Les suicides de policiers français, reflet d'un malaise européen

Les suicides de policiers français, reflet d'un malaise européen
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REUTERS/CHRISTIAN HARTMANN
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Des policiers se sont rassemblés vendredi devant plusieurs commissariats en France pour rendre hommage à leurs 28 collègues qui se sont suicidés depuis le début de l'année.

Ces chiffres sont alarmants. "Il y a eu 28 suicides en 2019, c’est deux fois plus que l’an dernier. L’année dernière, il y avait 14 suicides à cette date" explique à Euronews Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du Syndicat Alliance.

Une intersyndicale rassemblant sept organisations avait appelé à ces moments des recueillement après l'annonce jeudi de deux nouveaux suicides dans une institution touchée par une vague inédite depuis début janvier.

A Paris, des policiers et représentants syndicaux se sont notamment réunis devant la direction des ressources et des compétences de la police nationale (DRCPN) mais aussi devant des locaux de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC) dont un des agents s'est suicidé jeudi, à son domicile.

Sur Europe 1, Philippe Capon, secrétaire général du syndicat UNSA Police a expliqué : "ça fait des années, depuis 2015 les attentats, la police souffre énormément. Il y ces agressions constamment le samedi ou on ce retrouve, policiers, un peu le bouc-émissaire. C'est un métier qui est dure a gérer quand on est pas bien dans sa vie de tout les jours, quand on est pas bien au boulot, les collègues veulent pas forcément en parler donc on est sur une situation extrêmement complexe."

Des samedis éprouvants face aux Gilets jaunes

Frédéric Lagache déplore lui que le nombre d'heures supplémentaires s'accumulent en raison des manifestation des Gilets Jaunes. 24 millions de ces heures supplémentaires n'auraient toujours pas été payées.

"On veut exprimer un ras-le-bol de cette situation et de cette administration qui fait la sourde oreille. On a fait des demandes pour améliorer la situation des fonctionnaires de police mais rien ne se passe, on n'est pas entendu", a déclaré Ivan Assioma, délégué Alliance pour Paris.

"A la DOPC, les agents sont appelés tous les week-ends à cause des manifestations. Ils sont jeunes, ils sont déracinés après la sortie d'école de police, ils sont mal payés et en plus ils n'ont plus de vie privée, ils travaillent tous les week-end", a ajouté le syndicaliste.

Vendredi, le ministre de l'Intérieur a dit "comprendre l'initiative des organisations syndicales". Christophe Castaner a également indiqué que la cellule "alerte-prévention-suicide" au sein de la police, dont il avait annoncé la création vendredi dernier, serait installée le 29 avril et qu'il recevrait les syndicats dans la foulée.

La situation en Italie et en Espagne

En Italie, selon l’Observatoire Cerchio Blu, on dénombre 16 suicides chez les forces de l’ordre entre le 1er janvier et le 12 avril 2019. Cinq d’entre eux concernent des agents pénitenciaires et dans 86% des cas, l’arme de service est utilisée pour s’ôter la vie.

Selon le président de Cerchio Blu, Graziano Lori, le phénomène est alarmant est inquiétant au niveau international et est aggravé par la facilité de se procurer une armée à feu. "Chez les forces de police, contrairement au reste de la population, il n’y a aucune tentative de suicide. Le moyen de l’arme à feu fait qu’ils ne se “ratent” pas."

En Espagne, selon El Pais, 13 policiers se sont ôté la vie. En octobre dernier, le syndicat ARP a publié une première étude pour élaborer un plan de prévention. Dans ses conclusions, le syndicat rappelle qu’en Espagne, un policier s’est ôté la vie tous les 43 jours entre 2000 et 2017. C’est neuf fois plus que dans le reste de la population.

L’auteure du rapport, María Jesús Espiño Castellanos, explique à Euronews que "dans la police, c’est un sujet tabou, même si beaucoup plus de policiers sont morts par suicide qu’à cause de l’ETA".