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Accord sur le Brexit: la persévérance de Theresa May a payé

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Accord sur le Brexit: la persévérance de Theresa May a payé

Accord sur le Brexit: la persévérance de Theresa May a payé
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La conclusion dimanche de l'accord de divorce avec l'Union européenne est une victoire personnelle pour la Première ministre britannique, Theresa May, après deux années de négociations douloureuses et une atmosphère d'insurrection permanente au sein de sa majorité conservatrice.

Sur la sellette depuis des mois, subissant une hémorragie de ministres mécontents de sa manière de gérer le Brexit, Mme May a réussi à tenir la barre et à décrocher un accord, synonyme de sortie sans drame du Royaume-Uni de l'UE, ainsi qu'une déclaration dessinant les grandes lignes de la relation future.

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"Je crois, avec chaque fibre de mon être, que le chemin que j'ai suivi est le meilleur pour mon pays", a déclaré mi-novembre une Theresa May aux traits tirés, après la démission de quatre membres de son gouvernement et une tentative de la renverser orchestrée par un groupe de députés conservateurs eurosceptiques, l'ERG (European research group). Avant d'assurer qu'elle irait jusqu'au bout, faisant honneur à sa réputation de ténacité.

La dirigeante n'est toutefois pas tirée d'affaire: l'accord doit affronter en décembre la chambre des Communes, où sa majorité ne tient qu'à un fil et où l'ERG a promis de relancer l'offensive pour la destituer.

Son arrivée au pouvoir en juillet 2016, dans la foulée du référendum sur le Brexit, avait rassuré les Britanniques. Qui mieux que cette fille de pasteur, sans charisme mais sérieuse, pour conduire le Royaume-Uni, sorti meurtri et divisé de la campagne référendaire, à travers une des périodes les plus délicates de son histoire?

La fleur au fusil, Mme May pensait que son pays obtiendrait ce qu'il voulait: un accès au marché unique européen des biens et des services sans les contreparties de la liberté de circulation des citoyens, du respect de réglementations communes et des décisions de la Cour de justice de l'UE (CJUE).

Une ambition qui se heurte vite à la fin de non-recevoir opposée par les Européens, ceux-ci faisant front commun contre ce "picorage".

- Incarnation du Royaume-Uni -

"Elle, comme tout le monde au sein du Parti conservateur (...) a complétement sous-estimé à quel point le Brexit serait difficile", constate Tim Bale, professeur de sciences politiques à l'Université Queen Mary de Londres.

Iain Begg, chercheur à la London School of Economics, souligne qu'"elle a aussi surestimé la cohésion au sein de son parti".

Mme May, 62 ans, s'est en effet retrouvée prise en tenailles entre les exigences des conservateurs favorables à un Brexit dur, prêts à rompre les ponts sans accord avec Bruxelles, et celles des europhiles, soucieux au contraire de préserver des liens étroits.

Sa fragilité s'est accentuée après la perte de la majorité absolue aux élections législatives anticipées de juin 2017, convoquées dans l'espoir de conforter son emprise sur le Parlement. Le revers l'a obligée à faire alliance avec le petit parti unioniste nord-irlandais DUP, qui martèle depuis ses exigences.

Malgré les déconvenues, Mme May a tenu bon tandis que ses détracteurs ont toujours hésité jusqu'ici à porter le coup fatal, synonyme d'éventuelles nouvelles élections et de perspective de victoire des travaillistes de Jeremy Corbyn.

Sans compter qu'elle "n'a pas de réel challenger pour prendre sa place aujourd'hui", personne ne voulant "se coltiner le fardeau du Brexit", souligne Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert Schuman.

Elue depuis 1997 de la circonscription cossue de Maidenhead, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Londres, Theresa May est une bosseuse. Pendant six ans, de 2010 à 2016, elle a occupé le poste difficile de ministre de l'Intérieur.

"Mais en dehors de ce dossier, elle ne connaissait pas grand-chose", déclare Tim Bale, ajoutant: "elle n'est pas rapide et donc pas une négociatrice flexible, ni une grande communicante. Cela n'a pas aidé".

A quatre mois du Brexit, Theresa May "personnifie" parfaitement le Royaume-Uni, estimait récemment l'éditorialiste du Guardian Suzanne Moore: "seule, épuisée, son pouvoir s'évaporant petit à petit".

Simon Usherwood, professeur de Sciences politiques à l'Université du Surrey, salue "son sens du devoir" face à "une situation sans précédent en terme de difficultés".

Pour Iain Begg, si le 29 mars 2019, le Royaume-Uni quitte l'UE avec un accord, "elle sera considérée comme ayant rempli son mandat à force de stoïcisme et de persévérance".

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