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Le projet de Merz d’adhésion associée de l’Ukraine à l’UE reçoit un accueil mitigé

Le chancelier allemand Friedrich Merz propose une « adhésion associée » pour l’Ukraine.
Le chancelier allemand Friedrich Merz propose une « adhésion associée » pour l’Ukraine Tous droits réservés  Ebrahim Noroozi/Copyright 2026 The AP. All rights reserved
Tous droits réservés Ebrahim Noroozi/Copyright 2026 The AP. All rights reserved
Par Jorge Liboreiro & Maïa de la Baume & Serge Duchêne avec Ukra¨ïnska Pravda
Publié le
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À Bruxelles, des diplomates doutent du projet audacieux du chancelier allemand Friedrich Merz d'offrir à l'Ukraine une « adhésion associée ». La Commission européenne insiste pour que toute solution innovante respecte la procédure d'adhésion par chapitres, fondée sur le mérite.

Le plan inédit du chancelier allemand Friedrich Merz visant à accorder à l’Ukraine un « statut de membre associé » de l’Union européenne reçoit un accueil mitigé à Bruxelles, où s’élèvent des interrogations sur sa légalité, sa faisabilité et ses implications politiques.

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Dans une lettre adressée à ses homologues, consultée par Euronews, Merz propose un statut sur mesure qui donnerait à l’Ukraine accès aux instances de décision, sans droit de vote ni portefeuille, ainsi qu’à certains programmes financés par l’UE, de façon « progressive ».

Il imagine également que Kyiv puisse demander l’assistance des autres États membres en cas d’agression armée au titre de l’article 42.7 des traités européens. Cela, fait-il valoir, offrirait une « garantie de sécurité substantielle » de nature à dissuader la Russie.

« Il est temps désormais de faire avancer résolument l’intégration européenne de l’Ukraine grâce à des solutions innovantes constituant des étapes immédiates », écrit Merz à ses pairs.

À Bruxelles, la lettre de Merz a retenu l’attention et suscité des sourcils froncés, alors que se poursuivent les efforts pour lever, d’ici à la réunion des Vingt-Sept en juin, le veto hongrois sur l’adhésion de l’Ukraine.

Son initiative a été comparée à la tribune que le chancelier avait publiée l’an dernier en soutenant l’utilisation des avoirs russes immobilisés pour financer un prétendu prêt de réparations à l’Ukraine. Cette tribune avait choqué Bruxelles, et ce projet audacieux a finalement été abandonné.

La lettre est « une déclaration assez hâtive, et pas très bien coordonnée. Le calendrier est étrange, d’autant qu’en juin nous aurons de bonnes nouvelles avec l’ouverture du cluster, donc cette lettre est un peu surprenante », a déclaré un diplomate, en mettant en garde contre un scepticisme généralisé.

« Nous devons faire les choses autrement. Il y a bien un calendrier, avec juin en perspective, et il y a une méthode. Les choses vont avancer. »

Un deuxième diplomate a exprimé de sérieux doutes sur l’affirmation de Merz selon laquelle ce « statut de membre associé » ne nécessiterait pas de modifier les traités européens mais seulement une forte volonté politique.

« Je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner d’un point de vue juridique. Il faudrait changer les traités pour cela. Des membres associés dans toutes les institutions, par simple arrangement politique ? Je n’y crois pas », a poursuivi le diplomate.

Un troisième diplomate a estimé que, dans cette lettre, « certaines idées sont meilleures que d’autres », tandis qu’un quatrième faisait remarquer que le véritable débat entre États membres n’avait pas encore commencé.

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a critiqué la proposition de Merz d'accorder à l'Ukraine le statut de membre associé de l'UE avant son adhésion pleine et entière.

Le Premier ministre slovaque a indiqué ne pas avoir pris connaissance de la lettre du chancelier allemand à la Commission européenne contenant cette proposition, mais s'est dit convaincu que cette idée ne recueillerait pas un soutien suffisant au sein de l'UE.

« Soit nous acceptons un pays au sein de l'UE, soit nous ne l'acceptons pas. Aujourd'hui, le climat au sein de l'Union européenne n'est pas propice à de telles démarches », a affirmé Fico (source en slovaque).

Une approche « fondée sur le mérite »

À l’inverse, la Commission européenne, qui supervise le processus d’adhésion, s’est montrée plus positive et a salué la proposition de Merz, y voyant « un engagement fort des États membres à faire de l’élargissement une réalité aussi vite que possible ».

« Il est de plus en plus évident que l’élargissement est un investissement géostratégique dans notre prospérité, notre paix et notre sécurité. Et l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne est aussi fondamentalement liée à la sécurité de notre Union », a déclaré, dans un communiqué, Guillaume Mercier, porte-parole de la Commission pour l’élargissement.

« Il est tout aussi important de mener à bien la complétion de l’Union avec tous les pays candidats qui œuvrent en vue de leur adhésion depuis de nombreuses années. »

Mercier a souligné que toute solution innovante devait s’appuyer sur la logique « fondée sur le mérite » censée guider le complexe processus d’adhésion, découpé en de nombreux chapitres.

Plus tôt cette année, la Commission avait mis sur la table l’idée d’une adhésion « inversée » dans le cadre de laquelle l’Ukraine deviendrait formellement membre de l’UE avant d’obtenir progressivement les avantages concrets qui y sont attachés. Les capitales ont largement rejeté cette idée, la jugeant dangereuse et irréaliste.

La proposition de Merz repose au contraire sur une intégration graduelle donnant accès aux fonds européens et aux enceintes de haut niveau, l’adhésion formelle n’intervenant qu’au tout dernier stade.

La lettre allemande intervient alors que le bloc voit s’ouvrir une fenêtre d’opportunité pour enfin lever le veto hongrois à l’adhésion de l’Ukraine, qui a paralysé le processus pendant deux ans. Le nouveau gouvernement de Budapest a lancé des consultations avec Kyiv pour discuter des droits de la minorité hongroise en Ukraine, un sujet politiquement sensible.

Bruxelles espère que des avancées suffisantes permettront de lever le veto en juin et d’ouvrir le premier groupe de négociations avec l’Ukraine, dit des fondamentaux, les cinq autres groupes devant être débloqués d’ici la fin de l’année.

On ignore encore comment le président ukrainien Volodymyr Zelensky réagira à la lettre de Merz. Le mois dernier, il a catégoriquement rejeté toute offre d’adhésion « symbolique ».

« L’Ukraine se défend et elle défend aussi clairement l’Europe », avait-il alors déclaré. « Et elle ne défend pas l’Europe de manière symbolique : des gens meurent réellement. »

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