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L'écrasement du printemps de Pékin revécu par le dissident Wang Dan

L'écrasement du printemps de Pékin revécu par le dissident Wang Dan
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Sur des photos de 1989 devenues historiques, Wang Dan a 20 ans. Un mégaphone devant son mince visage aux larges lunettes à monture d‘écaille, il harangue la foule place Tiananmen à Pékin.

Après la répression sanglante de ce mouvement démocratique, il s’est retrouvé tout en haut de la liste des “personnes les plus recherchées” en Chine.

Trente ans plus tard, le dissident réfugié aux Etats-Unis relate à l’AFP ces jours brûlants, quand une vague populaire lancée par des étudiants a failli balayer le Parti communiste chinois et quand celui-ci a répondu par le choix irrémédiable de la force brutale.

“Jamais on n’aurait imaginé une telle issue. Qu’ils ouvrent le feu sur le peuple, c‘était pour nous impensable”, confie Wang Dan, interviewé dans la banlieue de Washington où il réside.

- Traqués par la police /p>

Il se remémore sa “vive surprise” en découvrant après les faits être devenu le “numéro un” des dirigeants du mouvement traqués par la police.

“Je n‘étais pas le plus célèbre des leaders étudiants, j‘étais l’un d’entre eux”, dit-il. “Des années plus tard, je me suis douté de la raison pour laquelle ils m’avaient placé en haut de la liste: j‘étais très proche des intellectuels, et les autorités voulaient imposer l’idée que les intellectuels avaient encouragé les manifestations”.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, quand l’Armée populaire de libération a engagé ses blindés et ses mitrailleuses au centre de Pékin, Wang Dan ne se trouvait pas sur la place Tiananmen, le coeur du pouvoir où se dressent le Palais du Peuple et la Cité interdite.

“J‘étais dans un dortoir sur le campus. Mais j’ai reçu beaucoup d’appels téléphoniques d’amis qui étaient sur la place Tiananmen et l’avenue Changan, ainsi peu à peu j’ai appris le nombre croissant de gens qui avaient été tués.”

Accompagné de camarades étudiants, Wang Dan enfourche sa bicyclette et tente de se rendre sur les lieux: “Nous n’y sommes pas parvenus. Toutes les rues étaient bloquées par les soldats et les policiers”.

Choc après le bain de sang /p>

Le massacre – au moins des centaines de morts mais le bilan reste inconnu – plonge Wang Dan dans la sidération: “Je me suis senti totalement anesthésié. Je n’arrivais à penser à rien. Je suis resté au moins deux jours dans cet état.”

Mais il lui faut penser à se cacher. Sa photographie tourne en boucle sur la télévision d’Etat. Il fuit aux confins nord-est du pays, dans la province du Heilongjiang. Il est aussi hébergé clandestinement à Shanghai.

Au bout d’un mois, il comprend que sa situation est désespérée. “En me dissimulant chez mes amis, je leur faisais courir un grand risque. Je ne voulais pas leur causer de tort”.

De retour à Pékin, il est immédiatement arrêté puis écroué. Mais, étant très en vue, il écope d’une peine relativement clémente pour ses activités “contre-révolutionnaires”: 4 ans de réclusion.

“Ma vie en prison n‘était pas représentative car j‘étais un cas très spécial. Ma situation attirait l’attention internationale, donc ils m’ont traité convenablement. Ils ne m’ont pas battu, ne m’ont pas torturé gravement”.

Bénéficiaire d’une libération conditionnelle en 1993, Wang Dan déchante immédiatement. “J‘étais suivi en permanence par la police. Où que j’aille, j’avais des policiers sur les talons. C‘était en fait une autre sorte de prison”.

Revoir un jour la Chine –

Bien conscient que toute défense des droits de l’homme ou des principes démocratiques risque de le renvoyer derrière les barreaux, le jeune Wang choisit néanmoins de sillonner la Chine pour y promouvoir ses idées.

“Je me sentais tenu par des obligations et des responsabilités envers ceux qui étaient morts en 1989 en sacrifiant leur jeunesse”, justifie-t-il.

Résultat, l’ardent militant est de nouveau placé en détention. Cette fois, Wang Dan est condamné à 11 ans de prison.

Mais en 1998 il est libéré, officiellement pour raisons médicales, et expulsé vers les Etats-Unis. Il y a poursuivi son combat pour la démocratie tout en préparant un diplôme d’histoire à l’université Harvard.

Le dissident n’a jamais pu remettre les pieds en Chine, où vivent toujours ses parents. Mais il y croit: “Tôt ou tard, je le sais. J’ignore juste quand”.

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