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Mário Centeno : "Pas de grands changements pour la zone euro en 2019"

Mário Centeno : "Pas de grands changements pour la zone euro en 2019"
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Dans cette édition de The Global Conversation, le président de l'Eurogroupe Mário Centeno souligne l'importance d'un accord lors du sommet européen de décembre sur la réforme de l'euro et la sortie de la Grèce de son troisième plan de sauvetage. Il se félicite des bons résultats économiques de 2018 dans la zone euro malgré une "décélération" après un pic de croissance en 2017. Mário Centeno dit "ne pas s'attendre à de grands changements" après les prochaines élections européennes étant donné "la solidité de nos institutions" et rappelle le haut niveau d'approbation des citoyens à l'égard de l'euro.

Vingt ans après la naissance de l'euro, le Parlement européen a célébré l'événement en séance plénière. euronews a rencontré Mário Centeno, le président de l'Eurogroupe, à Strasbourg pour évoquer la situation économique dans la zone euro et ses perspectives pour 2019, année du Brexit et d'élections européennes très ouvertes.

Rappelons que l'Eurogroupe n'est pas une institution officielle de l'Union européenne, mais une assemblée réunissant les ministres des Finances des États membres de la zone euro qui a valeur d'organisme décisionnel en matière de politique économique et monétaire.

Sasha Vakulina, journaliste spécialisé dans l'économie à euronews :

"Cela fait un an que vous avez pris la tête de l'Eurogroupe. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué au cours de cette année ?"

Mário Centeno, président de l'Eurogroupe :

"Nous avions deux grandes tâches cette année : aboutir à un accord lors du sommet européen de décembre sur la réforme de l'euro - une réforme très importante qui intervient hors période de crise - et clore le troisième plan de sauvetage accordé à la Grèce.

Donc la date du 20 août dernier a été très importante pour la zone euro parce qu'elle a marqué la fin de ce programme d'aide dans la zone euro. Donc en septembre, nous avons tenu notre première réunion sans avoir à gérer un plan de sauvetage."

"Plus de plan de sauvetage et c'est très important"

Sasha Vakulina :

"En quoi est-ce significatif que la Grèce soit finalement sortie de ce programme d'aide après toutes ces années ?"

Mário Centeno :

"C'est très important pour nous tous, mais en particulier pour la population grecque. Elle a été confrontée à trois plans de sauvetage en huit ans, à de nombreuses réformes, à des mesures très dures dont nous attendons tous qu'elles soient payantes en termes de croissance et de cohésion sociale. Il y a encore beaucoup à faire, mais finalement, la Grèce est en train de s'occuper de tous ces sujets et ces problèmes de son côté. Il n'y a plus de programme de ce type en cours et c'est très important."

Sasha Vakulina :

"Comme nous l'avons dit, la Grèce a été le tout dernier pays à sortir officiellement d'un plan de sauvetage. Où en est-on aujourd'hui dans la zone euro ? Sommes-nous encore dans la phase de reprise ou déjà, dans celle de la croissance économique ?"

Mário Centeno :

"Nous sommes dans une phase qui suit un pic de croissance en 2017 - une période de croissance remarquable pour tous les pays d'ailleurs -. Tous ont connu une croissance supérieure à 1,5%.

Nous avons assisté en 2018, à une légère décélération ; certains risques, certaines incertitudes sont apparus - ce qui est tout-à-fait normal au niveau économique -, donc nous ne devrions pas céder à la panique. Mais ce qui est positif aujourd'hui concernant la zone euro, c'est que nous n'avons jamais eu de meilleurs indicateurs pour faire face à ces fluctuations. Les budgets nationaux dans la zone euro mis ensemble sont quasiment à l'équilibre, les économies importantes que nous générons dans la zone euro dépassent les 3% du PIB de la zone, nous avons des mécanismes de coordination très importants... Tout cela, ce sont des avantages pour nous pour faire face aux fluctuations économiques dans l'avenir.

Comme je l'ai dit, en 2018, nous avons eu une décélération après la croissance importante de 2017, mais il reste que le niveau d'investissement - comme le montrent les derniers chiffres de 2018 en matière d"investissement" - a augmenté et dépassé en réalité, son niveau d'avant la crise."

"Les tensions commerciales sont désormais bien moins fortes"

Sasha Vakulina :

"L'année 2019 est très importante pour l'Eurozone. Quel impact pourrait avoir le Brexit ?

Mário Centeno :

"C'est un ajustement structurel. Il faut du temps aux acteurs économiques : aux ménages et aux entreprises pour s'adapter. Et nous devons leur accorder ce temps. L'impact peut varier d'un pays à l'autre, l'Irlande est bien sûr au centre de l'attention, ainsi que les Pays-Bas. Dans l'ensemble, tous les États membres de la zone euro doivent s'adapter et encore plus le Royaume-Uni."

Sasha Vakulina :

"Permettez-moi d'évoquer d'autres risques liés aux tensions commerciales. Quelle est leur importance pour l'économie ?"

Mário Centeno :

"Si nous remontons six mois en arrière, ces tensions commerciales étaient bien plus d'actualité. Heureusement, les décideurs politiques ont été capables de se rassembler. D'importantes réunions ont eu lieu cet été et ces tensions commerciales sont désormais bien moins fortes. C'est ce qui me rend optimiste. Si nous traitons ces problèmes politiques en gardant à l'esprit que nos actions doivent être destinées à nos citoyens, alors nous apporterons les réponses adéquates à des questions très complexes.

Nous devons toujours éviter d'apporter des réponses simples à des événements très complexes. Car sinon, d'autres changements qui interviennent en dehors du niveau de nos institutions nous atteignent et nous devons éviter cela. Mais 2019, c'est aussi l'année d'un nouveau cycle politique. Nous sommes au Parlement européen et il va être renouvelé, de même que la Commission."

"Une année de changement, mais dans la continuité"

Sasha Vakulina :

"Pensez-vous que les pays de la zone euro vont subir de profonds changements après les élections ?

Mário Centeno :

"Vous savez, je ne suis pas très favorable aux grosses machines, aux grands changements. Je pense qu'il faut faire les choses étape par étape. C'est le seul moyen de transmettre notre démarche aux citoyens, de faire participer tout le monde à ces processus de réforme.

Donc pour être tout à fait honnête, je ne m'attends pas à de grand changements après ces élections. Plus les institutions sont solides, plus le contrôle de la situation financière et le consensus sur la stabilité dans la zone euro sont forts. Donc oui, c'est une année de changement, mais dans la continuité des processus en cours."

Sasha Vakulina :

"Selon vous, la montée de l'euroscepticisme peut-elle avoir une incidence sur la croissance économique dans le contexte des élections de mai ?"

Mário Centeno :

"C'est assez paradoxal car les citoyens sont très largement en faveur de l'euro. Donc oui, il y a des inquiétudes. Mais cela ne veut pas dire que la zone euro va se désagréger. Comme vous le savez, de nombreuses personnes avaient parié que l'euro ne survivrait pas à la crise. Mais l'engagement politique nous a donné la capacité de nous renforcer. Donc, je ne pense pas que ce genre de risque nous guette, mais je ne pense pas non plus qu'il y aura de grandes révolutions dans la façon dont nous travaillons avec les institutions et je pense que c'est une bonne chose."