Le ministre Aleksandru Nazare soutient aussi le très controversé club E6 des poids lourds de l'économie, estimant que, s'il réussit, ce sera « une bonne chose » pour l'Europe.
Le ministre roumain des Finances, Alexandru Nazare, a déclaré à Euronews qu’il soutenait diverses mesures actuellement envisagées au sein de l’Union européenne afin de permettre au bloc de retrouver son avantage compétitif et de stimuler l’investissement.
Les propos de Nazare interviennent quelques jours après un sommet informel de l’UE consacré à la recherche de nouvelles façons de relancer une économie européenne en panne. L’une des principales propositions sur la table était celle d’une union à deux vitesses, permettant à au moins neuf pays de s’unir pour adopter des initiatives qui ne pourraient pas être approuvées autrement faute de consensus.
Nazare a apporté son soutien à cette mesure.
« La Roumanie soutient le paquet Marchés des capitaux [destiné à créer un marché unique et intégré des capitaux], la Roumanie soutient l’union de l’épargne et de l’investissement », a-t-il déclaré dans 12 Minutes with d’Euronews.
« J’ai toujours dit qu’il fallait accélérer ce paquet. Si ce format (l’union à deux vitesses) permet d’accélérer certains des dossiers que nous avons déjà à l’Ecofin (Conseil des affaires économiques et financières), je pense que c’est une bonne idée », a-t-il poursuivi.
Cet instrument juridique de coopération renforcée est entré sur le devant de la scène l’an dernier, lorsque les dirigeants de l’UE ont décidé d’accorder un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine sans l’aval de la Hongrie, de la Slovaquie et de la République tchèque, un tournant qui semble indiquer que les dirigeants privilégient désormais la rapidité à l’unanimité.
L’« E6 » pourrait être « très positif » pour l’Europe
Nazare a également soutenu le nouveau club élitiste des économies de l’UE, surnommé « E6 », qui rassemble l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Pologne.
Ce format s’est réuni pour la deuxième fois lundi en marge de la réunion de l’Eurogroupe, cette fois pour discuter des moyens d’accélérer l’intégration des marchés de capitaux européens. Mais il a suscité des craintes, notamment en Irlande, de voir les intérêts des petits pays sacrifiés.
« Je pense qu’il faut voir ce qui sortira finalement de l’E6 », a déclaré le ministre roumain, ajoutant avoir évoqué ce sujet avec ses homologues français et allemand en marge de la réunion de l’Ecofin mardi.
« Je ne pense pas qu’ils aient l’intention de laisser qui que ce soit de côté, a-t-il dit. Je pense qu’ils veulent résoudre certaines des questions cruciales qui sont sur la table. Et s’ils y parviennent, ce sera très bon pour l’Europe. »
Nazare a également soutenu les propositions défendues par la France pour une stratégie « Made in Europe », qui introduirait des exigences minimales de contenu européen pour les biens produits localement, un sujet également abordé lors du sommet de la semaine dernière.
« Cela (« Made in Europe ») va dans le sens de l’autonomie stratégique dont nous parlons, a-t-il expliqué. Je veux dire, cela doit être un projet européen. Et c’en est le cœur. [...] Depuis la création de l’Union européenne, toute l’idée était justement qu’elle devienne un bloc paneuropéen puissant. »
Interrogé sur le risque que cela puisse nuire aux relations de la Roumanie et de l’Europe avec des partenaires commerciaux clés comme les États-Unis, Nazare a souligné l’importance d’un environnement favorable à l’investissement en Europe.
« Nous avons actuellement 300 milliards d’euros de notre épargne investis à l’étranger. Si nous faisons en sorte que ces milliards investis à l’étranger le soient en Europe, c’est très bon pour l’Europe, a-t-il déclaré. Nous n’avons donc pas nécessairement à nous concentrer uniquement sur la compétitivité. Nous devons voir comment mieux utiliser l’épargne que nous avons déjà. »
Une autre idée discutée à Bruxelles, également portée par la France, est l’émission d’une dette commune de l’UE - des euro-obligations - destinée à stimuler l’investissement dans des secteurs stratégiques comme les technologies vertes, la défense et la sécurité.
Nazare a défendu cette proposition, rappelant que l’UE y avait déjà eu recours par le passé pour NextGenEU (le plan de relance de l’économie européenne après la pandémie de COVID-19).
« Je pense que cela est en phase avec nos priorités stratégiques et que cela répond clairement aux besoins d’investissement de l’économie européenne dans certains domaines stratégiques, comme l’IA, par exemple », a-t-il estimé.
L’idée d’utiliser une dette commune pour renforcer la compétitivité a également été défendue par l’ancien président du Conseil italien Mario Draghi, auteur d’un rapport influent sur la compétitivité publié en 2024. Elle se heurte toutefois aujourd’hui à une forte opposition de l’Allemagne et de certains États membres du Nord généralement considérés comme frugaux.
Le déficit record de la Roumanie
Nazare est aussi revenu sur le fait que la Roumanie affiche le déficit budgétaire le plus élevé de l’UE, en affirmant que la situation s’était améliorée ces derniers mois.
« Je dirais que les conditions liées à la Roumanie [...] et la manière dont la Roumanie est perçue au Conseil sont bien meilleures aujourd’hui, a-t-il déclaré. Nous avons regagné la confiance. Nous n’avons pas seulement atteint les objectifs de déficit pour 2025, nous les avons dépassés de 0,7 %. » L’objectif de déficit budgétaire pour 2026 est d’environ 6 %.
Le gouvernement de coalition dirigé par le Premier ministre Ilie Bolojan a pris des mesures sévères dans la seconde moitié de l’année dernière pour réduire le déficit, notamment des plans d’austérité qui prévoient une réduction de 10 % de l’enveloppe salariale des institutions publiques. Cette décision a déclenché des manifestations.
Ce pays de près de 19 millions d’habitants est soumis à une forte pression de la part de la Commission européenne pour ramener son déficit sous la barre des 3 % du PIB. Comme il dépasse actuellement ce seuil, la Roumanie est soumise à la procédure de déficit excessif (PDE) de l’UE, un mécanisme conçu pour imposer plus de discipline aux finances publiques.
« Nous devons revoir notre ambition quant à la place où nous voulons mener l’économie roumaine, a déclaré Nazare. Pour ce faire, il nous faut bien sûr sortir de la procédure de déficit excessif, dans laquelle nous avons passé trop de temps ces cinq dernières années. » Il dit espérer en sortir d’ici 2029 ou 2030.
Il a ajouté que la sortie de cette procédure est également cruciale pour la progression de la Roumanie vers l’adoption de l’euro.
« Nous ne pouvons pas parler de l’euro avant d’être sortis de la procédure, a-t-il prévenu. C’est donc un préalable, et c’est un projet très important pour la Roumanie que de rétablir la discipline budgétaire, [en mettant en place] des mesures pour soutenir l’économie et la croissance. »