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Le Venezuela étrenne ses nouveaux billets, le patronat craint l'"instabilité"

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Le Venezuela étrenne ses nouveaux billets, le patronat craint l'"instabilité"

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Les nouveaux billets vénézuéliens, avec cinq zéros en moins, ont commencé à circuler lundi, une première phase d'un plan de relance économique du président Nicolas Maduro rejetée par le patronat qui dénonce le risque d'"instabilité", alors que des millions de personnes fuient ce pays en crise.

La mise en place de la nouvelle monnaie, appelée le "bolivar souverain", fonctionne "à 100%", s'est félicité M. Maduro lundi soir, dans une vidéo publiée sur Facebook live. "Le système bancaire s'est comporté comme un champion!" a-t-il déclaré.

Plus tôt dans la journée, devant certains distributeurs approvisionnés, les Vénézuéliens découvraient leurs nouveaux billets.

"On est tous dans la même situation. On attend de voir ce qui va se passer", a déclaré à l'AFP Maria Sanchez, commerçante de 39 ans, qui venait d'effectuer un retrait. Mais difficile de le dépenser en ce jour férié décrété par le chef de l'Etat.

Les rues de la capitale étaient pratiquement désertes, la plupart des commerces et des administrations fermées et les transports en commun à l'arrêt, a constaté l'AFP.

Le dirigeant socialiste assure que les nouveaux billets, dont la plus grosse coupure sera de 500 bolivars souverains (50 millions de bolivars actuels, soit environ 7 dollars au marché noir, la référence de facto), seront le point de départ d'un "grand changement".

Mais les analystes et économistes ne jugent pas viable, voire "surréaliste" le programme du gouvernement, qui prévoit aussi une hausse du salaire minimum de près de 3.400%, l'assouplissement du rigide contrôle des changes ainsi qu'un nouveau système pour le prix de l'essence.

Ces décisions "vont accroître l’instabilité de l'économie (...). Nous ne croyons pas que gouvernement actuel puisse récupérer la confiance nécessaire pour qu'un plan de réformes soit crédible", a déclaré lors d'une conférence de presse Carlos Larrazabal, le président du syndicat patronal Fedecamaras.

"C'est un truc de dingue", estime Henkel Garcia, directeur du cabinet Econometrica, alors qu'une hyperinflation attendue à 1.000.000% fin 2018 sévit au Venezuela.

Dans son live Facebook, M. Maduro a affirmé que les milieux d'affaires devront "se conformer" aux nouvelles mesures. "Sinon, ils devront nous faire face".

Ces nouvelles mesures "ne vont faire que rendre plus difficile la vie de tous les Vénézuéliens", a écrit sur Twitter le vice-président américain Mike Pence. Il a demandé au gouvernement de Maduro, qu'il qualifie de "tyrannie", de laisser entrer l'aide internationale.

- "Instabilité" économique -

Déjà trois des principaux partis d'opposition ont appelé à une grève de 24H mardi contre "des mesures désordonnées et irrationnelles, contradictoires et non viables, qui ne feront qu'accroître le chaos et la crise économique que subit le Venezuela".

"C'est un premier pas", a affirmé dimanche l'ex-syndicaliste Andrés Velasquez, dont la formation Causa R participe au mouvement. L'objectif, a-t-il assuré, est d'articuler "les protestations sociales", alors que des manifestations isolées contre les pénuries ou la faillite des services publics se multiplient.

En réponse, le numéro 2 du camp présidentiel Diosdado Cabello a appelé ses partisans à une contre-manifestation afin d'exprimer leur soutien au chef de l'Etat.

Dans ce pays autrefois très riche, qui détient les plus grandes réserves pétrolières de la planète, le panorama économique s'est considérablement assombri. La production d'or noir, qui apporte 96% des revenus de l'Etat, a été divisée par deux en dix ans, passant de 3,2 millions de barils par jour (mbj) en 2008 à 1,4 mbj en juillet.

Le déficit s'élève à 20% du PIB et la dette externe à 150 milliards de dollars, alors que les réserves ne sont que de 9 milliards.

- Crise régionale -

Les Nations unies estiment que 2,3 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays à cause de la crise.

Le Brésil a annoncé l'envoi de troupes à sa frontière avec le Venezuela après que des habitants de la ville limitrophe de Pacaraima ont brûlé les camps de fortune de migrants vénézuéliens durant le week-end.

"On a eu peur, on ne savait vraiment pas ce qui allait se passer", a déclaré à l'AFP un cambiste témoin de la scène, souhaitant rester anonyme.

Lundi, les Vénézuéliens réfugiés dans le nord du Brésil redoutaient de nouvelles violences, mais le flux à la frontière avait retrouvé un rythme normal sous l'oeil des hommes de la Force nationale brésilienne. Ils étaient présents à proximité du poste-frontière de la ville de Pacaraima, dans l'Etat de Roraima, avant même l'arrivée de renforts promis, ont constaté des journalistes de l'AFP.

En Equateur, des migrants vénézuéliens étaient bloqués à la frontière, où on leur demande désormais un passeport, que la plupart n'ont pas, au lieu d'une simple carte d'identité.

Le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA) Luis Almagro a demandé sur Twitter aux pays de la région de "maintenir les portes ouvertes au peuple du Venezuela, victime de la pire crise humanitaire que le continent ait connue".

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