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Nord-est birman: un conflit attisé par les investissement chinois

Nord-est birman: un conflit attisé par les investissement chinois
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Quand des tirs d'artillerie ont retenti près de sa maison dans le nord-est de la Birmanie, Nan Nyunt a fui, victime d'un conflit entre les groupes rebelles de l'Etat Shan attisé par le contrôle des richesses locales et le boom des investissements chinois.

Début janvier, des explosions ont secoué les alentours du village situé dans cet Etat frontalier de la Chine. "Les maisons étaient en feu et un buffle est mort", raconte la vieille dame à l'AFP.

Peu de temps après, elle a décidé de partir et a gagné un monastère voisin. Des enfants y ont également trouvé refuge: les plus jeunes apprennent des chants, les plus âgés suivent un cours en langue Shan, espérant pouvoir être de retour chez eux avant les examens.

"J'ai toujours peur. Je veux juste rentrer chez moi", soupire Nan Nyunt.

Elle fait partie des milliers de personnes déplacées depuis la résurgence en novembre des combats entre les nombreux groupes rebelles de la région.

L'armée birmane mène aussi depuis des années des actions contre les factions armées de l'Etat Shan, mais elle a décrété, fin décembre, un cessez-le-feu unilatéral à leur égard.

Les violences entre les différentes milices, qui ressurgissent à intervalles réguliers, se sont en revanche de nouveau intensifiées ces dernières semaines.

Elles convoitent les nombreuses richesses de la région et cherchent à gagner de nouveaux territoires.

L’Etat Shan, avec ses montagnes couvertes de jungle, est devenu une plaque tournante de la production de méthamphétamines, un trafic très lucratif profitant aussi aux groupes armés financés en partie grâce à ce commerce.

-"avoir une part du gâteau" -

L'intérêt récent de Pékin pour la région ne fait qu'attiser les convoitises.

L'Etat Shan devrait bénéficier de plusieurs projets, en grande partie alimentés par des investissements chinois dans le cadre du gigantesque programme d'infrastructures des "nouvelles routes de la soie".

Sont notamment prévues plusieurs zones économiques spéciales, une liaison ferroviaire à grande vitesse et une voie rapide qui vont relier la Chine au port de Kyaukphyu.

Ce port en eaux profondes d'un coût d'1,3 milliard de dollars sera détenu à 70% par un fonds étatique chinois et permettra à Pékin de sécuriser l'acheminement du pétrole et du gaz naturel venus du Moyen-Orient.

Les bénéfices qui devraient se dégager de ces différents projets sont "un facteur très important" pour expliquer la récente recrudescence des affrontements entre groupes rebelles, estime David Mathieson, analyste indépendant à Yangon.

"Tous veulent avoir une part du gâteau" et élargir leur zone d'influence, explique-t-il.

La faction Conseil de la restauration de l'État Shan (RCSS), dont le fief est situé au sud de cette entité, lorgne ainsi sur le nord de la région, bastion traditionnel d'une milice ennemie, l'Armée de l'Etat Shan (SSPP).

Ces deux groupes sont probablement à l'origine des tirs d'artillerie dans le village de Nan Nyunt.

Mais les habitants assurent ne pas savoir qui se cache derrière les récents affrontements, craignant de devenir une cible ou d'être enrôlés de force par une des factions, ce qui est fréquent.

De leur côté, des observateurs interrogés par l'AFP soulignent que l'armée a décrété un cessez-le-feu dans l'Etat Shan pour tenter de limiter les combats et montrer à Pékin que la Birmanie fait tout pour sécuriser la zone et protéger ainsi les futurs investissements chinois.

Un gage de bonne volonté envers Pékin d'autant plus important que certains projets chinois en Birmanie ont été mis en veilleuse face à l'opposition des populations locales, notamment la construction d'un barrage hydroélectrique à Myitsone dans le nord du pays. Des pourparlers sont toutefois en cours pour tenter de le relancer .

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