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Oui au marché, mais le mariage gay attendra: Cuba rénove sa Constitution

Oui au marché, mais le mariage gay attendra: Cuba rénove sa Constitution
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Le Parlement cubain était réuni vendredi pour adopter le projet de nouvelle Constitution, qui reconnaît le marché sans renoncer au socialisme et remet à plus tard l'adoption du mariage homosexuel : le texte sera ensuite soumis à référendum le 24 février.

C'est une séance "historique, en raison des accords que nous devons adopter", a déclaré en ouverture le président du Parlement, Esteban Lazo, aux côtés du président Miguel Diaz-Canel.

Dans la salle était présent, en tant que député, Raul Castro, ex-président (2008-2018) et premier secrétaire du Parti communiste (PCC, unique).

Avant de se pencher sur le texte, les 560 députés présents doivent d'abord voter le budget 2019.

Le contexte est "compliqué", a reconnu le minstre de l'Economie Alejandro Gil : les pénuries alimentaires se multiplient (farine et oeufs sont ainsi absents des rayons depuis des semaines) et Cuba peine à payer ses importations.

Le pays a déjà fait défaut sur une partie de sa dette envers le Brésil, l'un de ses principaux fournisseurs d'aliments.

Et "il y une partie de la dette (globale) que nous ne pourrons pas payer l'an prochain", a prévenu le ministre.

Selon lui, la faute en revient au "durcissement de l'embargo des Etats-Unis", en vigueur depuis 1962, qui coûte chaque jour à l'île "12 millions de dollars".

La croissance sera de 1,2% en 2018, sous les 2% prévus, a-t-il annoncé, expliquant que le pays a aussi souffert d'un ralentissement de ses exportations, de son industrie sucrière, du tourisme et de l'agriculture. Il table sur 1% en 2019.

- Texte largement modifié -

La nouvelle Constitution veut justement faire évoluer l'économie cubaine, en reconnaissant le marché, la propriété privée et l'investissement étranger, sans renoncer au socialisme.

Le texte arrive au Parlement dans une version largement modifiée.

Car pendant trois mois, 8,9 millions de Cubains (sur 11 millions d'habitants) se sont prononcés sur le projet, dans 130.000 débats organisés par quartier, centre de travail, université...

Dans un pays pourtant habitué à l'unanimité politique depuis un demi-siècle, ont surgi 783.174 propositions de modifications, rajouts ou suppressions d'articles.

Les autorités socialistes, qui ont vanté cet exercice de démocratie, ont donc dû corriger leur copie: la commission a effectué 760 rectifications, sur 134 des 224 articles, soit 60% du projet.

L'article le plus polémique: le 68, qui définissait le mariage comme l'union "entre deux personnes", et non un homme et une femme comme dans la Constitution actuelle de 1976.

Cela ouvrait la voie au mariage homosexuel dans une île où, après la révolution castriste en 1959, cette communauté a été harcelée, voire envoyée en camps de "rééducation", puis exclue de tout emploi public avant d'être progressivement acceptée.

"L'article 68 a été le plus débattu par les citoyens", a indiqué l'Assemblée nationale, avec une majorité d'avis en faveur du maintien de la formulation en vigueur.

- Solution intermédiaire -

Revenir au texte actuel aurait fermé la porte au mariage gay. La commission de rédaction du projet propose, elle, une solution intermédiaire: définir le mariage comme "une institution sociale et légale", sans plus de précisions.

A charge ensuite au Code de la famille, qui doit être prochainement réformé, d'inclure éventuellement le mariage homosexuel puis de le soumettre à référendum d'ici deux ans.

Fer de lance de l'adoption du mariage gay, Mariela Castro, fille de Raul Castro, a assuré qu'elle ne baissait pas les bras pour autant.

"Nous n'avons pas cédé et nous n'allons pas céder au chantage fondamentaliste et rétrograde qui s'oppose politiquement au projet d'émancipation de la révolution cubaine", a-t-elle affirmé, alors que l'Eglise était vent debout contre ce projet.

Sur internet, l'avocat constitutionnaliste Julio Antonio Fernandez Estrada a réagi de façon ironique: "Ils vont nous dire comme toujours que le peuple n'était pas prêt, quand en réalité le seul qui est prêt à tout c'est le peuple".

Un autre article ayant suscité des réactions de rejet, selon la commission de rédaction, est celui limitant le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une fois, avec 60 ans comme âge maximum pour débuter.

Cela aurait été un grand changement, après les longs séjours à la présidence de Fidel Castro (1976-2008) puis de son frère Raul.

En revanche, autoriser plusieurs partis ou l'élection directe du président - il est actuellement désigné par les députés du PCC - n'ont jamais été prévus dans la nouvelle Constitution.

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