DERNIERE MINUTE
This content is not available in your region

Syrie : "Nous n'avons pas le temps d'attendre"- Ahmet Davutoğlu

Syrie : "Nous n'avons pas le temps d'attendre"- Ahmet Davutoğlu
Taille du texte Aa Aa

Ahmet Davutoğlu est considéré par de nombreux diplomates occidentaux comme l’architecte de la politique extérieure de la Turquie de cette dernière décennie, le Henry Kissinger turc. Sa stratégie a permis au pays de devenir un acteur diplomatique et politique majeur dans la région. Dans cet entretien, il analyse la situation en Syrie et l’impasse dans laquelle se trouve les négociations d’adhésion avec l’Union européenne.

Bora Bayraktar, euronews

Tout d’abord merci d‘être avec nous malgré votre agenda très chargé.

La Syrie est toujours au coeur de l’actualité et la crise se prolonge. Le plan Annan a donné plus de temps au régime, l’opposition cherche à s’unir mais cela prenddu temps. Si la crise persiste, la Turquie peut-elle avoir des problèmes ? L’idée d’une zone tampon est-elle toujours d’actualité ?

Ahmet Davutoğlu, ministre turc des Affaires étrangères

“Si la crise se poursuit, ce sera problématique non seulement pour la Turquie mais aussi pour toute la région, parce que le contexte géopolitique de la Syrie est très sensible étant donné ses connections avec les pays qui l’entourent. C’est aussi un voisin très important de la Turquie. Toute la tension émanant de la Syrie peut avoir un effet potentiel sur les pays voisins. C’est pourquoi laisser du temps, observer ce qui se passe et comment évolue la situation n’est pas la bonne option. La communauté internationale doit intervenir pour empêcher cette situation de se transformer en une grande source d’instabilité.”

euronews

Y-a-t-il un risque de conflit armé ?

Ahmet Davutoğlu

“Il y a déjà des affrontements en Syrie.”

euronews

Je parle de conflits en dehors de la Syrie

Ahmet Davutoğlu

“Cela dépend de l‘évolution en cours dans le pays. Mais ce genre de risque existe toujours. Tous les conflits internes finissent par affecter au final les pays voisins et par extension toute la région. C’est évident. Par conséquent, nous avons une responsabilité humanitaire et historique envers le peuple syrien et nous sommes déterminés à prendre cette responsabilité de concert avec la communauté internationale.

Si ce conflit commence à menacer les intérêts et la sécurité nationale de la Turquie, alors la Turquie adoptera les mesures nécessaires pour sa sécurité.”

euronews

Vous revenez d’Iran. La Syrie constitue un enjeu important dans les relations entre la Turquie et l’Iran. Ces deux pays ont une approche différente concernant le sort du dirigeant syrien. Cette question peut-elle mettre à l‘épreuve les relations entre la Turquie et l’Iran, quelle peuvent- être les conséquences ?

Ahmet Davutoğlu

“Et bien non. Les relations entre la Turquie et l’Iran sont profondément enracinés, des relation de voisinage. Lorsque nous avons des désaccords sur certaines questions, nous en parlons ensemble comme nous l’avons fait avant.

Notre Premier ministre a expliqué très clairement nos inquiétudes aux autorités iraniens, quand nous étions là-bas.

Bien sûr, nous avons quelques désaccords sur la position du gouvernement syrien et son avenir. Nous restons en contact permanent avec l’Iran pour résoudre ces problèmes. La Syrie est un pays frontalier avec la Turquie. Et la Turquie est la première à être préoccupée par les développements en Syrie. Il est important que la communauté internationale connaisse notre position.”

euronews

Il semble que l’adhésion à l’Union européenne ne soit plus une priorité dans l’agenda turc, en raison de certains facteurs extérieurs. Il semble que les relations entre l’UE et la Turquie vont être au point mort quand Chypre va prendre la présidence tournante de l’UE. Quelle est la perspective d’avenir entre la Turquie et l’Union européenne ?

Ahmet Davutoğlu

“Je ne pense pas qu’il soit correct de dire que nos relations avec l’Union européenne ne sont plus prioritaires. La semaine dernière, pour la première fois, j’ai été convié à une réunion du conseil européen des affaires étrangères à Bruxelles. J’ai prononcé un discours. Les relations avancent mais nous avons des problèmes avec les négociations d’adhésion. L’intégration de la partie sud de Chypre dans l’UE a fait apparaître une anomalie qui est aujourd’hui passée aujourd’hui au second plan.

De fait, selon l’acquis communautaire, l‘île dans son ensemble est devenue membre de l’UE. Maintenant un pays, la partie grecque de Chypre – qui ne représente pas la totalité de Chypre, va assumer la présidence de l’Union européenne. Donc, l’anomalie se poursuit, c’est le point faible de l’Union européenne.

Si l’UE ne montre pas sa capacité à surmonter cette faiblesse, les négociations ne seront pas en mesure de progresser facilement même si la Turquie remplit les critères d’adhésion.

L’Union européenne doit avant tout se remettre en question et prendre une décision. L’UE doit montrer qu’elle veut éliminer tous les obstacles qui bloquent l’entrée de la Turquie comme membre à part entière.

Si l’Union Européenne veut devenir une puissance mondiale, tant au niveau géographique que culturel, avec une base géopolitique, économiquement dynamique, alors l’adhésion de la Turquie est une obligation.

L‘économie turque est devenue très forte et dynamique. Ce qui montre que la Turquie est une valeur stratégique pour l’Union européenne. Nous avons besoin de dirigeants européens capables de comprendre cela.

Il y a un besoin de leadership visionnaire dans le club. Malheureusement, sans une telle vision, il est difficile pour la Turquie et l’UE d’atteindre une nouvelle dimension dans leurs relations.”

euronews

Dernière question sur les visas. Ankara a demandé la libre circulation des Turcs dans l’Union européenne. Mais pour certaines raisons, ces exigences n’ont pas été entendues. A votre avis, qui bloque la libre circulation des Turcs au sein de l’Union ?

Ahmet Davutoğlu

“Il s’agit d’une question vitale pour nous, un sujet important qui ne devrait pas être considéré comme une faveur. Permettez-moi de dire les choses clairement, c’est un droit pour les citoyens turcs. Cela devrait être obligatoire depuis l’entrée en vigueur en 1996 de l’accord d’union douanière.

Il existe plusieurs décisions prises par la Cour européenne se référant à la mise en oeuvre des visas qui vont à l’encontre les lois européennes.

la logique de l’accord sur l’union douanière et ces décisions de la Cour européenne démontrent que la mise en oeuvre de visas est illégale.

De plus, il est politiquement difficile de comprendre pourquoi nous sommes soumis à des restrictions de visa alors que certains pays d’Amérique latine, qui ne sont même pas candidats, en sont exemptés. Ce n’est pas une attitude légitime.

En dépit des promesses pour adoucir la réglementation des visas, certains pays européens font part de leurs objections.

Mais quand nous parlons avec ces pays qui s’opposent à la suppression des visas, ils nient être contre la libre circulation des Turcs au sein de l’UE.

La Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures de l’Union européenne organise une nouvelle réunion le 26 avril prochain, nous espérons que nous allons faire des progrès.

En conclusion, les membres de l’Union européenne doivent comprendre que la libre circulation est un droit pour les citoyens turcs et nous ferons tout notre possible pour faire reconnaître ce droit