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Symbole de la "révolution" syrienne, Kafranbel rêve toujours de liberté et de justice

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Symbole de la "révolution" syrienne, Kafranbel rêve toujours de liberté et de justice

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Des inconnus ont eu beau abattre leur militant le plus célèbre, les habitants de Kafranbel sont bien déterminés à continuer de faire vivre l'esprit rebelle de cette petite ville du nord-ouest de la Syrie.

Dès les premières heures du soulèvement pacifique contre le régime de Bachar al-Assad en 2011, Kafranbel s'est distinguée par l'originalité de ses slogans contre le pouvoir, s'attirant l'attention des médias internationaux.

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Passée en 2012 sous le contrôle des rebelles, qui dominent aujourd'hui avec les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS) la province d'Idleb dont dépend Kafranbel, la localité arbore toujours des peintures murales louant la révolte contre le régime.

"Vous ne tuerez pas notre révolution", est-il écrit sur un mur.

"La révolution a commencé à Kafranbel. Cette ville en était l'étincelle dans le nord syrien", affirme à l'AFP le militant Abdallah al-Dani.

Elle est "désormais une bougie" dans cette région "sombre" du pays, poursuit le jeune homme de 26 ans.

"Au début de la révolution, certains se chargeaient de l'organisation des manifestations, parmi lesquels Raed Fares (...) qui a propulsé la voix" de Kafranbel au-delà des frontières, se remémore-t-il.

La semaine dernière, M. Fares et son ami, le militant Hammoud al-Jneid, ont été abattus par des hommes armés non identifiés dans cette ville de 20.000 habitants.

Cet assassinat, pour lequel les jihadistes ont été pointés du doigt par des militants, a suscité une condamnation à l'étranger, notamment du président français Emmanuel Macron et du représentant spécial des Etats-Unis pour le conflit syrien James Jeffrey.

- Créativité et humour -

En 2011, Kafranbel s'était vite ralliée au mouvement de contestation populaire anti-Assad qui se propageait à travers la Syrie avant qu'il ne soit réprimé dans le sang par les forces du régime.

La ville fut le théâtre d'affrontements entre l'armée et des déserteurs, s'affranchissant en 2012 de l'emprise des forces loyalistes.

Aux premiers temps du soulèvement, les habitants de Kafranbel rivalisaient de créativité et d'humour à travers les pancartes et banderoles brandies en arabe et en anglais lors des rassemblements organisés chaque vendredi à travers le pays.

Raed Fares et d'autres militants savaient inventer des slogans originaux, parfois sous forme de messages à l'adresse du Conseil de sécurité de l'ONU, des pays arabes et occidentaux, ainsi qu'à l'ensemble des Syriens.

L'un des plus célèbres remonte au 14 octobre 2011, au moment où la confrontation armée prenait le pas sur la contestation pacifique: "A bas le régime et l'opposition (...) A bas la nation arabe et musulmane, à bas le Conseil de sécurité (...) A bas le monde (...) A bas tout".

Durant les années suivantes, ces slogans ont évolué au rythme de l'évolution du conflit et de ses acteurs, n'épargnant aucune partie.

"Russie (l'allié de Damas, ndlr), libère le Conseil de sécurité" de l'ONU, ou encore "Etat islamique en Irak et en Syrie: nous ne l'avons pas libérée (la Syrie, ndlr) pour que vous la gouverniez (...) Partez", proclamaient sur la Toile des habitants de Kafranbel.

- "Révolution contre l'injustice" -

Car pour le militant Bilal Biouche, si les habitants de Kafranbel se sont révoltés contre le régime, ils n'ont pas tardé aussi à défier les puissants groupes jihadistes.

"Kafranbel s'est opposée à l'EI depuis 2013, et des veillées de solidarité avec les militants détenus par HTS ont aussi été organisées", dit-il.

HTS a tenté d'imposer ses règles à cette localité, en interdisant notamment en 2016 à Radio Fresh, créée par Raed Fares, de diffuser de la musique. Ce dernier "avait alors choisi de diffuser à la place des sons d'animaux comme ceux d'oiseaux ou de coqs", raconte M. Biouche.

Cette prédominance de HTS dans la région n'a pas empêché l'émergence de slogans critiques envers les groupes extrémistes, tandis que les habitants de Kafranbel continuent de manifester contre le régime.

"Kafranbel, c'est (l'histoire d')une révolution contre l'injustice, quelle qu'elle soit", martèle Mohamad al-Allouch, un étudiant de 21 ans.

"Nous continuerons jusqu'à faire tomber le régime" renchérit M. Biouche, qui confie cependant avoir peur après les assassinats de militants.

Pour Abdallah al-Dani, "Kafranbel a perdu Raed Fares, mais il incarnait une idée et cette idée ne mourra pas".

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