La start-up française Maiaspace travaille au développement du premier mini-lanceur européen réutilisable. Cette nouvelle génération de fusées représente un enjeu majeur pour l’autonomie spatiale européenne.
MaiaSpace est en train d’assembler et de tester le premier mini-lanceur européen réutilisable dans son usine de Vernon, en Normandie. Son projet est aujourd’hui le plus avancé du genre en Europe. Le premier vol est prévu début 2027. Filiale d’ArianeGroup - le géant industriel français qui fabrique les lanceurs lourds Ariane - MaiaSpace a déjà des contrats commerciaux signés sur plusieurs années.
Raphaël Chevrier, porte-parole de MaiaSpace nous amène dans l'atelier où sont assemblés les différents prototypes - à échelle réelle - du lanceur Maia.
La maquette du premier étage elle seule mesure une trentaine de mètres de long. C’est ce premier étage qui pourra être récupéré, sur le modèle de ce que Space X d’Elon Musk fait déjà depuis une dizaine d’années. Avec Maia, l’Europe essaye de rattraper ce retard.
“L'Europe ne maîtrise pas aujourd'hui les technologies de la récupération à la verticale d'un premier étage. Donc ça va être la première fois qu'une entreprise va intégrer ces technologies et potentiellement aussi être le précurseur des technologies qui pourraient être implémentées sur de lanceurs plus lourds européens”.
Maia pourra être réutilisée au moins quatre fois. La récupération du premier étage permettra de baisser les coûts et de baisser les prix de transport des satellites. La future fusée pourra amener en orbite basse des satellites jusqu'à 4 tonnes, un choix qui répond à l’explosion du marché des petits satellites, typiquement utilisés pour l’observation terrestre et les télécommunications).
Développer un mini lanceur réutilisable européen, n'est pas seulement une question de technologie, cela implique aussi une révolution du modèle économique spatial européen. Un modèle incarné par cette start-up.
“L'industrie spatiale – explique Yohann Leroy, le PDG de MaiaSpace -est en train de se transformer sous l'effet d'une mutation technologique, avec la miniaturisation d'un certain nombre de technologies, et la baisse très significative des coûts. Cette baisse des coûts permet de transformer des marchés de niche potentiellement, en des marchés de masse. Pour réussir sur ce marché, on a besoin de lancer des satellites pour une fraction du coût qui était celui d'il y a quelques années encore”.
L’entreprise américaine SpaceX est la première en 2015 à casser les codes d’un secteur jusque-là dominé par les États. On passe du « programme » spatial au « produit » spatial. En misant sur des fusées réutilisables et une cadence de lancement élevée, son patron, ElonMusk, a accéléré le New Space, un modèle économique porté par des acteurs privés et des méthodes industrielles agiles.
“L'Europe a raté ce virage par un jugement économique qui s'est avéré faux – explique Yohann Leroy, CEO de MaiaSpace. “L'Europe ne croyait pas au bénéfice économique que pouvait apporter la récupération et la réutilisation des lanceurs. L'Europe est tout à fait en capacité de développer ces technologies et c'est ce à quoi nous travaillons depuis maintenant un peu plus de trois ans.Notre enjeu, si on veut être compétitif, c'est d'approcher des coûts par kilogramme de Falcon 9, de SpaceX”.
Pour être compétitive, MaiaSpace doit aller vite. Avec l’objectif d’une cadence de lancement soutenue auprès de clients institutionnels et privés, l'entreprise accélère le développement de sa première fusée. A partir de la méga-fusée Ariane 6, jusqu’aux mini-lanceurs réutilisables de MaiaSpace, l’Europe mise sur des solutions complémentaires pour garantir sa présence dans l’espace.