À l'approche de la visite d'António Guterres, le Conseil de sécurité de l'ONU a évalué la situation sécuritaire en Syrie et demande un soutien financier supplémentaire pour faire face à la crise humanitaire.
Avant la visite d'Antonio Guterres en Syrie, prévue cette semaine, le Conseil de sécurité de l'ONU a consacré sa réunion de ce mardi 21 juillet à la situation dans le pays. Des discussions motivées par les conclusions d'une enquête interne indiquant que le sud de la Syrie demeure instable, notamment en raison des opérations israéliennes, qui violent la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.
Le Conseil de sécurité a également entendu l'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, qui s'est exprimé depuis Damas.
Lors de cette réunion, les intervenants ont réaffirmé leur soutien à la transition politique syrienne, estimant qu'elle avait franchi une étape importante avec la création de l'Assemblée du peuple et de la Cour suprême investie de compétences constituantes. "Ces institutions doivent préparer deux échéances majeures : l’élaboration d’une constitution permanente et l’organisation d’élections à l’issue de la période de transition", indique l'ONU.
Ils ont toutefois averti que, malgré une amélioration de la situation humanitaire, des millions de Syriens continuent de tenter de survivre sans assistance. Près de 5,5 millions de personnes vivent toujours déplacées à l'intérieur du pays.
Dans le même temps, au cours des dix-huit derniers mois, plus d'un million de réfugiés sont déjà rentrés en Syrie, où ils cherchent désormais à reconstruire leur vie.
De fortes tensions ethniques
Les dirigeants de l'Union européenne ont récemment rappelé au président syrien que les droits des minorités et leur sécurité ne semblaient toujours pas garantis.
Les Alaouites constituaient le principal soutien de l'ancien président Bachar al-Assad et de son entourage. Après sa chute, ils ont été la cible de campagnes particulièrement violentes menées pendant plusieurs mois par des milices sunnites.
De la même manière, les Druzes vivant dans le sud du pays ont également été attaqués, les affrontements ayant donné lieu à des violences meurtrières.
Cette situation complexe, marquée par de profondes tensions ethniques, est aggravée par les conséquences de la longue guerre civile : près des deux tiers de la population syrienne, soit environ 15 millions de personnes, ont toujours besoin d'une aide humanitaire. Les Nations unies ne sont, aujourd'hui, en mesure de venir en aide qu'à environ la moitié des personnes dans le besoin, alors que leur alimentation constitue déjà un défi majeur. Les agences de l'ONU appellent donc la communauté internationale à fournir un soutien financier immédiat.
La question kurde
Par ailleurs, si les Kurdes, qui aspirent à une forme d'autonomie, semblent disposés à intégrer progressivement les institutions de l'État syrien, ils n'ont pas été autorisés à participer aux élections organisées l'an dernier, officiellement pour des raisons de sécurité. Les Druzes ont eux aussi été exclus du scrutin.
La question kurde demeure particulièrement sensible dans la Syrie en reconstruction. Pendant les onze années de guerre civile, les milices kurdes ont été d'importants alliés du groupe armé sunnite qui a pris le pouvoir en décembre 2024. Elles attendent désormais des contreparties de la nouvelle direction syrienne.
Cette dernière subit toutefois une forte pression de la Turquie sur ce dossier. Ankara refuse catégoriquement tout renforcement de la position des Kurdes de Syrie. Depuis des décennies, les autorités turques mènent une lutte acharnée contre la minorité kurde de Turquie, forte d'environ 15 millions de personnes, et entendent empêcher à tout prix que les Kurdes de Syrie, d'Irak et de Turquie unissent leurs forces avant de proclamer un État kurde à la frontière de ces trois pays.
Guterres se rendra aussi sur le plateau du Golan
António Guterres sera le premier secrétaire général des Nations unies à effectuer une visite en Syrie depuis près de vingt-cinq ans. Son prédécesseur, Ban Ki-moon, s'y était rendu pour la dernière fois en 2009.
Selon son programme, il rencontrera le président syrien Ahmed al-Charaa ainsi que le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani. Il doit également s'entretenir avec des représentants de la société civile avant de rendre visite aux forces de maintien de la paix de l'ONU déployées sur le plateau du Golan.
Au regard du droit international, le plateau du Golan est un territoire syrien occupé par Israël. Bien que l'État hébreu ait étendu sa législation à cette région en 1981, les Nations unies, l'Union européenne et la grande majorité de la communauté internationale considèrent toujours cette annexion comme illégale.
En 2019, les États-Unis ont reconnu unilatéralement la souveraineté israélienne sur le Golan. Cette décision a constitué un geste diplomatique majeur, sans toutefois modifier le consensus international sur le statut du territoire.