Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

Le médecin au bout du fil : la téléconsultation devient-elle plus courante en Europe ?

Doxy.me supprime les obstacles à la télémédecine
Doxy.me supprime les obstacles à la télémédecine Tous droits réservés  Copyright Business Wire 2020.
Tous droits réservés Copyright Business Wire 2020.
Par Servet Yanatma
Publié le
Partager Discussion
Partager Close Button

Les téléconsultations, au pic pendant la pandémie de COVID-19, restent supérieures aux niveaux d’avant-crise en Europe. Des experts expliquent les écarts entre pays.

Le médecin au bout du fil : la téléconsultation gagne-t-elle du terrain en Europe ?

Le médecin au bout du fil : quel pays européen recourt le plus à la télésanté ?

La COVID-19 a bouleversé de nombreux aspects de la vie quotidienne et certaines de ses évolutions ont laissé une empreinte durable. La téléconsultation médicale en fait partie. Pendant la pandémie, les visites en personne comportaient des risques sanitaires importants, ce qui a conduit de nombreux pays à lancer ou à étendre des services de consultation à distance. Depuis, les téléconsultations ont continué de gagner du terrain en Europe, par rapport aux niveaux d’avant la pandémie.

Alors, quelle est aujourd’hui l’ampleur des téléconsultations en Europe ? Dans quelle mesure le nombre de téléconsultations par personne a-t-il augmenté ? Et quels pays affichent désormais la part la plus élevée de téléconsultation dans l’ensemble des consultations ?

La téléconsultation, aussi appelée télémédecine, s’est imposée comme essentielle pour assurer les soins pendant la pandémie de COVID-19. En 2019, les consultations à distance par téléphone ou vidéo atteignaient en moyenne 0,5 par patient et par an dans les pays de l’OCDE, selon le rapport « Health at a Glance 2025 ».

L’étude reflète largement la situation en Europe, 18 des 22 pays inclus dans les données étant européens.

En 2021, elles avaient plus que doublé pour atteindre 1,3 téléconsultation par patient. En 2023, le rythme s’est stabilisé à 1 par patient et par an. Le rapport souligne que cela « traduit un recul partiel par rapport aux pics de la pandémie tout en maintenant des niveaux bien supérieurs à la période prépandémique ».

« La tendance globale reste à la hausse, avec de nettes différences entre pays. Dans certains endroits, la téléconsultation est devenue une composante régulière des soins », a déclaré à Euronews Health le Dr David Novillo Ortiz, responsable des données, de l’IA et de la santé numérique au Bureau régional pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

À l’exception du Danemark et, dans une très faible mesure, de la Finlande, le nombre de téléconsultations par personne a augmenté en 2023 par rapport à 2019.

Hausse la plus forte en Espagne

L’augmentation est marquée dans de nombreux pays, l’Espagne et la Lituanie en tête, avec toutes deux une hausse de plus d’une consultation par personne. En Espagne, le taux est passé de 0,3 à 1,7, tandis qu’en Lituanie il a augmenté de 0,1 à 1,2.

D’autres pays ont également enregistré des hausses significatives durant cette période.

La Norvège est passée de 0,1 à 0,7, la Croatie de 0,7 à 1,7, le Portugal de 0,9 à 1,4, et la Slovénie de 0,1 à 0,9.

Parmi les pays les plus peuplés d’Europe, l’Allemagne n’a pas évolué, restant à 0,1 téléconsultation par personne, tandis que la France est passée de 0 à 0,2.

Au Danemark, les téléconsultations ont reculé de 2 à 1,7 par personne, tandis qu’en Finlande elles ont diminué de 0,35 à 0,3.

Rappelant que le Danemark disposait déjà, avant la pandémie, d’une solide tradition de consultations téléphoniques, Francesc Saigi, de l’Universitat Oberta de Catalunya (UOC) et directeur du Centre collaborateur en santé numérique de l’OMS, a précisé que ce recul ne signifie pas que le pays a abandonné le modèle.

« Il traduit plutôt une normalisation réfléchie fondée sur la qualité clinique, l’équité et la pertinence », a-t-il indiqué. « Le Danemark a d’ailleurs maintenu en 2023 un niveau élevé de consultations à distance (26 %). »

Dans plusieurs pays, au moins une consultation sur cinq est à distance

La part des téléconsultations dans l’ensemble des consultations médicales par personne dépasse 20 % dans plusieurs pays européens. Autrement dit, au moins une visite chez le médecin sur cinq se fait désormais à distance plutôt qu’en présentiel.

L’Estonie arrive en tête avec 36 %, suivie du Portugal (26 %), de la Suède (25 %), du Danemark (25 %) et de l’Espagne (22 %). La Croatie atteint également 20 %.

« Ces exemples reflètent des systèmes de santé plus matures sur le plan numérique, appuyés par des infrastructures solides et des politiques de remboursement qui rendent les soins à distance viables », a souligné Novillo Ortiz.

En moyenne, sur les 22 pays de l’OCDE inclus, 13 consultations sur 100 sont effectuées à distance. La Norvège (21 %) et la Slovénie (15 %) se situent au-dessus de cette moyenne. La Lituanie (12 %), la Hongrie (11 %) et la Belgique (10 %) affichent elles aussi des parts à deux chiffres.

Dans les deux pays les plus peuplés d’Europe, la part reste relativement faible. En Allemagne, elle n’est que de 1 %, tandis qu’en France elle s’établit à 4 %.

« Le taux très faible en Allemagne reflète probablement un attachement de longue date aux visites en personne, une approche réglementaire plus prudente et une confiance moindre dans les solutions numériques au sein d’une partie de la population », a déclaré à Euronews Health le Dr Wojciech Malchrzak, de l’Université médicale de Wrocław.

Dans les pays nordiques, la téléconsultation représente environ une consultation sur quatre au Danemark et en Suède, mais le taux est nettement plus faible en Finlande, à 7 %.

Pourquoi la téléconsultation progresse-t-elle ?

Ortiz souligne que l’essor de la téléconsultation en Europe ne tient pas à une cause unique, mais à une combinaison de facteurs qui ont transformé l’organisation des soins.

« La COVID-19 a joué le rôle d’un puissant accélérateur : elle a poussé les systèmes de santé et les professionnels à adopter les soins à distance en quelques mois seulement », a-t-il expliqué.

« Mais la croissance que nous observons aujourd’hui dépend de choix politiques, de la capacité technologique et de l’acceptation par les professionnels. »

Saigi note également que seuls les pays disposant de bases réglementaires, financières et technologiques solides ont pu en faire un élément de routine des soins.

Pourquoi les parts de téléconsultation varient-elles autant ?

Ortiz explique que les stratégies nationales de santé numérique jouent un rôle déterminant dans cette progression.

Des pays comme les pays nordiques ou l’Estonie, qui ont élaboré une vision claire et de long terme pour intégrer la téléconsultation à leur système de santé, sont parvenus à en faire un service stable et de qualité.

Ces stratégies offrent un cadre cohérent pour le développement technologique, la formation des professionnels et l’évaluation des résultats.

Le financement et le remboursement sont également essentiels.

« Dans les pays où les téléconsultations sont entièrement remboursées, leur usage reste élevé et continue de croître. Quand les incitations financières disparaissent, l’usage chute fortement », ajoute Ortiz.

Le Dr Stefan Buttigieg, de l’Association européenne de santé publique (EUPHA), relève que les populations plus à l’aise avec les outils numériques, et les cultures plus ouvertes aux interactions à distance, ont adopté plus facilement la téléconsultation.

Infrastructures et compétences numériques

Selon Saigi, Ortiz, Buttigieg et Malchrzak, d’autres facteurs clés expliquent ces écarts : l’acceptation par les professionnels, l’adéquation clinique, des systèmes numériques matures et interopérables, des infrastructures numériques adaptées, ainsi que le niveau de littératie numérique et sanitaire de la population.

« Les pays dotés de dossiers médicaux électroniques bien développés et de plateformes permettant un échange fluide des données peuvent étendre bien plus facilement les services de téléconsultation », explique Ortiz.

« L’accès au haut débit, la disponibilité des équipements et les compétences numériques déterminent la capacité réelle des patients à recourir à la téléconsultation. »

Francesc Saigi ajoute que, dans certains pays, l’examen en présentiel reste considéré comme la référence, et que professionnels comme patients peuvent hésiter à le remplacer.

Buttigieg souligne aussi le rôle du modèle de prise en charge. Les systèmes où la médecine de premier recours et la gestion des maladies chroniques sont solides intègrent plus facilement la téléconsultation que ceux où ce n’est pas le cas.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion

À découvrir également

Comment les athlètes olympiques voient le succès et l’échec, et ce qu’on peut apprendre d’eux

Quel pays européen attend le plus longtemps avant d'avoir des enfants ?

Quels pays européens consomment le plus d’antibiotiques ?