"Demain, il sera trop tard". Malgré les tirs, les sirènes incessantes et les victimes, les Israéliens soutiennent la décision du gouvernement de mener des opérations contre le régime iranien.
"Quand la sirène retentit, Sima, notre chienne, file aussitôt vers la porte. Nous, nous n’avons pas encore décidé si nous allons descendre à l’abri ou non, mais elle sait très bien qu’il faut y aller coûte que coûte !", raconte Yana, une rapatriée de Russie qui vit avec sa famille à Rishon Lezion, dans le centre d’Israël, depuis déjà 26 ans.
Leur maison ne dispose pas d'une pièce sécurisée. "Si toute la maison s’effondre, vous croyez qu’elle nous sauverait ?", plaisante Yana. Le premier abri public se trouve au bout de la rue.
"Nous avons tout préparé, poursuit-elle. Dans deux sacs à dos, nous avons rassemblé le strict nécessaire : papiers, affaires pour les premiers jours, et surtout ne pas oublier la nourriture pour bébé de notre petit-fils de deux ans. (...) Les tirs ont lieu principalement la nuit. Nous dormons tout habillés, prêts à sortir de la maison à tout moment…"
En dépit des tirs qui se poursuivent contre Israël depuis l’Iran et, au nord, depuis le Liban par le Hezbollah, le soutien des citoyens israéliens à l'action du gouvernement ne semble pas faiblir.
Un sondage mené par l’Institut israélien de la démocratie (en anglais) au troisième et au quatrième jour de la guerre montre que 82 % des Israéliens, dont 93 % de la communauté juive, approuvent l’opération américano-israélienne contre l’Iran.
Dans une deuxième enquête réalisée environ une semaine plus tard, ces chiffres atteignaient respectivement 81 % et 92,5 %. Dans les deux sondages, environ un quart des Arabes israéliens ont exprimé leur soutien.
Le soutien à l’action des autorités reste stable
Des enquêtes menées par l’Institut d’études sur la sécurité nationale confirment que ce soutien global demeure stable. Selon les résultats du premier sondage, publiés le 3 mars, 81 % des Israéliens soutenaient l’opération. Dans le deuxième sondage, dont les résultats ont été rendus publics mardi 17 mars, ce taux s’établissait à 78,5 %.
Des commentateurs n’excluent pas qu’après les puissantes frappes de la nuit dernière sur les villes d’Arad et de Dimona, où se trouve le centre de recherches nucléaires, le niveau d’approbation de la politique du gouvernement de Benyamin Nétanyahou puisse reculer. Selon les derniers bilans, le nombre de blessés s’élève à 150 personnes, dont 11 dans un état grave.
"Ce qui inquiète le plus, c’est que même lorsque les drones et les missiles sont interceptés, des débris retombent, souvent sur des zones résidentielles", explique Michaël, qui habite la banlieue de Tel-Aviv_._ "Et je ne parle même pas des bombes à sous-munitions, interdites dans la plupart des pays. Hier encore, l’une d’elles est tombée sur une maternelle. Heureusement, il n’y avait personne", poursuit-il."Ici, il n’y a aucun objectif militaire ni aucune infrastructure stratégique. (Les Iraniens, ndlr) tirent délibérément sur les zones habitées. Pour eux, tout Israélien est une cible légitime. »
L'Iran perçu comme une menace existentielle
Le psychanalyste Yoram Yovel estime que, malgré la gravité de la situation, la population fait preuve d’une solidarité et d’une entraide peu communes. Lors d’un entretien sur l’une des chaînes de télévision israéliennes, il est même allé jusqu’à critiquer ceux qui se plaignent de l'intervention armée.
Il a surtout visé ceux qui sont arrivés récemment en Israël et qui, selon lui, ne comprennent pas la réalité dans laquelle le pays vit depuis des décennies, fustigeant la capricieuse "alya du latte à la citrouille" ». C’est ainsi que les Israéliens surnomment avec ironie les nouveaux arrivants de Russie et d’Ukraine depuis le début de l’autre guerre.
D’après Yovel, la forte adhésion à la politique du gouvernement s’explique par le fait que la majorité des Israéliens considèrent l’Iran comme une menace réelle pour leur existence, en particulier lorsqu’il est question de la bombe atomique que Téhéran cherche à fabriquer. Et, pour vaincre cette menace, il ne leur serait, selon lui, "demandé que de traverser une guerre où le risque de pertes est minimal et où la vie de la plupart, sinon de tous, peut se poursuivre à peu près normalement".
Les critiques de cette approche soulignent, eux, l’augmentation du nombre de morts et de blessés, les nuits passées dans les abris, la fermeture des écoles et des entreprises, ainsi que les difficultés économiques et les graves séquelles psychologiques.
Des regards différents chez les populations juive et arabe
Selon le dernier sondage de l’IDI, 79 % des membres de la communauté juive se sentent, à des degrés divers, protégés contre les attaques iraniennes. Parmi la population arabe, ils ne sont que 15 %. Dans de nombreuses localités à forte population arabe, les habitants se plaignent du manque d’abris.
Les dernières enquêtes de l’Institut israélien de la démocratie mettent également en lumière les différences entre populations juives et arabes israéliennes dans la perception de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et de ses objectifs.
La majorité des Juifs (82 %) et un peu plus de la moitié des Arabes (52 %) estiment que les intérêts américains et israéliens coïncident totalement ou largement dans le cadre de l’opération conjointe en Iran. Environ 70 % des Juifs pensent qu’il est possible d’éliminer le programme nucléaire iranien et la menace de ses missiles balistiques. Une proportion plus faible, mais encore importante (61 %), juge que le régime des ayatollahs peut être renversé. Ce chiffre est en baisse depuis le début des hostilités.
Les Arabes, eux, se montrent beaucoup plus pessimistes : à peine un peu plus d’un quart d’entre eux considèrent que chacun de ces objectifs peut être atteint.
Alors que les sondages se multiplient et que l’on s’interroge sur les raisons pour lesquelles, dans certains cas, le système d’alerte n’a pas fonctionné, Yana rassure ses proches, inquiets, au téléphone : "Ne vous inquiétez pas, tout va bien ! L’essentiel, c’est que toute notre famille soit ensemble et en vie !".