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"Crime de guerre" : un Ukrainien inculpé en Allemagne pour avoir saboté le Nord Stream

Nord Stream : première inculpation, un Ukrainien poursuivi pour crimes de guerre
Il s’agit de la première inculpation dans l’affaire Nord Stream. Le parquet fédéral accuse un Ukrainien de crimes de guerre. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Franziska Müller & Gavin Blackburn & Serge Duchêne
Publié le Mis à jour
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Nord Stream est un réseau de gazoducs traversant la mer Baltique, reliant la Russie à l'Allemagne pour approvisionner l'Europe occidentale en gaz naturel ; il générait ainsi des milliards de revenus pour les caisses du Kremlin.

Le parquet allemand a annoncé mercredi avoir inculpé un suspect dans l'affaire du sabotage, survenu en 2022, du gazoduc Nord Stream reliant la Russie à l'Europe.

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Le parquet fédéral a confirmé à l'AFP l'inculpation d'un homme pour cette explosion ; selon les médias allemands, il s'agirait d'un ressortissant ukrainien présenté comme le chef de l'équipe ayant mené l'opération.

Il s'agit du même suspect qui avait été arrêté en Italie à l'été 2025 puis extradé vers l'Allemagne en novembre suivant, et qui avait été identifié à l'époque sous le nom de Serhii Kuznietsov. Il se trouvait en détention provisoire à Hambourg depuis plusieurs mois pour les faits qui lui sont reprochés, c'est aussi dans cette ville septentrionale allemande qu'il sera jugé.

Le cabinet d'avocats qui le représente a confirmé à l'AFP que son client était inculpé pour « attaques contre des infrastructures énergétiques civiles, déclenchement d'une explosion et démolition d'ouvrages de construction ».

Toujours selon les médias allemands - en l'occurrence, Spiegel et ARD qui citent des sources internes, - le parquet fédéral a requalifié les charges, passant de « sabotage dirigé contre l'ordre constitutionnel » à crime de guerre.

C'est justement l'attaque contre des infrastructures civiles qui, en vertu du droit pénal international, pourrait être qualifié de crime de guerre. Kuznietsov conteste les faits qui lui sont reprochés.

Il s'agit de la première mise en accusation dans le dossier Nord Stream.

Preuves "accablantes"

Serhii Kuznietsov est considéré comme l'un des cerveaux présumés des attentats contre les gazoducs russes en septembre 2022. Plusieurs explosions sur le fond de la mer Baltique ont alors détruit trois de ses quatre conduites. Les deux branches du Nord Stream suivent un tracé largement parallèle à travers la mer Baltique, de Vyborg, en Russie, jusqu'à Lubmin, près de Greifswald en Allemagne, et sont depuis gravement endommagés.

D'après les conclusions de l'équipe d'enquêteurs, Kuznietsov aurait dirigé le commando de sabotage et aurait également pris la tête du voilier « Andromeda ». Selon le parquet allemand, Kuznietsov aurait utilisé de faux papiers d'identité pour affréter ce yacht, qui a quitté la ville allemande de Rostock afin de mener ces attentats.

Un mandat d'arrêt européen avait conduit, cet été, à son arrestation en Italie, comme l'a rapporté Euronews. Il passait alors des vacances avec sa famille sur la côte adriatique et ne semblait manifestement pas s'attendre à être arrêté.

Les preuves recueillies à son encontre sont qualifiées d'« accablantes », car il se serait incriminé lui-même lors d'appels téléphoniques passés à des proches et à des connaissances alors qu'il était en détention provisoire en Italie.

La chaîne ARD a indiqué que les enquêteurs avaient trouvé des traces d'explosifs militaires sur le yacht et que sept suspects avaient été identifiés dans cette affaire, dont l'un est mort au combat contre la Russie.

L'année dernière, un tribunal polonais a rejeté une demande d'extradition allemande concernant un autre suspect ukrainien dans l'affaire Nord Stream.

Une croisière de plaisance

Un petit équipage ukrainien, se faisant passer pour des plaisanciers, est à l'origine du sabotage des gazoducs Nord Stream, a rapporté le Wall Street Journal (WSJ) en 2024.

L'opération a été élaborée au cours d'une soirée bien arrosée en mai 2022, alors que des officiers militaires ukrainiens célébraient le coup d'arrêt porté à l'invasion russe de grande envergure et cherchaient à porter un nouveau coup à Moscou, a indiqué le journal en citant quatre sources anonymes au fait du plan.

L'opération aurait coûté environ 300 000 dollars (273 000 euros) et mobilisé une équipe de six personnes à bord d'un petit yacht loué.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait initialement donné son feu vert, avant que la CIA, l'agence de renseignement américaine, n'en ait vent et ne lui demande d'y renoncer.

Le président ukrainien a ordonné l'arrêt de la mission, mais le commandant en chef des forces armées, Valeri Zaloujny, a tout de même décidé de mener l'opération à bien, selon le Wall Street Journal.

Le journal a indiqué s'être entretenu avec quatre hauts responsables ukrainiens de la défense et de la sécurité ayant participé au complot ou en ayant eu connaissance directe ; tous considéraient les gazoducs comme une cible légitime dans le cadre de la défense du pays face à la Russie.

Ces dommages ont exacerbé les tensions liées à la guerre en Ukraine, alors que les pays européens cherchaient à s'affranchir de leur dépendance aux sources d'énergie russes à la suite de l'invasion à grande échelle de son voisin par le Kremlin.

Les explosions ont provoqué une rupture du gazoduc Nord Stream 1, qui constituait la principale voie d'approvisionnement de l'Allemagne en gaz naturel russe jusqu'à ce que Moscou coupe les livraisons fin août 2022.

Elles ont également endommagé le gazoduc Nord Stream 2, qui n'est jamais entré en service, l'Allemagne ayant suspendu sa procédure de certification peu avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février de la même année.

La Russie a accusé les États-Unis d'avoir orchestré ces explosions, une accusation que Washington a démentie.

Sources additionnelles • AFP, AP

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