La Lettonie est confrontée depuis plusieurs mois à une hausse de la migration irrégulière, que plusieurs dirigeants européens qualifient d'attaque hybride orchestrée par le régime d'Alexandre Loukachenko.
La Lettonie a intercepté 28 migrants qui avaient franchi la frontière orientale de l’Union européenne depuis le Bélarus en empruntant un tunnel. Le passage souterrain, découvert à une vingtaine de mètres de la frontière, était dissimulé sous de la mousse.
Il s’agit du deuxième tunnel de ce type découvert en Lettonie. Le 10 août, les gardes-frontières lettons avaient déjà mis au jour un autre passage souterrain, utilisé par 15 migrants pour entrer dans le pays depuis le territoire bélarusse.
La Lettonie est confrontée depuis plusieurs mois à une hausse de la migration irrégulière, un phénomène que plusieurs dirigeants européens qualifient d’attaque hybride menée par le régime d’Alexandre Loukachenko.
Le pays se prépare par ailleurs aux élections législatives du 3 octobre.
Le république balte de deux millions d’habitants a déjà déjoué près de 10 000 tentatives de franchissement illégal de la frontière au cours des huit premiers mois de 2026, contre 12 000 pour l’ensemble de l’année dernière.
Certains jours, les gardes-frontières recensent plus de 100 tentatives de franchissement le long des 173 kilomètres de frontière grillagée.
Mais pour ces migrants, la Lettonie n’est pas la destination finale.
"La Lettonie n’est pas un pays cible. Ici, en Lettonie, nous protégeons, vous savez, des Allemands, des Belges, des Néerlandais", a déclaré à Euronews Guntis Pujāts, chef du Service national des gardes-frontières. "Ils essaient simplement d’utiliser la Lettonie comme pays de transit."
La hausse de la migration secondaire dans la Lituanie voisine semble confirmer ses propos. Le pays a enregistré un quadruplement du nombre de migrants arrivant depuis la Lettonie.
Mais selon Pujāts, les pays européens ne mesurent pas encore pleinement le rôle joué par la Lettonie dans la protection de l’ensemble de l’Europe.
"Malheureusement, la situation actuelle n’est pas suffisamment comprise", a-t-il ajouté.
La Lettonie bénéficie du soutien de l’Estonie, de la Lituanie et de la Finlande dans le cadre d’accords bilatéraux. Ces trois pays ont envoyé des gardes-frontières supplémentaires pour aider Riga à faire face à la pression migratoire. Un accord similaire devrait également être signé avec la Pologne ce mois-ci.
Le président letton, Edgars Rinkēvičs, estime que la prise de conscience progresse quant au fait que les frontières du Bélarus et de la Russie avec les États baltes et la Pologne constituent les frontières extérieures de l’Union européenne.
"Cette prise de conscience progresse", a-t-il déclaré à Euronews.
D'où viennent les migrants ?
L’afflux de migrants originaires de pays extérieurs à l’Europe via la Bélarus a commencé en 2021, après qu’Alexandre Loukachenko a menacé de faciliter le passage de migrants et de drogues vers l’UE, en réaction aux sanctions imposées par le bloc à son régime.
"Nous n’avions pas connu de tels problèmes avant 2021", explique Guntis Pujāts, le chef des gardes-frontières lettons.
La Lettonie a maintenu ouverts ses points officiels de passage aux frontières pour les demandeurs d’asile, mais les flux migratoires actuels n’empruntent pas les voies légales, poursuit-il.
"Il ne s’agit pas d’un flux migratoire légal. Nous n’avons aucune frontière avec l’Iran, l’Irak, l’Érythrée ou l’Afghanistan, et ainsi de suite", ajoute Pujāts. Parmi les pays d’origine figurent également la Syrie, le Cameroun et Cuba. Les migrants viennent "d’Afrique, d’Asie et aussi d’Amérique", précise-t-il.
À la mi-juillet, le parquet général letton a ouvert une procédure pénale visant des responsables des gardes-frontières bélarusses, à la suite d’une plainte déposée par le service national des gardes-frontières lettons.
La plainte indique que "depuis août 2021, la garde-frontière nationale est confrontée à une pression migratoire prolongée et systématique à la frontière entre la Lettonie et le Bélarus. Celle-ci doit être considérée non comme une série de tentatives isolées de franchissement illégal de la frontière par des ressortissants de pays tiers, mais comme des activités illégales délibérées et systématiques menées par une organisation criminelle comprenant des responsables des autorités frontalières du Bélarus, visant à faire passer illégalement un grand nombre de personnes à travers la frontière lettone dans l’intention de porter atteinte à la République de Lettonie".
Invité à fournir des preuves à l’appui de ces accusations, Pujāts en a cité plusieurs.
"Nous savons que [les migrants] ont été transportés dans des véhicules de l’État bélarusse, qu’ils ont été hébergés dans des installations de l’État bélarusse. Nous comprenons donc que tout cela a été organisé comme une forme de vengeance, ou même, je pense, parce que Loukachenko estimait que l’Union européenne allait entamer des négociations et, vous savez, verser de l’argent pour mettre fin à cette [migration] illégale", explique-t-il.
Entre-temps, ce pays balte a renforcé la protection de ses frontières. La Lettonie a achevé l’an dernier la construction d’une clôture le long de ses 173 kilomètres de frontière avec le Bélarus. Les derniers travaux visant à l’équiper de moyens technologiques supplémentaires devraient être achevés d’ici la fin de l’année.
À la mi-août, la Lettonie a également lancé une opération de sécurité baptisée "Vilkatis" ("Loup-garou"), contre ce qu’elle décrit comme une instrumentalisation de la migration illégale en provenance de Bélarus.
Malgré le soutien de ses pays voisins, la Lettonie manque encore d’environ 200 gardes-frontières.
"Il y a la technologie et il y a les ressources humaines", résume Pujāts.
"Nous travaillons à renforcer nos effectifs, à recruter davantage de gardes-frontières, et j’espère que la situation évoluera positivement dans les prochaines années".