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Athlétisme: le cas Semenya divise les dirigeants du sport mondial

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Certains défendent "l'équité" des compétitions. D'autres estiment que Caster Semenya doit concourir "sans restrictions"... Les dirigeants du sport mondial, interrogés par l'AFP, sont partagés sur le cas de l'athlète sud-africaine qui a contesté en vain le règlement de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), en vigueur à partir de ce jour.

Premier champion du monde français de l'histoire du judo en 1975, Jean-Luc Rougé est aujourd'hui président de la Fédération française de judo.

Pour lui, Caster Semenya "doit tout simplement être admise à courir sans restrictions, en ne prenant aucun produit" destiné à faire baisser son taux de testostérone comme l'y oblige le règlement de l'IAAF.

"C'est vrai qu'elle n'est pas à égalité avec les autres, c'est un peu comme si elle était dopée mais c'est naturel. Elle est comme elle est, il n'y a pas trois genres mais deux genres humains, elle doit être acceptée comme elle est", ajoute Rougé, également secrétaire général de la Fédération internationale de judo et présent à Gold Coast pour la convention SportAccord qui réunit les dirigeants du sport mondial sous le patronage du Comité international olympique.

Semenya, 28 ans, double championne olympique et triple championne du monde du 800 mètres, a été déboutée par le Tribunal arbitral du sport de son recours contre le règlement de l'IAAF obligeant les athlètes hyperandrogènes comme elle à faire baisser leur taux de testostérone par des médicaments.

Ce règlement entré en application le 8 mai, ne s'applique qu'aux courses allant du 400 m au mile (1.609 m). Pour être concernée, une athlète doit présenter un taux de testostérone supérieur ou égal à 5 nmol/L de sang et être sensible aux "androgènes" pour tirer un avantage physiologique de ce taux élevé.

- "Droits humains contre équité" -

"La question Semenya, c'est le dilemme droits humains contre équité sportive. Elle doit se régler à un niveau global et s'imposer à tous les sports", résume le Hongrois Attila Adamfi, secrétaire général de la Fédération internationale d'haltérophilie.

"On est face à un problème qui dépasse le seul athlétisme", renchérit le Français Jean-Christophe Rolland, président de la Fédération internationale d'aviron. "Et en plus, il y a des règles différentes selon les disciplines...Peut-on être une femme ou non suivant l'activité sportive que l'on pratique ? On va là dans une dimension très compliquée, avec une dimension scientifique, éthique et peut-être même culturelle".

Pour le champion olympique d'aviron à Sydney en 2000, "on ne doit pas avoir des spécifités par sport ou par discipline, il faut une approche commune. A ce jour, je n'ai pas vraiment de solution mais la règle doit être claire, applicable à tous et bien évidemment non discriminante, même si je peux tenter de comprendre la logique derrière la position de l'IAAF qui souhaite maintenir de l'équité".

Face aux enjeux de l'affaire Semenya, un cas "extrêmement compliqué et délicat" selon son président Thomas Bach, le CIO a créé un groupe d'experts composé de son directeur médical Richard Budgett, d'un représentant de l'IAAF, d'experts scientifiques et de l'éthique et de représentants des athlètes et des fédérations.

Mais les conclusions de ce groupe de travail ne sont probablement pas pour demain. "Je me souviens d'un autre groupe de travail sur des questions touchant à la médecine et à l'éthique mis en place en 2015 qui avait mis un an et demi à se mettre d'accord sur des recommandations, donc il va falloir être patient", relève un membre du CIO, sous couvert d'anonymat.

Champion du monde du marteau en 2011 et champion olympique en 2004 à Athènes (après disqualification pour dopage du Hongrois Adrian Annus), le Japonais Koji Murofushi, aujourd'hui directeur des sports des Jeux olympiques de Tokyo 2020, met en garde: "Cela ne concerne pas que l'athlétisme. Bientôt il y aura des cas dans d'autres sports, on doit y réflechir ensemble pour soutenir à la fois les athlètes et le sport".

Et "si l'Afrique du Sud envoie Caster Semenya (aux JO de Tokyo), nous l'accepterons mais la question relève également de chaque fédération, donc nous suivrons les instructions", ajoute-t-il.

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