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Les menaces du président vénézuélien sont "typiques des dictateurs"

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Les menaces du président vénézuélien sont "typiques des dictateurs"

Les menaces du président vénézuélien sont "typiques des dictateurs"
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En cinq mois le Venezuela a connu trois scrutins, des élections locales, régionales et la mise en place d’une assemblée constituante. Les résultats ont donné une quasi majorité absolue au président Nicolas Maduro. L’issue ne faisait guère de doute puisque l’opposition avait décidé de boycotter ces élections. Antonio Ledezma est l’un des opposants au pouvoir. Il fait partie de ceux qui ont refusé de participer à ces scrutins. Arrêté, emprisonné et finalement placé en résidence surveillée il a fui son pays au mois de novembre pour rejoindre l’Espagne en passant par la Colombie. A l’occasion de la remise du prix Sakharov du Parlement européen, Euronews a interrogé l’ancien maire de Caracas.

Euronews :
“Vous êtes arrivé à Strasbourg après une fuite que décrivez digne d’un film. J’imagine que cela a été difficile de quitter le Venezuela. Dites-nous quel a été le moment le plus dur dans votre prise de décision ?”

Antonio Ledezma :
“Lorsque j’ai fermé la porte de mon appartement j’avais le sentiment de fermer la frontière de mon pays. Lorsque j’ai dit au revoir à ma maison, à ma chambre, aux photos de famille, à ma femme, à mes enfants, lorsque j’ai touché mes livres, à travers ces adieux je disais au revoir au Venezuela, que je laissais derrière moi mais que je gardais au fond de mon cœur. Ce fut le moment le plus difficile.”

Euronews :
“Au début de l’année nous avons vu de grandes manifestations, dramatiques, avec des morts dans les rues. Dans quel état se trouve le Venezuela que vous avez quitté ?”

Antonio Ledezma :
“Un Venezuela qui survit à la narco-tyrannie, avec des personnes qui ne baissent pas les bras, qui refusent d’abandonner, qui vivent sans pouvoir profiter de la liberté d’expression, de penser librement, de jouir des droits fondamentaux dont parlait Sakharov, des droits inaliénables.”

Euronews :
“Vous n‘étiez pas favorable au dialogue proposé par le gouvernement du président Maduro, vous ne vouliez pas non plus participer aux élections municipales. Quels sont les moyens de sortir de la crise si vous ne pouvez pas voter, si vous ne pouvez pas débattre?”

Antonio Ledezma :
“Résister et se battre. Le peuple vénézuélien et nous-mêmes ne sommes pas opposés au dialogue. Ce que nous dénonçons c’est un dialogue faussé. Le dialogue a commencé l’année dernière et après le début des discussions il y a eu plus de prisonniers politiques, davantage de persécutions politiques et plus d’entraves au processus électoral. Nous avons proposé un référendum et ce droit d’une consultation démocratique nous a été volé.”

Euronews :
“Que pensez-vous des propos du président Maduro qui estime que ceux qui n’ont pas participé aux élections locales n’ont pas le droit de participer à l‘élection présidentielle l’année prochaine ?”

Antonio Ledezma :
“C’est une attitude primaire. Ce discours ne peut être tenu que par une personne qui n’a aucun sens démocratique, qui ne respecte pas les lois, qui ne respecte pas les dissidents. Et ces menaces sont typiques des dictateurs.”

Euronews :
“J’aimerais que l’on parle de la population au Venezuela car vu d’Europe on a le sentiment que la société est très divisée. Lors des dernières élections, Nicolas Maduro a obtenu de bons résultats, prévisibles puisque l’opposition a refusé de participer. Mais il a un grand nombre de soutiens et sûrement parmi les couches populaires. Pensez-vous que les politiques néolibérales des années 1980 sont responsables de la situation actuelle ?”

Antonio Ledezma :
“Je ne refuse pas d’analyser ce qui s’est passé au Venezuela au cours des 50 dernières années. Ce que je veux dire c’est qu’Hugo Chavez et Nicolas Maduro ont dirigé le pays pendant 20 ans. Ils ont eu l’opportunité de gérer un budget colossal alimenté par le pétrole et aujourd’hui nous avons un pays endetté, un pays qui n’a pas su utiliser les revenus du pétrole pour les transformer en école, en soins de santé, en opportunités pour les Vénézuéliens. Ils ont endetté le pays et plongé dans la pauvreté la majorité des Vénézuéliens.”

Euronews :
“Que proposez-vous alors pour réconcilier la société vénézuélienne ?”

Antonio Ledezma :
“Tout d’abord se débarrasser de la narco-tyrannie parce que le Venezuela souffre des rigueurs de la narco-tyrannie. Et ensuite commencer un processus électoral vraiment transparent qui permettra aux citoyens d’obtenir un gouvernement légitime. Alors avec ce gouvernement légitime il faudra lancer un processus de réunification de la société vénézuélienne ainsi qu’une relance économique et sociale du pays car le Venezuela possède un potentiel incroyable qui me permet de regarder l’avenir avec optimisme.”

Euronews :
“Changeons de sujet et parlons de l’Espagne et de la crise catalane. Le président Maduro estime qu’il y a des prisonniers politiques en Espagne et que le gouvernement espagnol devrait lancer un dialogue politique. Que pensez-vous de ces propos? Pensez-vous qu’il y a des prisonniers politiques en Espagne ?”

Antonio Ledezma :
“N’importe quelle personne qui est jugée à cause de ses idées peut être considérée comme un prisonnier politique. Mais dans ce cas-là nous ne parlons pas seulement d’une personne qui défend ses idées, nous parlons ici d’une personne qui n’a ni plus ni moins soulevé la question de l’unité territoriale de l’Espagne.”