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Quatorze affiches de Mai 68 restées dans les mémoires

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Quatorze affiches de Mai 68 restées dans les mémoires

Les affiches de Mai 68
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Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
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Nombre des affiches les plus connues qui fleurirent sur les murs de France en mai 1968 ont été réalisées collectivement par l’Atelier Populaire. Un groupement volontairement anonyme qui se réunissait aux Beaux-Arts à Paris, probablement composé à la fois d’artistes déjà reconnus, ou en devenir, et d’étudiants en art. Depuis, des visuels ont pu être attribués à certains auteurs, tels Gérard Fromanger ou Guy de Rougemont qui introduit la technique de la sérigraphie auprès du collectif.

Au fil des ans, ces affiches, et ce qu'elles représentaient ou incarnaient, ont connu des fortunes diverses. Un grand nombre d'entre elles a rapidement disparu des murs. Certains exemplaires ont été déposés à la Bibliothèque nationale de France (BNF) - dont ceux que nous vous proposons - dès le mois de novembre 68 par un membre du collectif.

D'autres utilisations ont pu choquer et susciter de vives critiques car considérées comme un détournement de l’idéal révolutionnaire des auteurs, opposés à la marchandisation et au capitalisme.

Des exemplaires d'affiches ont ainsi été vendus aux enchères (en 2008, cette année... ). Des visuels ont été récupérés par le secteur marchand, comme en 2005 dans une campagne des supermarchés Leclerc. Cette campagne reprenait notamment l’une des affiches les plus connues, si ce n’est la plus connue de Mai 68, représentant un CRS derrière son bouclier rond et affichant (ou non) le slogan “CRS-SS”. Affiche non disponible sur le site de la BNF, et pour cause. L'auteur de cette affiche, Jacques Carelman, décédé en 2012, avait repris ses droits d'auteur sur cette oeuvre. Dans un entretien accordé à nos confrères de Marianne en 2005, il expliquait alors avec un certain pragmatisme : "Je me suis dit qu’il fallait parler d’argent avec des gens qui font de l’argent."

D'autres visuels, enfin, ont été réunis dans des livres, et ce dès 1968, notamment par les éditions Tchou. Cette dernière publication, ironiquement, est elle aussi devenue un objet recherché et vendu aux enchères malgré les critiques lors de sa parution.

Voici une sélection de 12 visuels parmi les plus connus de mai 1968 et issus de l’Atelier Populaire.

Mai 68 - Début d'une lutte prolongée

L'utilisation d'un visuel stylisé d'une usine faisait référence aux luttes ouvrirères. Le visuel de l'usine a été repris et utilisé dans de nombreuses autres affiches.

Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
Mai 68 - Début d'une lutte prolongée - 78x51Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF

La lutte continue

Cette affiche fait aussi référence aux luttes ouvrières. On y retrouve une usine stylisée, cette fois-ci surmontée d'un poing levé, symbole de la lutte.

La chienlit c'est lui !

Cible de choix pour l'Atelier Populaire, le président français, Charles de Gaulle, est caricaturé sur nombre d'affiches, coiffé de son képi de général et affublé d'un long nez. Le président aurait prononcé le mot "chienlit" en ouverture d'un conseil des ministres, mot qui lui a été renvoyé aussitôt par les manifestants.

Nous sommes le pouvoir

Cette affiche représentait l'implication des ouvriers dans le mouvement et le poids qu'ils pouvaient acquérir dans la défense de leurs propres droits par la lutte.

Nous sommes tous indésirables

Cette affiche représente l'homme politique franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, alors l'un des leaders de Mai 68. Attaqué par ses détracteurs, il est défendu par la rue avec le slogan "Nous sommes tous des Juifs allemands". Le slogan est jugé trop violent par l'assemblée générale des Beaux-Arts qui vote pour ou contre chaque affiche de l'Atelier Populaire. Il est donc remplacé par "Nous sommes tous indésirables" lorsque Cohn-Bendit est interdit de territoire français pour trouble à l'ordre public.

Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
Nous sommes tous indésirables - 55x43Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF

La beauté est dans la rue

Cette affiche met en scène une femme jetant un pavé. Les pavés ont largement été utilisés par les manifestants contre les forces de l'ordre et ont même fait l'objet d'un slogan resté célèbre : "Sous les pavés, la plage".

Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
La beauté est dans la rue - 60x43Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF

Presse ne pas avaler

Ce visuel a fait l'objet d'une déclinaison en tee-shirt qui, porté en réaction aux journalistes par Thom York, le chanteur du groupe Radiohead lors de la sortie de leur troisième album OK Computer en 1997. Ce tee-shirt a connu une certaine gloire dans le milieu du rock et une marchandisation certaine.

Sois jeune et tais-toi

La silhouette de Charles de Gaulle force un jeune au silence, une critique de son refus d'abaisser le droit de vote de 21 à 18 ans, et d'écouter ce qu'avaient à dire les jeunes du mouvement de Mai.

Information libre

Plusieurs affiches de l'Atelier Populaire critiquent la non-indépendance des médias. Celle-ci est la plus générale. A l'époque, le groupe de radiotélévision publique, l'ORTF, est soumis au pouvoir et la censure est appliquée. Des journalistes du groupe font alors grève et profitent des événements pour réclamer leur indépendance du pouvoir.

La police vous parle

Dans la même thématique, cette affiche vise tout particulièrement le journal télévisé de l'ORTF diffusé à 20h. Soumis, il n'aborde les événements que du point de vue du pouvoir : l'accent est d'abord mis sur les grèves et les pénuries d'essence jusqu'à la mi-mai puis les manifestations, enfin couvertes, le sont essentiellement pour dénoncer leur violence...

Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
La police vous parle tous les soirs à 20h - 90x56Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF

RTL, ORTF, EUR.1

Toujours sur le contrôle des médias par le pouvoir, cette affiche vise tout autant la radiotélévision publique (ORTF) que les deux principales radios privées nationales, RTL et Europe 1 qui couvrent pourtant en direct les événements.

Renault Flins

Le 10 juin 1968, Gilles Tautin, un jeune lycéen pas tout à fait majeur, meurt noyé dans la Seine alors qu'il fuit une charge de gendarmes. Il était venu soutenir les salariés grévistes de l'usine Renault de Flins avec ses camarades maoïstes. Cette affiche, qui appelle à manifester le lendemain de cet événement, représente un policier casqué et masqué qui ressemble à une tête de mort.

Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
Renault flins - manifestation gare de l'Est - 58x90Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF

A bas les cadences infernales

Cette affiche représente un ouvrier à six bras. Elle dénonce les conditions de travail en usine et soutient les mouvements ouvriers.

Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF
A bas les cadences infernales 76x64Atelier Populaire / Source : gallica.bnf.fr / BnF

Retour à la normale

Le 30 mai 1968, le général De Gaulle annonce la dissolution de l'Assemblée nationale et de nouvelles élections législatives. L'essence revient à la pompe et la police reprend les émetteurs de l'ORTF occupés. Le discours officiel est alors que la situation se normalise. Cette affiche critique ce point de vue et représente un "retour" à l'ordre établi : les Français seraient des moutons qui ne remettraient rien en cause.