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Les fonds marins à la lumière d'une nouvelle caméra laser

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Les fonds marins à la lumière d'une nouvelle caméra laser

Les fonds marins à la lumière d'une nouvelle caméra laser
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Dans cette édition de Futuris, notre reporter Anne Devineaux s’est rendue dans une ferme piscicole du sud de l’Espagne pour découvrir un nouveau concept de caméra développé par des chercheurs européens qui filme grâce à un laser, des images sous-marines précises et en 3D, même avec une faible visibilité. Cette technologie pourrait s’avérer très utile dans la pisciculture ou encore les recherches sur la pollution et la biodiversité.

Dans une ferme piscicole de Carthagène dans le sud de l’Espagne, des scientifiques testent une nouvelle caméra vidéo qui permet d’améliorer la capture d’images sous-marines : elle est capable de filmer même quand l’eau est trouble à une distance allant jusqu‘à 12 mètres, mais aussi de reconstituer en trois dimensions, les images des poissons qui se trouvent dans les cages de la ferme.

Ces chercheurs mettent à l‘épreuve en situation réelle, un prototype développé au sein d’un projet européen baptisé UTOFIA. Pour cela, ils collaborent avec des producteurs de thon rouge, un poisson dont la pêche est étroitement contrôlée.

“Pour nous, c’est très important de savoir exactement quelle quantité de poissons entre dans notre ferme. La ferme se divise en cages”, explique Francisco Sánchez-Luengo Leví, producteur de thon. “Disons qu’il entre dans ces cages un certain quota de poissons et on ne peut pas faire entrer un seul kilo de plus,” précise-t-il.

Des poissons observés à la loupe

Pour les pisciculteurs, les techniques de contrôle actuelles manquent de précision et prennent beaucoup de temps. Cette caméra très compacte pourrait être une alternative selon les scientifiques du projet. Elle utilise des ondes lumineuses pour recueillir une série de données sur les objets qui se trouvent dans son champ de vision.

“C’est un laser qui émet des impulsions de très nombreuses fois en une seconde et qui est contrôlé par la caméra et donc la caméra ouvre et ferme aussi son propre capteur”, indique Iñaki Quincoces, biologiste marin du Centre de recherche espagnol AZTI, partenaire du projet. “Elle peut calculer la distance qu’il y a depuis la caméra jusqu‘à l’objet car en réalité, elle calcule le temps que la lumière a mis pour partir et revenir,” poursuit-il.

Cette technologie comble le fossé entre des caméras conventionnelles qui ont une bonne résolution, mais avec une courte portée et les sonars qui peuvent filmer de loin mais dont la résolution est faible. Davantage que de belles images, la caméra récolte de nombreuses données, y compris en trois dimensions, qui seront ensuite analysées. “Ce que je peux voir, c’est qu’il y a des thons à différentes distances car il y a différentes couleurs”, nous montre Iñaki Quincoces sur son écran d’ordinateur. “Non seulement, la caméra te donne la distance, mais elle te donne aussi l’image 3D de l’objet et c’est mieux pour calculer le volume, le poids de l’animal et c’est ce qui nous intéresse réellement,” souligne-t-il.

Des images nettes même en eaux troubles

En plus du contrôle des quotas de pêche, cette technologie pourrait permettre aux producteurs de suivre l‘évolution de la croissance des thons de manière précise et automatique.

Une autre originalité de la caméra est sa capacité à réaliser des images nettes même quand l’eau est trouble, car chargée en particules dans les ports ou les fonds marins par exemple.

“A l’approche du fond, nous avons besoin de lumière et cette émission de lumière se projette sur les particules du fond ou sur les particules en suspension”, dit
José Maria Ferarios, spécialiste de technologies marines au centre de recherche AZTI. “Et dans les deux premiers mètres proches de la caméra, cela génère une grande réflexion de lumière qui ferme les caméras conventionnelles : cette caméra a la capacité d’annuler ces deux premiers mètres, elle réussit à voir plus loin que le champ où la réflexion est si intense,” affirme-t-il.

Les chercheurs espèrent voir dans moins de cinq ans, cette nouvelle technologie sur le marché. Les applications envisagées sont variées : pisciculture, mais aussi identification de pollution sous-marine ou encore étude de la biodiversité des fonds marins.

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