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Turquie : "l'opposition est tombée dans le piège du référendum"

Turquie : "l'opposition est tombée dans le piège du référendum"
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L’opposition espérait un vote sanction contre le parti de Premier ministre aux élections municipales en Turquie. C’est tout le contraire qui s’est produit dimanche. Le Parti de la Justice et du développement, l’AKP, a remporté plus de voix qu’aux précédentes municipales de 2009.

Recep Tayyip Erdogan est le grand vainqueur, à un an du terme de son troisième et dernier mandat de chef du gouvernement.

Les tensions, affaires et scandales s‘étaient pourtant accumulés depuis moins d’un an : fronde antigouvernementale en juin, purge au sein de la police et de la justice, scandale de corruption, diffusion d’enregistrements controversés, blocage de Twitter puis YouTube.

Seule et maigre consolation pour les détracteurs d’Erdogan : son parti n’a pas obtenu les presque 50 % de voix récoltées aux législatives de 2011.

Pourquoi cette victoire de l’AKP? L’analyste Bekir Ağırdır souligne notamment que depuis l‘éclatement du scandale de corruption en décembre, “l’AKP et Erdogan ont réussi à faire de ces élections un référendum. Et l’opposition est tombée dans ce piège. Elle n’a parlé que de corruption”. Bekir Ağırdır a été interrogé par notre correspondant en Turquie, Bora Bayraktar.

Bora Bayraktar, euronews

L‘élection, qui était considérée comme un référendum sur l’AKP au pouvoir, a été remportée haut la main par ce dernier. Comment l’expliquez-vous ? Pourquoi cette victoire de l’AKP ?

Bekir Ağırdır, écrivain, chercheur et consultant chez Konda Research and Consultancy

Il y a plusieurs raisons. Certaines sont techniques. Dans 30 grandes villes, de nouvelles circonscriptions ont été créées. Cela a affecté 77% de l‘électorat. En Turquie, l’exode rural se poursuit. 27 millions de personnes ont migré vers les villes au cours des 30 dernières années. Je vous dis cela parce que les données que nous avions sur la société turque avant les années 80, sur sa structure industrielle et sociologique, ont changé. C’est ce que l‘élite politique turque, les universités turques et les médias oublient, ou en tout cas ne prennent pas en compte. La société turque – sa nature – a changé avec ces migrations et cette urbanisation. Il y a aussi une évolution mondiale, d’une société industrielle à une société de l’information, qui affecte les pratiques quotidiennes en Turquie.

Nos intellectuels, nos universités et nos hommes politiques essaient toujours d’interpréter la société turque avec les paramètres d’une société industrialisée. C’est pourquoi ils sont toujours surpris par les résultats des élections. Mais à l’aune de nos recherches sur les cinq dernières années, ces résultats n’ont rien de surprenant. On ne peut pas imputer l’absence d’alternance en Turquie, au seul succès du parti au pouvoir. Elle est aussi imputable à l‘échec de l’opposition. Les gens qui quittent l’AKP à cause de tel ou tel incident ne sont pas attirés émotionnellement ou intellectuellement par un autre parti. Et donc, ils retournent vers l’AKP. Et depuis le scandale de corruption en décembre, l’AKP et Erdogan sont parvenus à transformer ce scrutin en référendum. Et l’opposition est tombée dans le piège : elle n’a parlé que de corruption !

L’opposition n’a pas su recentrer ces élections sur les problèmes réels, quotidiens. Et tant que les élections resteront engluées dans la rhétorique du gouvernement sur l’identité et la polarisation politique, les résultats ne changeront jamais.

Bora Bayraktar, euronews

Est-ce que le blocage de Twitter, Youtube, les incidents de Gezi etc… ont eu un impact sur ces élections ?

Bekir Ağırdır, Konda Research and Consultancy

Oui, cela a eu un impact. Pendant les incidents du parc Gezi, l’AKP a immédiatement perdu 5 points dans les sondages. Mais en deux mois, il les a regagnés. Pendant l’enquête sur les accusations de corruption, il a re-perdu 5 à 6 points, qu’il a regagnés en février. En mars, ils les a encore une fois perdus. Si ces événements n’avaient pas eu lieu, l’AKP aurait fait un score de 52 à 53%. Donc il a un peu reculé.

Les résultats des élections ne veulent pas dire que la corruption est ignorée ou tolérée. La corruption relève de la loi. Les sondages s’occupent de politique. Mais il semble que monsieur Erdogan et l’AKP font l’amalgame et interprètent ces résultats comme le signe que toutes ces allégations de corruption ont été balayées. Mais l’AKP comme l’opposition ont tort. Les gens n’ont pas voté pour disculper ou punir les accusés. Les gens ont voté pour leur capacité à diriger le pays. Et le critère déterminant a été la polarisation politique et identitaire.

Bora Bayraktar, euronews

Le BDP – le Parti pour la paix et la démocratie – a remporté plusieurs villes dans les régions à majorité kurde. Comment interprétez-vous son succès ?

Bekir Ağırdır, Konda Research and Consultancy

Je pense qu’au niveau local, le BDP est devenu le principal acteur de l’opposition. Que cela vous plaise ou non, ils proposent une vision alternative aux électeurs. Ils ont remporté toutes les villes où la communauté kurde est organisée et majoritaire. Donc ils sont devenus la première force d’opposition par le nombre de villes qu’ils ont remportées et aussi par leur vision alternative.