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Défiant la Russie : Varsovie et Berlin prévoient d'immenses parcs éoliens offshore en mer Baltique

« Ne pas gâcher une bonne crise » : Polonais et Allemands veulent des parcs éoliens en mer Baltique - 90 GW de potentiel
« Ne pas laisser passer une bonne crise » : Polonais et Allemands veulent des parcs éoliens en mer Baltique, 90 GW de potentiel Tous droits réservés  Anadolu
Tous droits réservés Anadolu
Par Diana Resnik
Publié le
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Malgré les attaques hybrides de la Russie, la Pologne mise sur l'énergie éolienne en mer Baltique. Lors d'un forum organisé à Berlin, un message est ressorti clairement : la région pourrait devenir le prochain grand pôle énergétique de l'Europe. L'Europe saura-t-elle saisir cette opportunité ?

Le développement de l’éolien en mer progresse lentement en Allemagne. Or, avec la sortie du nucléaire, le pays a misé sur cette carte. Pendant longtemps, l’Allemagne a dépendu des importations d’énergies fossiles.

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Mais la Russie, l’un de ses principaux fournisseurs, a disparu de l’équation en raison de sa guerre d’agression à grande échelle contre l’Ukraine, et la guerre impliquant l’Iran, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, place également l’économie allemande, dépendante de l’énergie, dans une position précaire.

Jan Tombiński : « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise »

« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise », affirme Jan Tombiński, ambassadeur de Pologne en Allemagne. Il cite un proverbe chinois porteur d’un message éclairant : chaque crise recèle aussi une opportunité.

Cette opportunité a été débattue mardi lors du 4e Forum germano-polonais sur la transition énergétique à Berlin. Des diplomates et des chefs d’entreprise d’Allemagne et de Pologne se sont réunis à l’ambassade de Pologne à Berlin pour trouver ensemble des réponses aux nouveaux défis.

Jan Tombiński, ambassadeur de Pologne en Allemagne.
Jan Tombiński, ambassadeur de Pologne en Allemagne. Diana Resnik, Euronews

Selon Tombiński, la Pologne est désormais un partenaire économique encore plus important pour l’Allemagne que les États-Unis. Les économies des deux pays sont étroitement imbriquées. Une coopération étroite entre l’Allemagne et la Pologne dans l’éolien en mer offre de grandes perspectives pour renforcer la souveraineté énergétique dans toute l’Europe.

Le lieu de cette coopération : la mer Baltique. Mais jusqu’à présent, l’Allemagne hésite à y développer ses installations en mer et risque de laisser passer une immense occasion de gagner en indépendance dans le secteur de l’énergie grâce à une coopération transfrontalière.

Varsovie reconnaît également s’être rendue trop dépendante des importations d’énergie. « Nous nous sommes nous-mêmes mis dans cette situation et c’est à nous d’en sortir », explique Jacek Kostrzewa, président-directeur général de l’Agence nationale pour les économies d’énergie (KAPE).

L’économie polonaise est en plein essor. Alors que de nombreuses grandes économies européennes stagnent, le pays affiche depuis des années une croissance nettement supérieure à la moyenne de l’UE. Pour 2026, la croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) est attendue autour de 3,3 à 3,5 %.

Comment fonctionne la stratégie polonaise

Konrad Wojnarowski, secrétaire d’État au ministère polonais de l’Énergie, explique comment fonctionne cette stratégie : la Russie n’est plus un partenaire fiable et la guerre sévit également au Proche-Orient. La Pologne mise donc sur la « diversité des sources d’énergie ».

D’un côté, l’éolien terrestre et en mer doivent être développés, et des capacités de stockage d’énergie créées. Parallèlement, la Pologne souhaite continuer à investir dans le nucléaire. « Renforcer la sécurité et assurer l’approvisionnement » : tel est le credo.

Le coût d’une mauvaise préparation serait énorme. « Une panne générale coûterait 9,5 milliards d’euros par jour à la Pologne », souligne Wojnarowski. La voie choisie par le pays consiste donc à être « aussi peu dépendant que possible de la Russie ».

La Pologne accélère massivement le développement de l’énergie éolienne. La puissance installée de l’éolien terrestre a dépassé depuis des années le seuil des 2 000 mégawatts. Elle dépasse aujourd’hui 11 gigawatts (11 000 mégawatts) à terre, ce qui correspond à l’alimentation d’environ 7 à 10 millions de foyers par an.

Le premier parc éolien en mer polonais est déjà en phase de construction active et doit entrer pleinement en service au second semestre 2026.

Dans quelle direction l’Europe va-t-elle évoluer ?

Mais dans quelle direction l’Europe va-t-elle évoluer ?

« La coopération transfrontalière est très importante », souligne Piotr Wiśniewski, vice-président de la Chambre polonaise de l’économie des énergies renouvelables et décentralisées (PIGEOR) et président du conseil de surveillance d’EnercoNet. « Nous avons besoin d’une véritable infrastructure ; dans 20 ans, cela fonctionnera très bien », estime Wiśniewski.

En mer Baltique, l’Allemagne est nettement moins active dans l’éolien en mer que dans la mer du Nord. Les parcs éoliens Baltic 1 Offshore Wind Farm et Baltic 2 Offshore Wind Farm se trouvent au large des côtes du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ils injectent de l’électricité dans le réseau allemand, mais s’inscrivent dans un développement globalement encore limité dans cette région.

Ambassade de la République de Pologne en République fédérale d’Allemagne
Ambassade de la République de Pologne en République fédérale d’Allemagne Diana Resnik, Euronews

À l’inverse, la Pologne fait avancer beaucoup plus rapidement le développement de l’éolien en mer Baltique et augmente fortement ses capacités. Outre Baltic Power, les projets Baltic 3 et Baltic 9+ sont désormais en préparation. Les entreprises allemandes y jouent plutôt un rôle de sous-traitants et de concepteurs.

Le Dr Elmar Stracke, responsable stratégie et politique au sein de la Fédération allemande de l’énergie et de l’industrie de l’eau (BDEW), confirme que l’éolien en mer en Allemagne rencontre des difficultés. « En Pologne, cela se passe mieux que chez nous. » L’Allemagne a besoin d’optimiser ses objectifs de surfaces et de gagner en efficacité.

Stracke souligne que l’avenir ne se situe ni en Allemagne ni en Pologne, mais en mer, dans la Baltique ou la mer du Nord. « La mer est l’espace, et non chaque côte prise isolément », dit-il.

Mais cela suppose d’abord de mettre en place l’infrastructure nécessaire au sein du système énergétique. « L’infrastructure énergétique doit être conçue de manière à ne pas nous faire dérailler. »

Menaces hybrides en mer Baltique : assumer ses responsabilités

Mais la mer Baltique ne représente pas seulement des opportunités, elle pose aussi des défis. Elle est devenue un théâtre central de menaces hybrides. La Russie y recourt délibérément à des brouillages, des actes de sabotage et des provocations pour mettre en danger les infrastructures critiques occidentales et accroître la pression politique sur les soutiens européens de l’Ukraine.

Les câbles sous-marins de télécommunications, les liaisons de données et les gazoducs sont exposés en permanence à des menaces, tandis que la multiplication des signaux de brouillage au-dessus de la Baltique perturbe la navigation des navires et des avions.

Wojnarowski a une réponse claire : il faut assumer des responsabilités à la fois sur le plan militaire et en matière d’énergie.

La Pologne est le principal bénéficiaire du programme européen de crédits à la défense SAFE (Security Action for Europe). Le pays mène ainsi une modernisation en profondeur de ses forces armées et renforce son industrie de l’armement, qui contribue aussi à la protection de la mer Baltique.

L’Allemagne exploite-t-elle le potentiel de la mer Baltique ?

Le Dr Dirk Biermann, Chief Operating Officer (COO), c’est-à-dire directeur des opérations du gestionnaire de réseau 50Hertz Transmission, insiste sur le fait que son entreprise se sent tenue de mieux exploiter le potentiel de la Baltique. L’entreprise gère le réseau de transport à très haute tension dans le nord-est de l’Allemagne. Elle est déjà « fortement engagée » pour tirer parti des possibilités encore limitées de la région.

La Commission européenne estimait en 2019 le potentiel technique de l’éolien en mer dans la région baltique à plus de 90 gigawatts pour l’ensemble des pays de l’UE bordant la mer Baltique.

Ce projet s’inscrit aussi dans le cadre du 35e anniversaire, la semaine prochaine, du traité de bon voisinage germano-polonais, un bon présage pour la poursuite de la coopération.

Plusieurs projets sont déjà à l’étude pour accompagner cette dynamique. Parmi eux figure notamment le concept de Bornholm Energy Island, une île énergétique servant de hub central pour l’éolien en mer Baltique.

Bornholm Energy Island
Bornholm Energy Island Diana Resnik, Euronews

S’y ajoutent des projets de câbles sous-marins transfrontaliers en mer Baltique, destinés à relier les parcs éoliens en mer aux réseaux électriques en Allemagne, au Danemark, en Pologne et dans les pays baltes et à permettre l’échange d’électricité éolienne entre ces pays.

Une liaison sous-marine commune entre la Lituanie, la Lettonie et l’Allemagne est également en préparation : le projet dit Baltic-German PowerLink. Il doit renforcer les échanges d’électricité transfrontaliers en mer Baltique et permettre l’intégration de jusqu’à 2 gigawatts de capacité d’éolien en mer.

Baltic-German PowerLink.
Baltic-German PowerLink. Diana Resnik, Euronews

Dans l’ensemble, l’évolution va clairement dans le sens de la diversification et de la résilience, vers un marché de l’énergie plus interconnecté et partagé dans la région baltique.

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