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Venezuela : on ne peut pas exclure que le régime reste en place

Christophe Garach et Gaspard Estrada
Christophe Garach et Gaspard Estrada
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Entretien avec Gaspard Estrada, directeur de l'Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes à Sciences-Po-Paris

Washington a bloqué les revenus pétroliers du Venezuela dont profite essentiellement l'armée. L'idée c'est d'étrangler financièrement les centaines de généraux qui soutiennent encore Nicolas Maduro ?

Gaspard Estrada : "Oui je pense que cette stratégie prise par Washington a deux objectifs : le premier c'est de pouvoir donner des moyens à l'opposition vénézuélienne qui dispose certes d'une légitimité internationale que ce soit les États-Unis, de nombreux pays latino-américains et européens mais c'est un gouvernement qui aujourd'hui n'a pas de moyens pour pouvoir fonctionner, de ce point de vue là cette décision (américaine) vise à combler cette lacune; mais de l'autre, et c'est la question de fond, c'est de faire en sorte de faire plier les généraux qui soutiennent dans leur grande majorité le régime de Maduro."

Cette stratégie peut-elle fonctionner fonctionner ?

"Il s'agit c'est vrai d'une mesure très radicale puisqu'elle va avoir un impact sur l'ensemble de l'économie vénézuélienne qui dépend encore à 96% des exportations de brut pour pouvoir importer et donc vivre, cela aura donc un impact très dur sur le quotidien des Vénézuéliens mais je pense que cela puisse finir par fonctionner compte tenu de l'incapacité d'autres pays, d'autres acteurs qui pourraient soutenir M. Maduro à combler cette lacune, mis à part un pays : la Chine. Sans le soutien de la Chine, je pense que ce plan pourrait fonctionner."

"Mais on ne peut pas non plus exclure qu'il y ait une solution à l'irakienne dans laquelle il y aurait des sanctions très dures qui seraient imposées mais avec un régime qui reste en place."

Tous les pays qui soutiennent Juan Guaido, le chef de l'opposition, appellent à de nouvelles élections présidentielles. Pensez-vous que Nicolas Maduro puisse participer à ce scrutin ou bien son départ est-il incontournable?

"Je pense que son départ aujourd'hui ne fait plus trop de doutes que ce soit à moyen ou long terme mais je pense que s'il y a des élections présidentielles organisées à court terme il faudra que le courant chaviste puisse être représenté puisque dans le cas contraire il n'y aurait pas de pluralisme politique or c'est justement ce que l'on reproche aujourd'hui à Maduro qui a été élu à la suite d'un processus non compétitif et donc non démocratique".

Quelle est la prochaine étape à court terme ?

"C'est le moment où le gouvernement de Juan Guaido va s'affirmer. Il y a des grandes manifestations qui sont prévues le 12 février et nous verrons si d'ici là il y aura d'autres défections qui pourraient se multiplier au sein de l'armée puisque sans un mouvement important de la part de l'armée Maduro restera en poste".

Propos recueillis par Christophe Garach