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Négociations chaotiques sur les sanctions révèlent les fissures du front UE contre la Russie

Les sanctions de l'UE nécessitent l'unanimité de tous les États membres.
Les sanctions de l'UE exigent l'unanimité de tous les États membres. Tous droits réservés  Geert Vanden Wijngaert/Copyright 2026 The AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Geert Vanden Wijngaert/Copyright 2026 The AP. All rights reserved.
Par Jorge Liboreiro & Luca Bertuzzi
Publié le
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Sanctions UE contre la Russie: un nouveau paquet édulcoré révèle les divisions croissantes au sein du bloc.

Pour Bruxelles, l'accord conclu cette semaine sur un nouveau paquet de sanctions contre la Russie constitue une étape supplémentaire dans l'effort collectif visant à saper le moteur économique qui soutient l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par Moscou.

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"Alors que l'Ukraine a regagné du terrain sur le plan militaire, nos sanctions continuent d'affaiblir les bases économiques de l'effort de guerre russe", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

"Nous touchons Poutine là où cela fait le plus mal : en coupant les principales sources de financement dont il dépend pour maintenir sa guerre", a ajouté la haute représentante Kaja Kallas.

Mais cet accord – et, plus révélatrices encore, les négociations tendues qui l'ont précédé – ont mis en lumière les fissures grandissantes de l'unité politique qui sous-tend le régime de sanctions le plus ambitieux de l'histoire de l'UE.

Il a aussi fait émerger une question plus large : jusqu'où les États membres, entrés dans la quatrième année de la guerre, sont-ils prêts à accepter des sacrifices pour maintenir la pression sur le Kremlin ?

Pour la Grèce, cette ligne rouge semble être le transport maritime.

Qui abrite la plus grande flotte marchande du monde, la Grèce a utilisé son veto pour pousser les autres États membres à réécrire l'interdiction totale du GNL russe, de façon à permettre la poursuite de services de transport maritime en dehors du marché de l'UE au-delà de la date butoir du 1er janvier 2027.

Les ambassadeurs se sont d'abord opposés à la réouverture d'un texte législatif déjà adopté à l'unanimité. Certains y ont vu une manœuvre dictée par des intérêts commerciaux, en pointant le rôle central de Dynagas, un important armateur grec impliqué dans le transport de GNL russe.

Le fait que le gouvernement grec et Dynagas aient plaidé pour cette exemption en avançant des arguments quasi identiques n'est pas passé inaperçu.

Malgré le tollé, Athènes est restée inflexible et a maintenu fermement son veto jusqu'à ce que les autres États membres, confrontés à une impasse insoluble, finissent, à contrecœur, par accepter d'accorder une dérogation. Conséquence : le transport de GNL russe vers des clients non européens restera autorisé dans un avenir prévisible, sous certaines conditions.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. Emrah Gurel/Copyright 2026 The AP. All rights reserved

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a laissé éclater sa frustration.

"Les revenus tirés de l'énergie sont au cœur du financement de la guerre par la Russie, et les coûts pour l'Europe pâlent en comparaison du prix que le peuple ukrainien paie chaque jour", a-t-elle déclaré aux médias locaux, dans un rappel à l'ordre à peine voilé.

Mais la Grèce n'était pas la seule à faire valoir son influence.

La Bulgarie, sous le nouveau gouvernement du Premier ministre Roumen Radev, a menacé publiquement d'opposer son veto à l'ensemble du paquet à moins que le patriarche Kirill, chef de l'Église orthodoxe russe, et le fondateur de Lukoil, Vagit Alekperov, ne soient retirés de la liste noire proposée. Les deux noms ont finalement été retirés.

Le Portugal et l'Allemagne se sont également opposés aux restrictions sur la morue et le colin d'Alaska russes, en mettant en garde contre d'éventuelles perturbations pour leurs industries nationales. Après plusieurs séries de consultations, les mesures sur la pêche ont été supprimées.

La France et l'Italie se sont opposées à une proposition visant à restreindre l'accès des soldats russes à l'espace Schengen. L'interdiction d'entrée a été édulcorée à plusieurs reprises pour devenir finalement une simple "base juridique" aux effets pratiques limités.

Dans le même temps, l'Autriche a remporté une victoire politique après que les États membres ont accepté d'examiner sa demande controversée de lever les sanctions visant Rasperia, une entreprise inscrite sur la liste noire, afin de contribuer à compenser une perte de 2,1 milliards d'euros subie par Raiffeisen Bank International en Russie.

Contrairement à l'an dernier, lorsque la demande avait été purement et simplement rejetée, les ambassadeurs de l'UE, sentant poindre un nouveau veto, ont cette fois promis à l'Autriche de trouver une solution ultérieurement.

À la recherche d'un terrain d'entente

Ce n'est pas la première fois – et certainement pas la dernière – qu'un paquet de sanctions est pris en otage par un veto. La Hongrie, sous l'ex-Premier ministre Viktor Orbán, a fait de l'obstruction un outil quasi systématique à Bruxelles, au grand agacement de ses homologues.

Avec le départ d'Orbán, les États membres ont perdu un paravent commode et les intérêts nationaux s'affichent désormais au grand jour, phénomène rarement observé parmi des pays qui réaffirment publiquement leur soutien à l'Ukraine. Si ce soutien demeure globalement intact, chacun tente d'obtenir des concessions.

Les négociations sur le dernier paquet de sanctions ont été dominées par les vetos d'autres pays, notamment celui de la Grèce. La Hongrie, en revanche, a brillé par son absence, ce qui illustre à quel point le départ d'Orbán a rebattu les cartes politiques.

"Ce n'est évidemment pas ce que nous aurions souhaité idéalement, mais cela reste limité aux exportations russes vers des pays tiers", a déclaré un haut responsable de l'UE au sujet de l'exemption sur le GNL.

"C'est la 21e fois que nous parvenons à l'unanimité sur des sanctions contre la Russie. La Russie est le pays le plus sanctionné au monde, davantage encore que l'Iran. Je pense donc sincèrement que c'est un signe fort d'unité."

Les diplomates reconnaissent que, malgré les tensions internes, l'UE a continué d'approuver des salves successives de sanctions contre la Russie, démantelant des décennies de liens commerciaux et d'investissement avec son plus grand voisin.

Chaque nouvelle sanction a des conséquences bien réelles, obligeant les ministères à en évaluer l'impact économique. Au début de la guerre, le seuil d'acceptation des coûts était suffisamment élevé pour rendre les compromis relativement aisés. Plus de quatre ans plus tard, alors qu'aucune issue ne se dessine, les intérêts nationaux deviennent de plus en plus difficiles à concilier.

"Il devient de plus en plus difficile de trouver un terrain d'entente. Nous l'avons bien vu cette semaine", a confié à Euronews un diplomate sous couvert d'anonymat.

L'Ukraine continue de plaider pour davantage de sanctions contre la Russie.
L'Ukraine continue de plaider pour davantage de sanctions contre la Russie. AP Photo

La Commission européenne, qui est censée prendre le pouls politique avant de présenter ses propositions, fait elle aussi l'objet d'un examen de plus en plus serré.

Elle a commencé par viser les secteurs les plus évidents, notamment la banque et l'énergie. Mais après un nombre record de paquets de sanctions, les idées nouvelles se font de plus en plus rares.

Un exemple est l'interdiction proposée visant les produits de la pêche russe, un secteur qui avait jusque-là échappé aux sanctions, incluse dans la première ébauche du 21e paquet. Plusieurs gouvernements ont été pris de court, certains diplomates jugeant la proposition mal préparée.

"La Commission arrive à court d'options sur ce qu'elle peut encore inclure", a reconnu un deuxième diplomate. "Elle doit faire preuve de davantage de créativité et chaque paquet est plus complexe, ce qui allonge les négociations."

Pour éviter des négociations de plus en plus houleuses, certains responsables et diplomates préfèrent adopter des mesures au fil de l'eau plutôt que de les regrouper dans de grands paquets de sanctions. Cette approche est déjà utilisée pour inscrire sur liste noire des navires liés à la flotte fantôme de la Russie.

Il n'empêche : l'unanimité reste l'obstacle ultime et laisse, en dernier ressort, les intérêts nationaux dicter l'issue.

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