DERNIERE MINUTE

Les voitures électriques sont-elles réellement plus écologiques ?

Des tuyaux provenant d'une fonderie de terres rares déversent de l'eau polluée dans un barrage près de Baotou dans la région chinoise de Mongolie intérieure
Des tuyaux provenant d'une fonderie de terres rares déversent de l'eau polluée dans un barrage près de Baotou dans la région chinoise de Mongolie intérieure -
Tous droits réservés
REUTERS/David Gray
Euronews logo
Taille du texte Aa Aa

Les voitures électriques devraient à terme remplacer celles qui fonctionnent aux énergies fossiles. Alors que ces véhicules se donnent pour objectif de ne plus émettre directement de CO2, leur coût environnemental devrait rester élevé.

Tout dépend du mode de production de l'électricité nécessaire au fonctionnement du véhicule, selon que celle-ci soit renouvelable ou issue d'une centrale électrique alimentée au charbon. Les composants utilisés dans ces autos soulèvent également des questions écologiques, notamment la batterie et les métaux de terres rares.

Terres rares : pollution des sols

Un de ces métaux rares, le néodyme, est utilisé pour fabriquer des aimants puissants que l'on retrouve dans les moteurs électriques. L'exploitation de ce type d'éléments génère une contamination au thorium - un élément radioactif présent dans les métaux - qui peut avoir des effets négatifs sur l'environnement.

Mountain Pass, la plus grande mine de terres rares aux États-Unis, se trouve près de la réserve nationale du désert de Mojave en Californie. Entre 1965 et 1995, la mine a été le principal fournisseur mondial de terres rares. L'extraction de ces métaux a eu des conséquences sur l'environnement si bien qu'une enquête fédérale menée dans les années 1990 a révélé qu'environ 2 300 litres d'eaux usées radioactives et dangereuses avaient été déversées dans le sol désertique.

L'entreprise réputée responsable a payé une amende de 1,3 million d'euros. Elle a néanmoins obtenu un autre permis d'exploitation de 30 ans pour l'extraction de terres rares dans la région de la Californie.

EU Copernicus sentinel
Vue aérienne de Mountain Pass, Californie, le 4 août 2019.EU Copernicus sentinel

Les dangers environnementaux et la contamination des ressources naturelles ont toutefois arrêté la croissance de ces mines aux Etats-Unis. A contrario, la Chine, qui produit 70% de la production mondiale de terres rares, a augmenté ses capacités d'extraction à partir de la fin des années 1980. La mine de Bayan Obo, située à environ 700 kilomètres de Pékin possède la plus grande réserve de métaux de terres rares au monde.

Selon l'Association chinoise des terres rares, entre 9 600 et 12 000 mètres cubes de déchets sous forme de gaz contenant des poussières concentrées, de l'acide fluorhydrique, du dioxyde de soufre et de l'acide sulfurique sont expulsés pour chaque tonne d'éléments de terres rares extraits. En outre, environ 75 mètres cubes d'eaux usées acides et une tonne de déchets radioactifs sont produits par tonne d'extraction.

Bien que peu de recherches aient été effectuées sur les effets directs sur la population de Bayan Obo, une étude menée en 2015 par l’Institut des sciences géographiques et des ressources naturelles de Beijing a révélé la grande vulnérabilité de la population exposée aux poussières de métaux. L'étendue des fouilles entourant la population est d'ailleurs visible depuis les satellites.

Copernicus sentinel
Vue aérienne de Bayan Obo, le 16 août 2019Copernicus sentinel

Il est fort probable que l’appareil que vous utilisez pour lire cet article ait été fabriqué à partir d'éléments extraits de cette mine chinoise. Le développement des nouvelles technologie a créé une dépendance de l'homme à l'égard de ces éléments. L'un d'eux est particulièrement important : le néodyme, utilisé pour les moteurs électriques.

«Pouvons-nous vivre sans néodyme? J'en doute» a déclaré à Euronews Jorge Morales de Labra, ingénieur industriel et entrepreneur dans le secteur de l'électricité. «C’est le meilleur élément que nous connaissions pour fabriquer des aimants et je ne pense pas que nous trouverons quelque chose de meilleur que le néodyme. Cependant, nous devons être conscients des hauts niveaux de contamination créés par son extraction », a-t-il déclaré.

Voiture "verte", production "sale"

Les terres rares sont non seulement essentielles pour les produits de haute technologie, mais également pour les technologies renouvelables, a expliqué Juan Diego Rodríguez-Blanco, professeur de nanoméralogie au Trinity College de Dublin et chercheur financé par le Centre irlandais de recherche en géosciences appliquées (iCRAG).

L'utilisation croissante d'énergie électrique a permis aux producteurs de terres rares d'exploiter un nouveau marché, grâce à la «révolution verte». Les voitures électriques et les éoliennes nécessitent l'utilisation de terres rares, ce qui contraste avec le processus «sale» qui consiste à les extraire. Cependant, comme le précise Morales de Labra, toutes les activités humaines génèrent un impact sur l'environnement

Reuters
Un travailleur dans une mine de Nancheng, en ChineReuters

Laurentino Gutiérrez, ingénieur automobile explique que les voitures électriques utilisent deux types de moteurs. D'une part, ils ont besoin d'un moteur synchrone, fonctionnant avec des terres rares ou des électroaimants. «Ils sont très efficaces mais plus chers. Si vous voulez beaucoup de puissance, il est compliqué de l’obtenir avec ces éléments » explique-t-il. Selon lui, le seul constructeur automobile à avoir fabriqué des voitures à moteur synchrone sans terres rares est Renault car ils utilisent plutôt des électroaimants. "Ils ont seulement entre 90 et 110 chevaux, mais ils sont plus écologiques", a-t-il indiqué.

D'autre part, les moteurs à induction ne nécessitent pas de terres rares. Ils sont principalement utilisés par Tesla, bien que leur dernier modèle contienne des métaux précieux.

Exporter la pollution des villes vers la campagne?

L’un des principaux objectifs des voitures électriques est d’améliorer la qualité de l’air que respirent les citoyens, principalement dans les zones à forte densité de population encombrées par les véhicules à essence et au diesel. Mais si les voitures électriques ne génèrent pas directement d’émissions de carbone, leur production s'en charge.

«La fabrication d’une voiture électrique produit les mêmes émissions de CO2 que la fabrication de deux voitures à essence», indique Gutiérrez. Selon lui, une voiture électrique devient plus écologique après ses premiers 30 000 à 40 000 kilomètres.

"Bien que les émissions globales soient les mêmes dans les deux cas, dans un cas, vous avez toutes les émissions dans une usine à plusieurs kilomètres de la ville" a-t-il dit.

La ville espagnole qui a tourné le dos aux terres rares

La population de Campo de Montiel, une région de la province espagnole de Ciudad Real, n'a pas voulu sacrifier ses ressources naturelles pour "l'or du XXIe siècle". Cette zone possède un gisement de monazite, un phosphate de terre rare contenant des petites quantités de thorium et d'uranium radioactifs.

La société Quantum Minería avait demandé un permis d'exploitation pour ouvrir une mine à ciel ouvert dans cette région dotée d'une faune unique et protégée, comprenant le lynx ibérique et l'aigle impérial, deux espèces en voie de disparition. Grâce à la forte opposition locale et à un rapport technique démontrant l'impact négatif sur l'environnement, le projet a été arrêté.

«C’est une mine expérimentale, il n’y a pratiquement aucune expérience des terres rares en Europe. L'exploitation minière est nécessaire, mais cela ne peut être fait nulle part » a déclaré Luis Manuel Ginés, président de l'association des mines anti-terres rares Campo de Montiel, à la Tierra Viva.

Rodríguez-Blanco a fait remarquer qu'il était difficile de connaître les effets à long terme de l'extraction de terres rares, mais qu'ils pourraient être dangereux pour les aquifères de la région et affecter les animaux et les êtres humains.

Regarder vers l'avant

Si les terres rares nous permettent de libérer nos voitures des sources d'énergie fossiles polluantes, d'autres ressources limitées risquent d'être exploitées. «Cela pourrait entraîner une pénurie de certaines terres rares spécifiques (moins abondantes) au cours des saisons, dans une décennie ou deux, et conduire à l’extraction de terres rares dans des endroits tels que le Groenland, par exemple», a déclaré Rodríguez-Blanco.

L’expert a toutefois souligné que des méthodes d’extraction plus propres sont en cours d’élaboration et ne causent pas de dommages graves à l’environnement. Celles-ci incluent le recyclage ou le contrôle des rejets d’acides utilisés lors de l’extraction au moyen d’autres produits qui le neutralisent ou réutilisent le C02 produit.

Euronews n'est plus accessible sur Internet Explorer. Ce navigateur n'est plus supporté par son éditeur, Microsoft, et les dernières fonctionnalités techniques de notre site ne peuvent plus fonctionner correctement. Nous vous encourageons à utiliser un autre navigateur, tels que Edge, Google Chrome ou Mozilla Firefox.