Le retour des 220 000 personnes évacuées en raison du l'incendie n'est pas envisagé "tant que le feu ne sera pas fixé", a annoncé la préfète Sophie Brocas. Elle a également alerté sur le risque d'une aggravation de la situation avec la hausse des températures à partir de mardi.
Les sapeurs-pompiers mobilisés dans le Sud-Ouest font face à des phénomènes "jamais observés" en France, compliquant la lutte contre les incendies qui continuent de progresser et ne sont toujours pas fixés en Gironde, a annoncé la préfète, Sophie Brocas.
Lors d'une conférence de presse dimanche après-midi, elle a évoqué la formation d'"orages de feu", ou pyrocumulonimbus, capables de générer leur propre météo. "Il s'agit d'un phénomène parfaitement imprévisible", a ajouté la haute fonctionnaire.
Plus tôt dans la journée, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez avait déjà décrit un incendie "redevenu extrêmement virulent" au cours de la nuit, "créant son propre vent et évoluant de manière erratique vers l'agglomération bordelaise", avant une accalmie en fin de nuit permettant aux forces de sécurité et aux secours d'être à nouveau à la manœuvre.
Au total, 42 000 hectares ont brûlé – soit quatre fois la superficie de Paris – et au moins 240 maisons ont été détruites dans le département, a fait savoir la préfecture.
En Gironde, plus de 2 500 sapeurs-pompiers, "dont un groupe suisse", 1 500 militaires et environ 1 200 policiers et gendarmes, ainsi que quelque 450 bénévoles "des associations agréés de sécurité civile" sont engagés dans les opérations, a précisé le ministre de l’Intérieur.
220 000 évacués dans 23 communes, Bordeaux sous pression
Près de 220 000 personnes ont déjà dû quitter leur domicile depuis mercredi en Gironde, selon un bilan actualisé par la préfecture.
Le feu se trouve à "25 et 30 km" de Bordeaux et à "15 km de la métropole", a fait savoir le maire de la ville, Thomas Cazenave, lors d'un point presse, soulignant qu'une évacuation de la neuvième ville de France n'est toujours "pas à l'ordre du jour".
Vers minuit, la préfète de la Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, Sophie Brocas, a ordonné l'évacuation préventive de cinq communes de la périphérie bordelaise – Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios et Cestas –, soit plus de 50 000 habitants concernés.
Dimanche après-midi, elle a insisté sur le fait que les personnes évacuées ne pourraient pas rentrer chez elles dans les prochains jours tant que le feu ne serait pas fixé, ajoutant qu'il n'y aurait "pas de travail" lundi dans les entreprises situées dans les communes concernées.
À l'inverse, à Biscarrosse, dans les Landes où le feu est "mieux contenu mais pas fixé", selon la préfecture, 3 000 habitants ont pu regagner leur domicile dans des secteurs sécurisés.
En raison de la propagation rapide du feu, attisé par des vents violents, 60 kilomètres de l'autoroute A63, reliant Bordeaux à la frontière espagnole, ont été fermés à la circulation, ont indiqué les autorités.
La SNCF a annoncé la suspension du trafic des trains au sud de Bordeaux.
"Les prochaines heures peuvent être difficiles"
Face à une situation toujours "critique" en Gironde et à une trentaine d'incendies "simultanément actifs" sur le territoire national, le gouvernement français affiche une mobilisation d'ampleur.
Alors que les Landes, le Var, la Corse et les Hautes-Alpes sont également touchés, l'exécutif reçoit le soutien de plusieurs partenaires européens et présente la lutte contre le dérèglement climatique comme une "priorité".
Samedi soir, au sortir de la réunion – la deuxième en vingt-quatre heures – de la cellule interministérielle de crise, Sébastien Lecornu a déclaré qu'"après une légère amélioration cette nuit et ce matin", les prévisions en Gironde "redeviennent défavorables".
"Les prochaines heures peuvent être difficiles", a averti le Premier ministre dans un long message publié sur X.
"Nous continuerons d’engager les moyens nécessaires et d’adapter notre dispositif, heure par heure, aussi longtemps que la situation l’exigera", a-t-il assuré.
"Une première mondiale"
Sébastien Lecornu a également mis en avant le rôle des armées dans la lutte contre les flammes dans le Sud-Ouest et publié, dans un message distinct, les images du premier largage de liquide retardant depuis la soute d'un avion de transport militaire A400M, transformé en Canadair géant.
Son déploiement a été avancé : il était initialement prévu à la fin du mois, après une phase de préparation technique et d'essais nécessaires. La mission s'est finalement déroulée samedi après-midi au-dessus de Lacanau.
"Une première mondiale, rendue possible en seulement quinze jours grâce à la mobilisation exemplaire de la Sécurité civile, des armées et d’Airbus", s'est félicité le Premier ministre.
L'A400M va reprendre ces larguages ce dimanche, a annoncé Laurent Nuñez.
"Un peuple uni"
Sur un autre registre, le chef de l'État, Emmanuel Macron, a choisi de mettre l'accent sur l'unité nationale : "Dans ces heures où les flammes éprouvent durement notre pays, la France révèle ce qu’elle est : un peuple uni, qui se serre les coudes", a-t-il déclaré.
Le président a remercié sur X les partenaires de la France ayant répondu présent après que Paris a déclenché le mécanisme de protection civile : "Merci à la Roumanie, la Croatie, l’Allemagne, au Portugal, à la Suède, la Suisse, la République tchèque et la Slovaquie pour leur précieux soutien".
"C’est l’Europe. Dans l’épreuve, elle fait vivre la solidarité qui la fonde", a ajouté Emmanuel Macron, avant d'adresser un message de soutien à l'Espagne, à l'Italie, à la Grèce "et à tous les peuples qui affrontent eux aussi les incendies".
La lutte contre le réchauffement climatique, une "priorité"
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a lui aussi remercié les pays européens "qui se mobilisent à nos côtés". Selon le ministre, "ces drames ne font que renforcer la conviction portée par la France que la lutte contre le réchauffement climatique est une priorité".
"Celle-ci passe par des accords internationaux ambitieux appelant des transitions à l’échelle mondiale, et leur plein respect par la communauté internationale", a-t-il insisté.
2,5 millions de masques FFP2 envoyés
Sans victime civile à déplorer à ce stade, l'incendie hors norme qui a ravagé le nord du bassin d'Arcachon continue de peser sur les populations exposées, notamment en raison des fumées toxiques. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé que 2,5 millions de masques FFP2 seraient disponibles dès samedi soir à Bordeaux.
Le coût économique du sinistre reste, lui, à évaluer. Dès lundi, le Premier ministre rencontrera les représentants des filières du tourisme et de l'énergie pour "faire le point sur les conséquences des incendies et d’accompagner les territoires concernés".