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Procès des Balkany à Paris : l'art de rouler la République dans la farine

Procès des Balkany à Paris : l'art de rouler la République dans la farine
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Ils n'existent pas l'un sans l'autre, à la ville, menant une vie remplie de faste, comme à la scène... la scène politique française qu'ils occupent depuis plus de quarante ans, principalement dans leur fief des Hauts-de-Seine, en région parisienne. Il n'est donc pas étonnant que Patrick et Isabelle Balkany, respectivement maire et première adjointe de la ville de Levallois-Perret, se retrouvent main dans la main sur le banc des accusés ce lundi devant la 32ème chambre correctionnelle du tribunal de Paris.

Les époux sont accusés tous deux de "fraude fiscale" et de "blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée", le mari comparaissant également pour "corruption passive" et "prise illégale d'intérêts".

Au minimum 13 millions d'euros cachés au fisc

L'addition totale se monte à au moins 13 millions d'euros, beaucoup d'argent et un impressionnant patrimoine que le duo est soupçonné d'avoir dissimulés au fisc grâce à de savants montages financiers. Les juges d'instruction qui ont mené l'enquête parlent de "blanchiment à grande échelle" de 2007 à 2014. Des sommes faramineuses ont notamment permis aux Balkany d'acquérir deux propriétés luxueuses, la villa "Pamplemousse" sur l'île de Saint-Martin, dans les Antilles françaises, et la villa "Dar Gyucy" à Marrakech, au Maroc.

La première demeure a été acquise en 1997 par une société constituée au Liechtenstein. La seconde appartient officiellement depuis 2010 à une SCI marocaine, elle-même propriété d'une société du Panama nommée Hayridge. Cette dernière, comme par hasard, porte le nom de Jean-Pierre Aubry, un homme de confiance de Patrick Balkany. Le couple, qui profite largement de ces deux résidences paradisiaques, nie depuis longtemps en être propriétaire. La justice a tous les éléments pour démontrer le contraire; à noter, pour l'anecdote, que les enquêteurs ont découvert dans le riad marocain des peignoirs sur lesquels avaient été brodées - c'est bête ! - les initiales P.B.

La vengeance politique, un plat qui se mange froid

C'est en 2013 que le "système" sophistiqué et bien rôdé des édiles de Levallois-Perret a commencé à se fissurer. Didier Schuller, un proche du couple, n'avait pas digéré d'avoir été condamné dans l'affaire du financement occulte du RPR, le principal parti de droite à l'époque, via l'office HLM des Hauts-de-Seine, alors que Patrick Balkany avait été relaxé. Il va finir par tout balancer, livrant à la justice des documents très compromettants sur la constitution du patrimoine des Balkany. Politiquement, il donne un grand coup de pied dans la fourmilière en affirmant qu'ils ont toujours été "protégés", tour à tour "par Balladur, puis par Pasqua, Chirac et Sarkozy".

Grands amis, tous deux fils de migrants hongrois, Patrick Balkany et Nicolas Sarkozy :

En dépit de leurs nombreuses casseroles, les deux dirigeants de Levallois-Perret restent populaires dans leur ville; pour preuve, en 2014, Patrick Balkany a été réélu maire dès le premier tour. Le couple qui n'a qu'un an d'écart - lui a maintenant 70 ans, elle 71 ans - a encore présidé le conseil municipal le 15 avril dernier, sans montrer la moindre fébrilité. Face au tribunal de Paris, pendant près d'un mois et demi de procès, leur attitude devrait changer...