Abstention, manifestations du 1-Mai : quels risques ce calendrier inédit fait-il peser sur la campagne et le scrutin ? Éléments de réponse avec trois spécialistes de la vie politique.
L’information a fuité mardi soir, rapportée par Ouest-France et l’AFP : la prochaine élection présidentielle aura lieu les 18 avril et 2 mai 2027. Les dates ont été "entérinées" en Conseil des ministres ce mercredi matin, a indiqué la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Selon la Constitution, le scrutin doit avoir lieu entre vingt (24 avril) et trente-cinq jours (9 avril) avant la fin du mandat du président en exercice, et depuis la mort de Georges Pompidou en 1974, il se tient toujours à cheval entre avril et mai.
Emmanuel Macron ayant entamé son second quinquennat le 14 mai 2022, deux options étaient possibles : les 11 et 25 avril (empiétant sur une bonne partie des vacances scolaires), ou les 18 avril et 2 mai.
"Entre deux mauvais choix ils ont pris le moins bon"
Le gouvernement a finalement retenu le second couple de dates. Le tour décisif se déroulera ainsi au lendemain de la fête du Travail – une première – et le dernier jour des vacances scolaires dans la zone B.
Les règles de réserve électorale applicables la veille du scrutin seront toutefois "les mêmes que d'habitude", a assuré la porte-parole du gouvernement à l'issue du Conseil des ministres, appelant à "ne pas polémiquer".
"En Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Saint-Barthélémy, à Saint-Martin et en Polynésie française, les électeurs voteront le samedi pour tenir compte du décalage", précise un compte-rendu du Conseil des ministres.
Un calendrier qui pourrait susciter des interrogations, tant en raison de la forte mobilisation syndicale du 1er-Mai que des enjeux liés à l'abstention.
Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'université Paris II Panthéon-Assas, rappelle que les manifestations pourront bien avoir lieu, mais qu'elles ne devront en principe pas donner lieu à des prises de position politiques. "C'est une gageure", reconnaît le constitutionnaliste auprès d'Euronews, soulignant que des sujets comme l'âge de départ à la retraite relèvent à la fois des revendications sociales et des thèmes de campagne des candidats.
Rachel Garrat-Valcarcel, journaliste politique et autrice de la newsletter "Blocs & Partis", relève qu''"entre deux mauvais choix", le gouvernement, contraint dans le choix des dates, a pris "le moins bon".
"Le risque avec le 1-Mai, à la veille de second tour, est important", souligne-t-elle.
En cas de résultats serrés ou d'éventuelles troubles à l'ordre public, le perdant pourrait "contester la sincérité du scrutin", avance l'experte.
S'agissant de l'abstention, Christophe Chabrot, maître de conférences de droit public à l'université Lumière Lyon II et observateur de la démocratie française, considère que le 1-Mai tombant sur un samedi, "il n'y a pas de grand pont, pas de viaduc" susceptible de pénaliser la participation.
Dans un commentaire à Euronews, l'expert estime toutefois que ce ne sont pas les dates elles-mêmes qui risquent de nourrir l'abstention, mais davantage des facteurs politiques.
Par rapport à l'élection de 2007, précise Christophe Chabrot, l'abstention "voulue" progresse à chaque scrutin présidentiel. La tendance s'est accentuée sous la présidence d'Emmanuel Macron, avec plus de 25 % d'abstention au second tour en 2017, puis 28 % en 2022.
"L'abstention est devenue un choix politique de protestation contre la classe politique", dit-il, ajoutant que la division des candidatures à gauche comme à droite pourrait démobiliser encore davantage l’électorat.
La présence éventuelle de candidats issus des camps dits "extrêmes" au second tour pourrait également détourner une partie de l'électorat des partis traditionnels.
Une ruée vers l'Élysée
Pas moins de vingt-cinq personnalités politiques ont déjà exprimé le souhait de participer à l’élection, d’autres se tiennent en embuscade ou préparent leurs candidatures dans le cas d’un contexte favorable.
C’est le cas de François Hollande. L’ancien président observe son camp s’entredéchirer dans la recherche d’un candidat commun et paraît jouer la stratégie du trou de souris : à la fin de la campagne, à gauche, il ne pourrait rester que lui.
À gauche, avant même une décision commune, plusieurs socialistes sont déjà candidats à la présidentielle : le député Jérôme Guedj, le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane et le député Philippe Brun.
Aucun d’entre eux n’a attendu la décision du Parti socialiste (PS) sur la manière de choisir un candidat. Le Premier secrétaire, Olivier Faure, plaide pour une primaire avec les Écologistes et le reste de la gauche en dehors de La France insoumise (LFI). L’opposition interne, conduite par Boris Vallaud, préférerait un vote réduit aux militants du PS ainsi qu’à ceux de Place publique, le parti de Raphaël Gluksmann et aux militants de Convention, le microparti de Bernard Cazeneuve.
Le bloc central n’est pas non plus sorti du brouillard des luttes internes pour trouver une candidature unifiée. Les deux ex-Premiers ministres Édouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance) peinent à rassembler l’ancien socle macroniste dont les ténors attendent que l’un des deux prenne clairement l’ascendant avant de se rallier.
À droite, seul Bruno Retailleau, le président des Républicains, et David Lisnard, maire de Cannes et président des maires de France, ont déclaré leur candidature, mais d’autres n’excluent pas de se présenter. C’est le cas du député Laurent Wauquiez ou de Xavier Bertrand. Selon le président du Conseil des Hauts-de-France, les électeurs n’ont pas encore la tête à l’élection présidentielle et pensent davantage à la Coupe du monde et au Tour de France qui va commencer.
La France insoumise (LFI), en revanche, n’a pas eu à passer par une procédure de désignation complexe : à 74 ans, Jean-Luc Mélenchon, la figure tutélaire du parti de gauche radicale, est, pour la quatrième fois de son parcours politique, candidat à la présidentielle.
Le 7 juillet est la prochaine échéance de la campagne : ce jour-là, la cour d’appel de Paris se prononcera sur l’inéligibilité de Marine Le Pen. Si elle était empêchée, Jordan Bardella serait le candidat du Rassemblement national (RN) pour l’élection de 2027.
Dans un cas comme dans l’autre, tous les sondages donnent le RN présent au deuxième tour. Au premier tour, selon les études d’opinion, Marine Le Pen ou Jordan Bardella sont en tête avec plus de 30 % des voix, le candidat du bloc central arrive est second atour de 20 % et Jean-Luc Mélenchon en troisième position à environ 13 %.