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Egypte: Morsi enterré discrètement au Caire, hommages à l'étranger

Un véhicule de police dans le cimetière où a été enterré l'ex-président égyptien Mohamed Morsi, le 18 juin 2019 au Caire
Un véhicule de police dans le cimetière où a été enterré l'ex-président égyptien Mohamed Morsi, le 18 juin 2019 au Caire -
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Khaled DESOUKI
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Le président égyptien déchu Mohamed Morsi a été enterré mardi au Caire en toute discrétion et sous haute surveillance, au lendemain de son décès en plein procès, tandis que les partisans des Frères musulmans l’ont célébré à l‘étranger.

Les Frères musulmans jordaniens ont organisé mardi soir une cérémonie de condoléances en hommage à l’ancien président islamiste, au siège de la confrérie à Amman. Des centaines de partisans y ont participé et un grand portrait de Morsi a été déployé.

Dans un communiqué, les Frères musulmans jordaniens ont accusé “le régime égyptien d’avoir assassiné” Morsi en le “privant de ses médicaments et de contacts avec sa famille et ses proches”.

En Turquie, où le gouvernement soutient les Frères musulmans, des milliers de personnes ont participé à Istanbul à une prière collective à la mémoire de Morsi.

La veille, le président turc Recep Tayyip Erdogan l’avait qualifié de “martyr”, l‘émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, exprimant lui “sa profonde tristesse” et l’Iran regrettant “une mort malheureuse”.

De son côté, l’ONU a réclamé une enquête “minutieuse et indépendante” sur la mort à 67 ans de Morsi, emprisonné depuis sa destitution en 2013 par Abdel Fattah al-Sissi, alors commandant de l’armée et désormais président.

“L’enquête devra (…) prendre en compte aussi tous les aspects du traitement infligé par les autorités à M. Morsi pour vérifier si les conditions de sa détention ont eu un impact sur sa mort”, a déclaré Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme.

La presse égyptienne a relaté l‘événement de façon minimale, certains journaux ne mentionnant même pas que Morsi a été président entre juin 2012 et juillet 2013.

Issu de la confrérie des Frères musulmans, interdite en Egypte, Mohamed Morsi avait pourtant été le premier et seul président civil et démocratiquement élu dans ce pays, après le Printemps arabe de 2011 qui avait poussé au départ le président Hosni Moubarak.

Mais dans un pays où l’opposition a été sévèrement réprimée, peu de gens commentaient ouvertement le décès de l’ex-chef d’Etat.

L’enterrement s’est déroulé dans la nuit, dans le quartier cairote de Medinat Nasr (est) bouclé par des policiers.

Aucun journaliste n’a pu accéder au cimetière, situé près des lieux où la violente répression par les forces de l’ordre d’un sit-in des partisans de Morsi avait fait environ 800 morts en août 2013.

Seule une dizaine de proches étaient présents, selon des journalistes de l’AFP.

“La prière funèbre a été faite à l’hôpital de la prison” où il était détenu, a indiqué à l’AFP l’un de ses avocats, Abdelmoneim Abdel Maksoud.

- “Assassinat” /p>

Après sa destitution par l’armée à la faveur de manifestations, Morsi a été poursuivi dans plusieurs affaires, accusé de “terrorisme”, “espionnage” ou “meurtre” de manifestants, des charges qu’il a toujours rejetées.

C’est lors d’une audience lundi au Caire, consacrée à des accusations d’espionnage au profit de l’Iran, du Qatar et du Hamas à Gaza, qu’il s’est effondré.

Après avoir pris la parole, “il est tombé sur le sol dans la cage des accusés et a été immédiatement transporté à l’hôpital”, a indiqué le parquet général. “Le procureur a été informé de la mort de Morsi durant sa présence dans une séance de son procès”, a poursuivi l’institution.

Il est décédé “à cause d’un arrêt cardiaque”, selon la télévision d’Etat.

Le Parti de la liberté et de la justice de Morsi, bras politique des Frères musulmans, a parlé d’“assassinat”, pointant des conditions de détention qui le tuaient “à petit feu”.

En mars 2018, une commission britannique indépendante avait condamné le maintien à l’isolement 23 heures par jour de cet homme souffrant d’antécédents diabétiques et d’insuffisance rénale.

Enquête indépendante –

Le député conservateur britannique ayant dirigé cette commission, Crispin Blunt, a réclamé mardi une “enquête internationale indépendante” sur ce décès, comme Amnesty International et Human Rights Watch (HRW).

L’Egypte n’a pas réagi aux déclarations de M. Blunt et de l’ONU. Mais les autorités ont tancé les tweets d’une responsable de HRW dénonçant leur “négligence criminelle”, et fustigé une “exploitation politique au nom des droits humains”, dans un communiqué.

L’Egypte nie systématiquement les accusations de violations des droits humains.

Morsi avait été condamné à un total de 45 ans de prison pour incitation à la violence contre des manifestants fin 2012 et espionnage au profit du Qatar. Il était rejugé après l’annulation de deux verdicts prononcés contre lui —une condamnation à mort et une réclusion à perpétuité.

Après la destitution de Morsi, M. Sissi, qui était son ministre de la Défense, a mené une répression sans merci contre l’opposition, particulièrement les Frères musulmans.

Policiers et soldats avaient tué plus de 1.400 manifestants pro-Morsi en quelques mois. Des centaines avaient été condamnés à mort et des milliers emprisonnés.

Après l’annonce de la mort de Morsi, la télévision d’Etat a diffusé en boucle des images de violences et d’attentats, accusant la confrérie de “terrorisme” et de “mensonge”.

Les années qui ont suivi le coup de force de l’armée ont vu une succession d’attaques visant les forces de l’ordre et la montée du groupe Etat islamique (EI) dans le Nord-Sinaï.

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