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Robert Biedron, un homosexuel charismatique qui veut changer la Pologne

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Souriant, énergique, ouvertement homosexuel, Robert Biedron ne cache pas son intention de transformer à fond la Pologne conservatrice et faire exploser la scène politique occupée depuis la chute du communisme il y a 30 ans par pratiquement les mêmes acteurs.

Cet ancien militant LGBT de 42 ans, résolument européen, veut être celui qui, avec son parti Wiosna (le Printemps) lancé le 3 février, fera éclater le duopole conservateurs-libéraux, à la manière d'Emmanuel Macron, et, à la façon d'un Justin Trudeau, appliquera un programme progressiste.

Et il compte bien s'imposer à la faveur des élections européennes en mai et législatives à l'automne.

Dans un pays majoritairement catholique où le clergé exerce une influence considérable, Robert Biedron veut une séparation de l'Eglise et de l'Etat, et propose de taxer les revenus de l'Eglise. Il prône une libéralisation de l'avortement, réclame un salaire égal pour les femmes et les hommes, la reconnaissance d'un partenariat entre personnes du même sexe et une généreuse retraite garantie pour tous.

- Fermer les mines -

Il veut également fermer toutes les mines de charbon vers 2035 pour réduire le smog dans ce pays, l'un des plus pollués d'Europe.

Les premiers sondages sont encourageants, en donnant à son parti une bonne troisième place. Le Printemps a de quoi faire trembler aussi bien les conservateurs de Droit et Justice (PiS) au pouvoir que l'opposition libérale de la Plate-forte civique (PO), lors des prochains scrutins.

Une enquête de l'institut Ibris publiée lundi dans le journal Rzeczpospolita le crédite de 16,2%, derrière la PO (21,8%) et le PiS (37,1%).

Il est encore trop tôt pour dire "si ce phénomène va durer", indique à l'AFP Anna Materska-Sosnowska, politologue à l'Université de Varsovie, qui souligne toutefois que le parti de Biedron "pourrait priver le PiS de majorité absolue".

Robert Biedron s'est quant à lui félicité des premiers bons sondages, qui sont "non seulement une possibilité de dire adieu au PiS, mais aussi de faire un pas de plus vers ce qui sera une coalition européenne courageuse".

"A l'automne, je serai Premier ministre", a-t-il lancé, provoquant des commentaires acerbes de tous bords politiques, qui le laissent de marbre.

Né en 1976 à Rymanow, une petite ville du sud de Pologne, aîné de quatre enfants dans une famille marquée par la violence et l'alcool, Robert Biedron aime se définir comme un self-made man qui n'a pas peur d'aller à contre-courant.

Depuis les années 1990, il milite dans des ONG et des formations politiques de gauche. En 2001, il est un des fondateurs de la Campagne contre l'homophobie (KPH), une des premières organisations luttant pour les droits des personnes LGBT, avant de devenir dix ans plus tard premier député ouvertement homosexuel en Pologne, puis en 2014 maire de la ville portuaire de Slupsk.

"On s'est toujours moqué de moi, (en disant) que je n'ai le soutien d'aucun parti, que je ne deviendrai pas député, ni maire", a-t-il déclaré à l'AFP. "C'était la même chose lorsque j'ai créé la Campagne contre l'homophobie, on m'a traité de pédé, on faisait des choses horribles, on nous jetait des pierres, et nous on organisait les gay pride. On y croyait".

Cette fois-ci encore, il y croit fort.

Avant le lancement officiel de son parti, pendant des mois, ce bourreau de travail a parcouru les villes, demandant à ses supporteurs de l'aider à écrire son programme.

- Contact physique -

Partout le spectacle politique se joue à guichets fermés. Les gens prennent d'assaut les salles, toujours trop petites.

Robert Biedron leur offre un véritable one-man show. Charmant, souriant, toujours à l'écoute de son public, ne craignant pas le contact physique.

"J'aime embrasser les gens, les prendre dans mes bras et les gens le sentent, ils me prennent dans leurs bras", aime-t-il répéter.

Pour le lancement du Printemps, quelque 7.000-8.000 enthousiastes sont venus l'acclamer à Varsovie.

"Je suis quelqu'un du peuple, je me sens mieux parmi ces gens-là. On réduit immédiatement la distance, j'enlève la veste, la cravate, je retrousse mes manches et on parle", raconte-t-il.

Les hommes politiques, dit-il, doivent "revenir vers les gens, leur parler, pas seulement via les médias sociaux 24 heures sur 24. Le contact réel, c'est quelque chose de différent. C'est ce que je fais, et les gens le sentent".

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