L'accueil des migrants divise les pays d'Europe du Sud

L'accueil des migrants divise les pays d'Europe du Sud
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Les sept pays d'Europe du Sud sont tombés d'accord vendredi à Malte sur un objectif zéro carbone pour l'UE en 2050 mais restent divisés sur l'accueil des migrants, comme le montre le cas du Sea Watch, nouveau bateau humanitaire en quête d'un port.

Les dirigeants du Med7 (Italie, France, Malte, Chypre, Espagne, Grèce, Portugal) ont tous épousé l'objectif d'une neutralité carbone de l'UE pour 2050, désormais soutenu par une douzaine de pays.

Ils ont aussi approuvé le principe d'un salaire minimum et d'un bouclier social de base dans chaque pays européen, ainsi que d'un budget d'intervention pour la zone euro, défendu par la France mais aussi par l'Italie, mise en cause pour son budget et favorable à une politique de croissance.

Emmanuel Macron s'est félicité de l'accord conclu à ce sujet la veille entre les ministres européens des Finances, sur des sommes pourtant bien plus faibles que ce que souhaite Paris.

"Cette première étape ne saurait suffire, il nous faut aller beaucoup plus loin", a déclaré le président français à l'issue du sommet.

Mais sur la délicate question de l'accueil des migrants, les sept pays du sud ont éludé leurs divisions, en particulier sur la politique de l'Italie qui n'accepte plus depuis un an les bateaux humanitaires dans ses ports.

Les dirigeants se sont contentés d'énoncer de grands principes, comme la nécessité de renforcer les frontières extérieures et d'élaborer une politique migratoire commune et "solidaire", sans préciser comment. Ils ont aussi souhaité "des solutions permanentes et prévisibles, qui deviennent désormais urgentes".

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a jugé "frustrant" qu'on parle de "solidarité sans l'appliquer". Pour Rome, ce principe devait permettre à l'Italie, qui a accueilli ces dernières années des centaines de milliers de migrants, de partager avec ses partenaires européens l'effort d'accueil des migrants.

Les dirigeants ont aussi demandé que "tous les bateaux en Méditerranée respectent le droit international et n'empêchent pas l'intervention des gardes-côtes libyens" et ont jugé nécessaire de "s'attaquer davantage au business model des passeurs", des propos semblant viser les activités des ONG près des côtes libyennes.

La question est d'autant plus vive qu'il faut trouver d'urgence une solution pour le Sea Watch, après la décision jeudi du puissant ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini, chef de la Ligue (extrême droite), d'interdire l'accostage de ce navire humanitaire en Italie.

Le bateau de l'ONG allemande, qui a secouru mercredi 52 migrants au large de la Libye, compte pourtant faire route vers l'île italienne de Lampedusa, après avoir refusé de ramener les migrants à Tripoli, comme le lui demande l'Italie.

Les sept pays d'Europe du Sud, ont de nouveau enjoint la Turquie de "cesser ses activités illégales", en référence à l'intention d'Ankara d'effectuer des forages dans les eaux de la zone économique exclusive (ZEE) chypriote.

"Nous regrettons profondément que la Turquie n'ait pas répondu aux appels répétés de l'UE condamnant les actions illégales de la Turquie" dans cette zone, indiquent les pays du Med7 dans leur déclaration finale.

"Si la Turquie ne cesse pas ses actions illégales, nous demandons à l'UE d'envisager des mesures appropriées, en solidarité avec Chypre", ajoutent-ils.

Depuis début mai, l'UE a mis en garde Ankara, après l'annonce par les autorités turques de leur intention de mener des forages de gaz jusqu'en septembre dans un secteur qui, selon Chypre, déborde sur sa ZEE.

La République de Chypre n'exerce son autorité que sur les deux tiers sud de l'île. La partie nord est occupée par la Turquie depuis 1974.

Ces dernières années, la découverte de gigantesques gisements gaziers dans la région a aiguisé les appétits. Chypre a signé des contrats d'exploration avec des géants des hydrocarbures comme l'italien ENI, le français Total ou l'américain ExxonMobil.

Mais Ankara s'oppose à toute exploration et exploitation de ces ressources gazières qui exclurait la République turque de Chypre du Nord (RTCN), autoproclamée dans le tiers nord de l'île et non reconnue par la communauté internationale.