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Le "Trump tchèque" Andrej Babiš se dit "très pro-européen"

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Le "Trump tchèque" Andrej Babiš se dit "très pro-européen"

Le "Trump tchèque" Andrej Babiš se dit "très pro-européen"
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Deuxième fortune de République tchèque d'après le magazine Forbes, Andrej Babiš est devenu Premier ministre de son pays en promettant de balayer la corruption et l'ancienne élite politique. Chef d'un gouvernement minoritaire aligné sur les autres pays européens du groupe de Visegrád, il fait figure de personnalité controversée en Europe. euronews l'a interviewé lors de la dernière conférence GLOBSEC à Bratislava.

Gábor Tanács, euronews :

"Les médias étrangers vous ont qualifié de "Donald Trump tchèque". Aimez-vous cette comparaison ? Ou est-ce qu'elle vous gêne ?"

Andrej Babiš, Premier ministre de République tchèque :

"Ne lisez pas les fake news. Il y a beaucoup de choses fausses qui sont publiées dans une certaine presse en République tchèque.

Je n'aime pas cette comparaison parce que nous n'avons qu'une seule chose en commun : celle d'avoir épousé une femme d'origine tchèque.

Quand on me qualifie de deuxième fortune tchèque, je crois que tous ces chiffres qui sont évoqués ne reflètent pas vraiment la réalité. Mais croyez-moi, depuis mon entrée en fonction, l'Etat tchèque se porte de mieux en mieux et mon entreprise de moins en moins bien."

"Nous gouvernons déjà"

Gábor Tanács :

"Vous essayez de former un gouvernement depuis un moment maintenant. Pensez-vous y arriver bientôt ? Serez-vous capable de gouverner ou y aura-t-il de nouvelles élections ?" [NDLR : Andrej Babiš dirige le gouvernement tchèque depuis décembre et cherche des partenaires de coalition, en particulier du côté du parti social-démocrate.]

Andrej Babiš :

"Non, nous gouvernons déjà. Nous travaillons très dur. Donc le gouvernement agit dans le cadre de propositions de loi individuelles, nous prenons des décisions, nous essayons de restructurer l'Etat et bien sûr, c'est la meilleure forme de gouvernement qui soit parce que nous sommes un gouvernement minoritaire, tous les ministres sont nommés par moi.

Je travaille 18 heures par jour, je travaille le dimanche, je travaille beaucoup plus pour l'Etat que pour mon entreprise. Mais le problème, bien entendu, c'est que l'Etat, ce n'est pas une entreprise."

Gábor Tanács :

"Vous êtes désormais assez critique à l'égard de l'Union européenne. Quel est le principal point qui vous pose problème ?"

Andrej Babiš :

"Je ne suis pas critique, je suis très pro-européen. Nous devons garantir les quatre grandes libertés, c'est la base : la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Et bien entendu, nous menons la lutte pour que les Etats membres aient davantage leur mot à dire par rapport à la Commission européenne."

"La Commission européenne a fait une erreur en proposant ce système de quotas en 2014"

Gábor Tanács :

"D'accord, mais vous avez critiqué l'Union en disant qu'elle était lente, inefficace... Ne pensez-vous pas que cette inefficacité est en partie due au fait qu'elle doit toujours obtenir l'accord de tous les Etats membres ?"

Andrej Babiš :

"Oui, peut-être, c'est vrai. Mais il y a certains sujets sur lesquels nous devrions aller plus vite. Et bien sûr, nous aurions dû aller plus vite sur la question des migrations et cela a été une erreur de la Commission de proposer ce système de quotas en 2014. Aujourd'hui, nous sommes en 2018 et nous n'avons pas réglé le problème de l'immigration illégale."

Gábor Tanács :

"Parlons des quotas de répartition obligatoire de réfugiés. Vous rejetez toute forme de quota. Pouvez-vous faire des concessions ? Des Etats membres de l'Ouest de l'Europe ont dit qu'ils pourraient avancer sur ce sujet grâce à un vote à la majorité s'il n'y a pas de compromis."

Andrej Babiš :

"Ils ont déjà agi de la sorte une fois et s'ils le font de nouveau, ce sera vraiment un signal très négatif pour tous les pays qui sont contre ces mesures. Et nous, tous les pays du groupe de Visegrád, nous refusons les quotas."

"Nous devons résoudre le problème des migrations en dehors du continent européen"

Gábor Tanács :

"Mais un compromis ne serait-il pas préférable à un vote à la majorité ?"

Andrej Babiš :

"Nous sommes prêts à être solidaires, nous aidons en versant de l'argent, nous pouvons mobiliser des soldats, c'est normal. Mais nous devons résoudre le problème des migrations en dehors du continent européen, sur des zones sensibles extérieures. Peut-être que nous devons nous montrer plus actifs et que nous avons perdu du temps pour agir dans le cas de la Syrie."

Gábor Tanács :

"Que pensez-vous du groupe de Visegrád ? Comment peut-il peser ? Peut-il former une alliance efficace ? Peut-il compter dans l'Union européenne ?"

Andrej Babiš :

"Oui, nous sommes très efficaces. Nous représentons 65 millions de citoyens européens et nous avons une vision commune sur les migrations, le Cadre financier pluriannuel - donc, le prochain budget -, la cohésion, l'agriculture et d'autres sujets."

"Nous insistons pour avoir plus d'influence sur les programmes européens"

Gábor Tanács :

"Vous parlez du nouveau budget européen. Dans quels domaines peut-on faire des coupes budgétaires ? Parce qu'avec le Brexit, des économies sont nécessaires, mais par exemple, vous refusez qu'il y ait des coupes dans l'agriculture."

Andrej Babiš :

"Nous ne refusons pas les coupes budgétaires. Nous avons dit que ce qui est important pour nous, c'est la cohésion et évidemment, l'agriculture, c'est important pour la France, mais aussi pour d'autres pays et même pour l'Est de l'Allemagne.

Nous sommes prêts à discuter d'une hausse du budget, mais nous insistons pour avoir plus d'influence sur les programmes, sur l'argent que nous allons recevoir pour que la différence entre ce que nous payons et ce que nous recevons dans le cadre du prochain budget ne soit pas trop importante."

Gábor Tanács :

"Abordons la question de la corruption. Vous avez promis de sévir contre la corruption en République tchèque. Pourriez-vous nous dire quelles mesures concrètes vous allez prendre ?"

Andrej Babiš :

"Bien sûr, je peux vous le dire. Depuis mon entrée en fonction, il n'y a eu aucun scandale de corruption, au sein du gouvernement, nulle part. Nous avons été très transparents, donc nous avons publié tous les contrats. La réorganisation, la restructuration de l'Etat est en cours. Donc nous nous mobilisons pour que toutes ces lois anti-corruption soient adoptées au Parlement."

"On utilise des mensonges contre moi"

Gábor Tanács :

"Je dois évoquer le fait que vous êtes poursuivi pour détournement de fonds européens."

Andrej Babiš :

"C'est un mensonge. Et c'est très, très marrant qu'après dix ans, quelqu'un se manifeste aujourd'hui et utilise ces mensonges contre moi."

Gábor Tanács :

"Donc vous dites que ce sont vos ennemis politiques qui ont lancé ce type de poursuites..."

Andrej Babiš :

"Bien sûr."

Gábor Tanács :

"Ce sont l'Office européen de lutte antifraude (OLAF), puis la justice tchèque qui les ont lancées."

Andrej Babiš :

"L'Office de lutte antifraude n'a rien trouvé. Cette subvention a été contrôlée neuf fois par les instances concernées en République tchèque. Elles n'ont jamais rien trouvé. Les règles ont été respectées."

"Personne n'a rien volé, il n'y a pas eu de corruption"

Gábor Tanács :

"Mais la police tchèque est aussi saisie."

Andrej Babiš :

"Oui, la police tchèque est intervenue juste avant les élections, pour influencer les élections. Il n'y a aucune preuve de ce mensonge. Aucune preuve. Personne n'a rien volé, il n'y a pas eu de corruption. Vous devriez visiter la ferme en question, vous verrez : il y a le meilleur équilibre qui soit entre fonds européens et financements privés."

[NDLR : La subvention européenne qui fait l'objet de soupçons a été versée à une ferme touristique appelée Stork's Nest. Ce type d'aide est accordée aux PME or d'après l'OLAF, la société Stork's Nest faisait alors partie de la holding détenue par Andrej Babiš.]

"L'ensemble du continent européen devra disposer de l'euro et former une grande zone Schengen"

Gábor Tanács :

"Quelle est votre vision d'une Union européenne idéale ?"

Andrej Babiš :

"Nous devons garantir les quatre libertés dont j'ai parlé. Tous les Etats membres devraient avoir davantage leur mot à dire.

Et nous devons faire du mieux que nous pouvons pour, dans l'avenir, intégrer de nouveaux Etats membres dans l'Union européenne quand ces pays rempliront - disons - toutes les conditions.

À ce moment-là, l'ensemble du continent européen devra disposer de l'euro et former une grande zone Schengen pour défendre l'Europe, assurer sa sécurité à ses frontières en particulier maritimes. C'est très simple."