Seule une homologation spécifique laisse passer 0,00032 % de la lumière solaire visible et évite que les spectateurs de ce phénomène unique en un siècle ne subissent des dommages irréversibles à la rétine.
Notez ce chiffre en vue de l'éclipse qui traversera la péninsule Ibérique le 12 août prochain. En gardant cette date en tête, le numéro ISO (l'Organisation internationale de normalisation) des lunettes spéciales qui doivent être utilisées pour observer avec prudence ce phénomène, unique dans ce siècle, devrait être facile à mémoriser : 12312-2015.
Sans elles, le rayonnement ultraviolet endommagera d'une part les photorécepteurs de l'œil (les cônes et les bâtonnets) et l'énergie infrarouge produira un effet thermique direct sur la rétine, provoquant une rétinopathie solaire. Les symptômes de cette pathologie, qui peuvent mettre du temps à apparaître, peuvent inclure une vision floue, des taches ou des scotomes au niveau de la zone de plus grande acuité visuelle, une métamorphopsie (perception déformée des formes) et une moindre tolérance à la lumière, ou photophobie, pouvant entraîner des maux de tête.
La phase de totalité de l'éclipse ne dépassera pas une minute et 48 secondes en aucun point de son trajet au-dessus de l'Espagne ; plus on sera proche de la ligne de totalité, plus on pourra profiter longtemps du phénomène. C'est pendant ce bref instant que les observateurs les plus chanceux pourront retirer leurs lunettes homologuées.
La norme ISO 12312-2 s'applique uniquement à certains produits destinés à l'observation directe du Soleil, ce que les astronomes appellent photosphère : la face brillante du Soleil. Elles garantissent que pas plus de 0,00032 % de la lumière solaire visible n'est laissée passer. Le ministère de la Science explique que "il faut mettre les lunettes avant de regarder le Soleil, regarder brièvement quelques secondes puis baisser le regard, en répétant l'observation de l'éclipse toujours avec des pauses". Il ne faut pas les enlever avant d'avoir détourné le regard du Soleil.
La norme ne concerne que des lunettes sans correction ni réglage de mise au point. Elle ne s'applique pas aux lunettes de soleil classiques (ISO 12312-1), qui laissent passer des quantités de lumière des centaines ou des milliers de fois supérieures à ce qui est sûr pour regarder directement le Soleil, ni aux filtres solaires conçus pour des appareils tels que les télescopes ou les jumelles. Elle ne s'applique pas non plus aux filtres solaires destinés à être placés sur l'ouverture (frontale) de dispositifs optiques comme les objectifs d'appareils photo, les jumelles ou les télescopes.
Les critères recherchés portent sur la transmittance (le rapport entre la lumière transmise et la lumière incidente) aux longueurs d'onde ultraviolette, visible et infrarouge qui atteignent nos rétines, sur l'uniformité de cette transmittance et sur la qualité du matériau adéquate. La Commission scientifique et de conseil du Trio des éclipses ajoute que, si elles sont vendues dans l'Union européenne, elles doivent en outre porter le marquage CE.
Le ministère et l'ONCE vont distribuer deux millions de lunettes homologuées gratuites dans les points de distribution de cette fondation et dans des centres de recherche, des musées scientifiques et d'autres organismes publics. Plusieurs communautés autonomes distribueront également ces dispositifs homologués dans les sites aménagés pour observer le phénomène astronomique. Vous trouverez ici la liste des lieux où vous pouvez obtenir gratuitement ces lunettes (source en espagnol).