À quelques semaines des élections législatives en Hongrie, Viktor Orbán accuse le parti Tisza de servir les intérêts étrangers. De son côté, le Premier ministre peut compter sur le soutien de Moscou et de Washington.
À un mois des élections législatives en Hongrie, la campagne entre le Fidesz, parti dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, et le parti Tisza, dirigé par Péter Magyar, se déroule avec une intensité sans précédent.
Alors que Tisza construit sa campagne principalement autour de questions intérieures (inflation, corruption...), le Premier ministre Viktor Orbán affirme, de son côté, que son rival sert des "intérêts étrangers".
Mais qu'en est-il vraiment ? Les soutiens étrangers de la Tisza comprennent généralement les institutions européennes, les gouvernements allemand et ukrainien et, plus récemment, deux multinationales : la banque Erste et la compagnie pétrolière Shell, dont les dirigeants, d'origine hongroise, ont rejoint le parti Tisza.
"La Tisza est une création de Bruxelles. Tout le monde le sait", a déclaré Viktor Orbán, en février, qui a assuré que le Fidesz ayant quitté le Parti populaire européen (PPE) car il a "refusé de se soumettre aux Allemands, qui exigeaient l'admission des migrants". "La Tisza a été fondée par des Allemands, sous la direction de Herr Weber et avec Ursula von der Leyen comme marraine. Shell, Erste et Bruxelles sont en train de former une alliance. Ce sont eux qui cherchent à faire couler le sang", a-t-il assuré lors de ce même discours.
Le parti Tisza et les amis silencieux
Cependant, les partisans supposés de la Tisza ne soutiennent pas ouvertement Péter Magyar.
"Au printemps prochain, le parti Tisza mettra fin à la corruption en Hongrie, Viktor Orbán se retirera et Péter Magyar sera le nouveau visage de la Hongrie dans la famille du parti", avait déclaré Manfred Weber, le président du PPE, en avril 2025. Il s'agit de la seule déclaration qui peut être interprétée comme un soutien.
À l'instar d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, Volodymyr Zelensky ne s'est pas positionné en faveur de la Tisza. Le président ukrainien a, en revanche, été très critique envers Viktor Orbán, qui a bloqué l'aide de l'UE à l'Ukraine et les sanctions contre Moscou. "J'espère que personne dans l'UE n'empêchera le versement du prêt de 90 milliards d'euros, sinon nous donnerons à nos soldats le numéro de téléphone de cet homme et ils pourront lui parler dans leur propre langue", avait-il déclaré au début du mois de mars. Une sortie critiquée par Péter Magyar, Ursula von der Leyen et d'autres opposants de Viktor Orbán.
Le président ukrainien a également assuré que les relations Ukraine-Hongrie pourraient s'améliorer en cas de défaite du Fidesz.
Le parti de Viktor Orbán accuse la Commission européenne et l'Ukraine d'essayer de mettre la Tisza dans une position favorable en prenant des mesures qui nuiraient à l'économie hongroise. Il cite, entre autres, les fonds européens retenus par le biais du mécanisme de conditionnalité ou l'interruption des livraisons de pétrole russe.
Washington et Moscou, aux côtés de Budapest
De son côté, le Fidesz peut compter sur le soutien de Donald Trump. "Viktor Orbán est un véritable ami, un combattant et un BON homme. Je soutiens pleinement sa réélection en Hongrie", a écrit le président américain.
Un soutien qu'avait réaffirmé le secrétaire d'État américain Marco Rubio lors d'une visite à Budapest, en février. Il avait assuré que Donald Trump était attaché à la réussite de Viktor Orbán, "car votre réussite est la nôtre". "Lorsque vous avez des problèmes financiers, nous sommes heureux de vous aider. En particulier, tant que vous êtes au pouvoir. Il est dans l'intérêt national des États-Unis d'avoir de bonnes relations et nous apprécions vos efforts pour la paix", avait-il assuré.
C'est dans ce sens que Washington avait accordé à Budapest, après la visite de Viktor Orbán aux États-Unis en février, une exemption inconditionnelle et illimitée sur les importations de pétrole russe, selon le Premier ministre hongrois. Marco Rubio avait par la suite nuancé cette affirmation, précisant qu'elle n'était valable que pour un an, comme c'était le cas pour la dérogation de l'UE.
Le président russe Vladimir Poutine s'est montré encore plus franc dans son soutien à Viktor Orbán. Lors d'un débat le 2 octobre 2025, il avait déclaré que la majorité des Hongrois voulaient rester hongrois et soutiendrais Viktor Orbán. "S'ils ne voulaient pas rester hongrois, ils soutiendraient Ursula von der Leyen", a-t-il assuré.
Début mars, le président russe a laissé entendre qu'il cesserait les livraisons de pétrole et de gaz à l'Europe avant l'entrée en vigueur de l'interdiction d'importation de l'UE. Quelques jours plus tard, après des entretiens avec le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó, Vladimir Poutine avait précisé que son pays continuerait à fournir du gaz "à ses partenaires fiables", à savoir la Slovaquie et la Hongrie, à condition qu'ils "poursuivent la même politique qu'aujourd'hui".
Selon le média d'investigation hongrois VSquare et le Financial Times, Moscou a envoyé des équipes à Budapest pour influer sur les élections afin de maintenir le Premier ministre au pouvoir. Des informations qu'ont démenties le gouvernement hongrois et l'ambassade russe.
Plusieurs autres dirigeants étrangers ont apporté leur soutien à Viktor Orbán dans un message vidéo diffusé lors du congrès du Fidesz, dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, la Première ministre italienne Giorgia Meloni ou le président argentin Javier Milei.
D'autres dirigeants de partis populistes, actuellement dans l'opposition, ont également appuyé le Fidesz. C'est notamment le cas du Polonais Mateusz Morawiecki, de Marine Le Pen ou de l'Autrichien Herbert Kickl.