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Le récit glaçant d'Elisabeth Revol, sauvée de l'Himalaya

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Le récit glaçant d'Elisabeth Revol, sauvée de l'Himalaya

Le récit glaçant d'Elisabeth Revol, sauvée de l'Himalaya
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Elisabeth Revol est de retour dans le calme de Sallanches, en Haute-Savoie.  Rescapée d'une "sacrée aventure" qui s'est conclue par un drame : la disparition de son compagnon de cordée Thomas Mackiewicz. C’est la deuxième fois que l'alpiniste française perd son équipier.

Le 20 janvier, le binôme s'était attaqué au Nanga Parbat (8 126 mètres) dans l'Himalaya pakistanaise, neuvième sommet du monde, surnommé la "montagne tueuse". La survivante a raconté son voyage à l'AFP.

"C'était ma quatrième tentative hivernale, la septième pour Tomek et la troisième ensemble". 

Après plusieurs jours d'ascension et une dernière partie compliquée, les deux alpinistes arrivent au sommet autour de 18 heures. 

Tomasz Mackiewicz et Élisabeth Revol en 2015
Tomasz Mackiewicz et Élisabeth Revol en 2015credit : http://himalaya-light.over-blog.com

"Là, Tomek me dit “je ne vois plus rien”. Il n’avait pas utilisé de masque, car il y avait un petit voile pendant la journée et à la tombée de la nuit, il a eu une ophtalmie. On n’a pas pris une seconde au sommet. C’était la fuite vers le bas".

S'en suit une descente infernale dans la nuit glaciale. Aveuglé et nettement amoindri, Thomas Mackiewicz s'appuie sur l'épaule de sa partenaire, ce qui ralentit nettement la progression de la cordée.

"Son nez devenait blanc et puis après les mains, les pieds".

Elisabeth Revol et Thomas Mackiewicz envoient des messages de détresse et choisissent de s'abriter des rafales dans une crevasse. Ils y passeront la nuit. Au petit matin, elle échange difficilement avec les secours.

"On m’a dit : "Si tu descends à 6 000 m, on peut te récupérer et on peut récupérer Tomek à 7 200 m". Ça s’est fait comme ça. Ce n’est pas une décision que j’ai choisie, mais qui m’a été imposée".

Elle assure à son compagnon que les hélicoptères viendraient le chercher en fin d'après-midi et part sans prendre de tente, ni de duvet. Pourtant, une fois arrivée au point de rencontre à 6 800 m, les hélicoptères ne sont pas là. L’enseignante de 37 ans passe une seconde nuit dehors, au cœur de l’Himalaya, tout comme Thomas Mackiewicz, qui est dans un état critique. Pendant son sommeil, Elisabeth Revol est prise d'hallucinations.

"Une dame m’a demandé : “Est-ce que je peux prendre ta chaussure, puisque tu as bu quelque chose de chaud ?” A ce moment-là, machinalement, je me lève, j’enlève ma chaussure et je lui donne."

Le matin, elle n'a qu'une chaussette au pied gauche. Cela fait cinq heures qu'elle a enlevé sa chaussure. Elle choisit de ne pas bouger, pour emmagasiner de la chaleur. Mais quand on lui fait comprendre que l'hélicoptère ne pourra venir la chercher à cause du vent, elle décide de descendre le glacier à pied jusqu'au camp 2, autour de 6 200 mètres. 

"Ça commençait à être une question de survie".

Vers 3 h 30 du matin, rongée par la douleur et le froid, elle atteint le camp 2 où elle aperçoit les frontales de deux alpinistes polonais, dont elle ignorait qu'ils étaient partis la chercher. 

Élisabeth Revolcaption Twitter : @ZabRevol

Le trio est secouru par un hélicoptère de l'armée pakistanaise. Les conditions étant jugées trop extrêmes, ils ne vont pas chercher Thomas Mackiewicz, dont l'âme a déjà probablement quitté le corps. 

Elisabeth Revol a été héliportée jusqu'à Islamabad où elle a été accueillie par l'ambassadeur de France au Pakistan, puis rapatriée dans son pays. La Drômoise est actuellement soignée pour des gelures et risque l’amputation des mains et des orteils.