La loi visant à interdire définitivement les importations de pétrole russe à l'Union européenne a été repoussée en raison de la hausse des prix alimentée par la guerre au Moyen-Orient.
La Commission européenne a reporté la présentation d'une proposition très attendue visant à interdire de manière permanente les importations de pétrole russe, alors que la guerre au Moyen-Orient continue d'ébranler les marchés de l'énergie et de maintenir le baril de Brent au-dessus de 100 dollars.
Cette proposition intervient également dans un contexte tendu avec la Hongrie et la Slovaquie, les deux seuls États membres qui achètent encore du pétrole russe, au sujet de l'oléoduc Droujba, qui date de l'ère soviétique. La législation, qui fait partie de la feuille de route REPowerEU, devait être dévoilée le 15 avril, mais cette date a été retirée du calendrier.
"Je n'ai pas de nouvelle date à donner", a déclaré mardi matin Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission pour l'énergie. "Ce que je peux vous assurer, c'est que nous restons déterminés à faire cette proposition."
Le report est influencé par les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, qui ont bouleversé les marchés de l'énergie et fermé le détroit d'Ormuz, un passage vital qui, jusqu'à présent, transportait chaque jour un cinquième du pétrole et du GNL mondiaux.
Lundi, le président américain Donald Trump a salué des "conversations productives" avec l'Iran pour mettre fin à la guerre, une annonce qui a été immédiatement contestée par Téhéran. Les propos du président américain ont néanmoins contribué à faire baisser le prix du Brent de 112 à 102 dollars le baril. Pour tenter de calmer les marchés, les États-Unis ont allégé les sanctions contre le pétrole russe, ce qui a suscité l'indignation et la consternation des Européens.
La Commission a insisté sur le fait que le changement de calendrier ne signifiait pas un changement de politique. "La proposition sera faite", a déclaré Anna-Kaisa Itkonen. Citant les mots de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le porte-parole a averti qu'un retour aux combustibles fossiles russes après la fin de la guerre en Ukraine serait une "bévue stratégique".
Opposition hongroise et slovaque
L'UE avait déjà interdit le pétrole russe dans le cadre de son régime de sanctions traditionnel, qui doit être renouvelé tous les six mois à l'unanimité. La Hongrie et la Slovaquie bénéficient d'une dérogation illimitée à ces sanctions, ce qui leur permet de poursuivre leurs achats.
La législation, aujourd'hui retardée, est considérée comme relevant de l'énergie plutôt que de la politique étrangère, de sorte qu'elle ne requiert qu'une majorité qualifiée pour être approuvée. Bruxelles estime que l'interdiction permanente empêchera les vetos à l'avenir et comblera les lacunes restantes.
Dans le cadre de REPowerEU, l'Union a déjà interdit les importations de gaz russe : le gaz naturel liquéfié (GNL) d'ici à la fin de 2026 et le gazoduc d'ici à l'automne 2027. La Hongrie et la Slovaquie ont déjà entamé une action en justice contre l'interdiction du gaz et ont menacé de faire de même si la proposition sur le pétrole est adoptée.
Les deux pays enclavés sont actuellement plongés dans un conflit amer avec l'Ukraine au sujet de l'oléoduc Droujba, qui achemine du brut russe à bas prix vers l'Europe centrale en passant par le territoire ukrainien. Kyiv affirme que l'infrastructure a été gravement endommagée par Moscou à la fin du mois de janvier et qu'elle doit être réparée avant que le transit puisse reprendre.
Mais Budapest et Bratislava contestent cet argument, affirmant que l'oléoduc est délibérément fermé pour des "raisons politiques" avant les élections hongroises du 12 avril. La querelle autour de Droujba a paralysé un prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine.