Parlement quelques semaines après avoir été réélu pour un second mandat en 2022, le RN ayant obtenu le meilleur score de son histoire et étant devenu le principal parti d'opposition avec 88 sièges.

Depuis, Macron et son gouvernement ont dû négocier au cas par cas le soutien à des projets de loi et ont dû très souvent recourir à l'article 49.3 permettant l'adoption d'une loi sans passer par le vote du Parlement.

"La France a besoin d'une majorité claire pour agir dans la sérénité et l'harmonie", a-t-il déclaré dans une allocution télévisée diffusée peu après la publication des résultats.

"Le président n'a eu d'autre choix que de reconnaître que son propre parti venait de subir une défaite importante. Il devait saisir l'occasion pour reprendre le contrôle de l'histoire", a expliqué Alberto Alemanno, professeur de droit européen à HEC Paris.

"Et le seul moyen de reprendre le contrôle de cette histoire est de devenir soi-même cette histoire", a-t-il ajouté.

En convoquant des élections rapides, Emmanuel Macron ne laisse pas beaucoup de temps aux partis d'opposition pour s'organiser.

Cette décision a été critiquée par certains des opposants au président, comme la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, dont le parti de droite traditionnel, Les Républicains (LR), vient de subir une défaite massive aux élections européennes, avec un score de seulement 7,3 %.

"Dissoudre sans laisser le temps à quiconque de s'organiser ou sans aucune campagne, c'est jouer à la roulette russe avec le destin du pays", a-t-elle déclaré sur X, anciennement Twitter.

Une autre possibilité est que les élections anticipées obligent le parti de droite LR à former une coalition avec le camp présidentiel afin de bloquer la montée de l'extrême droite — ce que Les Républicains avaient précédemment refusé de faire.

Simon Hix, titulaire de la chaire de politique comparée à l'Institut universitaire européen, a mis en doute ce scénario sur X, en écrivant : "Qu'attend-il, que tous les autres partis, à l'exception du RN, rejoignent une coalition pour "sauver la République" ?

"Je doute sérieusement que cela soit possible en seulement trois semaines", a-t-il ajouté.

Une tactique plus machiavélique mentionnée par les experts politiques est que Macron souhaite que l'extrême droite prenne le pouvoir et devienne impopulaire avant l'élection présidentielle de 2027.

Bien qu'il ne puisse pas se représenter, le chef de l'État veut assurer la survie de son parti politique au niveau national et européen, selon M. Alemanno.

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"Macron a très peu à perdre et beaucoup à gagner en créant les conditions pour que l'extrême droite remporte les élections nationales en France pour ensuite essayer de gouverner le pays en montrant certaines limites et certains échecs possibles. Cela pourrait permettre au parti de M. Macron de reprendre le contrôle du prochain cycle présidentiel", a déclaré le professeur de droit européen.

Le président français semble miser sur la peur supposée de l'extrême droite au sein de certaines parties de l'électorat français.

"La majorité présidentielle essaie de jouer cette carte pour mettre tout le monde contre l'extrême droite. Je ne suis pas sûr que cela marche cette fois-ci. Je ne pense pas que la majorité présidentielle soit assez forte pour susciter une telle réaction d'unification afin de protéger le système contre le Rassemblement national", a déclaré M. Alemanno.

Mais pour Mujtaba Rahman, directeur général pour l'Europe du cabinet Eurasia, cette stratégie pourrait s'avérer payante. Il a expliqué sur X que le bon score du RN dans l'UE "ne se traduira pas nécessairement par une majorité dans une élection nationale", en partie parce que le taux de participation est plus faible pour les élections européennes que pour les scrutins nationaux.

Que se passera-t-il si le parti d'Emmanuel Macron perd les élections anticipées ?

Si le RN, ou un autre parti, obtient la majorité au Parlement, le président sera contraint de nommer une personne issue de ses rangs au poste de Premier ministre, qui choisira alors les ministres de son cabinet. C'est ce que les Français appellent une "cohabitation".

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Si Jordan Bardella, le leader du RN âgé de 28 ans, devenait Premier ministre, les divisions marquées pourraient avoir un impact important sur les questions de politique nationale.

La dernière fois qu'une cohabitation a eu lieu, c'était en 1997, lorsque le président de centre-droit Jacques Chirac a dissous le Parlement en pensant qu'il obtiendrait une majorité plus forte, mais a perdu contre toute attente face à une coalition de gauche menée par le parti socialiste.

Lionel Jospin a été nommé Premier ministre et a dirigé le gouvernement jusqu'en 2002.

Pour M. Rahman, les implications d'une cohabitation Renaissance-RN pour la France et l'UE "seraient profondes", notamment parce qu'"il y a déjà eu trois cohabitations entre des présidents et des gouvernements de convictions politiques différentesmais aucune entre des hommes politiques aussi opposés idéologiquement que Macron et Le Pen".

Macron est un fervent partisan de l'UE, tandis que le RN est eurosceptique.

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Paradoxalement, les élections européennes n'ont jamais eu autant d'impact sur la politique nationale française.

M. Alemanno pense également que les prochaines élections anticipées en France affecteront profondément la politique au niveau de l'UE.

"Je pense que M. Bardella sera trop distrait par la politique nationale pour jouer un rôle au sein de l'UE, par exemple dans le choix des nominations de haut niveau", a-t-il déclaré.

"Serons-nous en mesure de voir la France mener la danse ? Les libéraux n'obtiennent pas de très bons résultats. Il est donc certain que cette dynamique affaiblira la voix de la France autour de la table."

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