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Bougainville proclame son indépendance après un vote historique

Des habitants de l'ile de Buka font la queue, à l'occasion du référendum sur l'indépendance de Bougainville, le 25 novembre 2019
Des habitants de l'ile de Buka font la queue, à l'occasion du référendum sur l'indépendance de Bougainville, le 25 novembre 2019   -   Tous droits réservés  NESS KERTON / AFP
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C'est une décision qui ne souffre d'aucune contestation que viennent de prendre les habitants de Bougainville, petite île de Papouasie-Nouvelle-Guinée dans le sud-ouest Pacifique. Mercredi, les résultats du référendum sont tombés : 97,7% des votants se sont exprimés en faveur de l'indépendance de l'île.

Sur l'île de Buka, la deuxième plus importante de l'archipel, le président de la commission électorale et ancien Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, annonce les résultats. De puissantes acclamations, des applaudissements et des larmes accueillent ce qui est pour eux une victoire historique.

"Maintenant, nous nous sentons libérés, au moins psychologiquement" réagit, soulagé, John Momis, président de la région autonome. Pleurant de joie, Alexia Baria, infirmière, s'est félicitée : "Dire que je suis heureuse est un euphémisme. C'est le moment que nous attendions".

LLANE MUNAU / AFP
Le président de la commission électorale Bertie Ahern signant le document proclamant les résultat du référendum, le 11 décembre 2019LLANE MUNAU / AFP

Sur les quelque 180 000 personnes qui se sont rendues aux urnes entre le 23 novembre et le 7 décembre 2019, plus de 176 000 Bougainvillais ont exprimé leur souhait de quitter la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Seulement 3 000 personnes étaient favorables à une plus grande autonomie. Selon la commission en charge du référendum, le scrutin s'est déroulé sans incident notable.

A New-York, Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, a salué "l'organisation réussie du référendum" et félicité les autorités et tous les électeurs "pour leur dévouement et la conduite pacifique du processus". Il a appelé toutes les parties à s'assurer que la suite sera "inclusive et constructive". Bougainville pourrait devenir le 194e membre des Nations unies ainsi que le "le plus jeune" pays du monde, depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011.

Un long processus attend maintenant Bougainville

Ce résultat ne laisse place à aucune autre interprétation que : Bougainville veut l'indépendance. Un vote aussi massif la rend inévitable. Port Moresby devra rapidement digérer le résultat. Ils devront être prêts pour évoquer le calendrier de l'indépendance.
Shane McLeod
Chercheur à l'institut Lowy de Sydney

Pour que Bougainville accède à son autonomie, il lui reste encore deux étapes à franchir. La première est la négociation entre les gouvernements de la région autonome et celui de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Puis, en cas de succès, la ratification par le Parlement papou à Port Moresby, la capitale du pays. Une étape qui pourrait s'annoncer plus difficile que prévue. Beaucoup d'élus sont en effet farouchement opposés à cette indépendance, craignant un effet de contagion à travers un pays composée de plusieurs centaines de groupes ethniques.

Le mois passé, Puka Temu, le ministre chargé de Bougainville a déclaré à la chaîne ABC, le diffuseur public en Australie, que l'exécutif demeure inébranlable dans sa volonté de n'accorder aucune indépendance. "Nous ne voulons pas qu'une partie de la Papouasie s'écroule", a-t-il fait remarquer, en insistant sur le fait qu'il ne souhaite pas créer un précédent pour les 21 autres provinces du pays.

Des difficultés dont avaient conscience les habitants de Bougainville. Pour Gerald Dising, un commerçant de l'extrême sud de l'île venu à Buka pour assister à la proclamation des résultats, ce vote n'est qu'un "premier obstacle" franchi. Selon lui, les responsables politiques "ont maintenant une immense tâche à accomplir pour répondre aux attentes de notre peuple".

Nous n'avons peut-être pas les meilleurs hôpitaux, les meilleures écoles ou les meilleures routes et infrastructures, mais notre moral est bon et cela nous mènera là ou nous voulons.
Peter Sohia
Ex-présentateur radio

Si le Premier ministre papou, James Marape, ne s'est pas encore exprimé, John Momis s'est montré confiant. Pour ce dernier, les négociations iront dans le sens du peuple car le gouverneur est une personne "intelligente, humble et prête à écouter", en parlant de Robert Dadae, le représentant de la Reine Elisabeth II, la Papouasie-Nouvelle-Guinée étant un royaume du Commonwealth.

Bertie Ahern, le président de la commission électorale, a exhorté toutes les parties à valider le résultat de la consultation. Ce vote était pour "votre paix, votre histoire et votre avenir" et a démontré "le pouvoir du stylo face aux armes", a-t-il déclaré. En effet, ce vote devrait permettre de tourner définitivement la page du conflit armé en 1997 qui a fait quelque 20 000 morts, soit 10 % de la population.

Des réserves minières importantes

Voilà l'enjeu du référendum. Si Bougainville compte parmi les territoires les plus pauvres de l'hémisphère sud, elle est l'une des réserves d'or et de cuivre les plus riches du Pacifique. Et c'est ce que regarde avec attention la Chine. Si l'île devra affronter de grosses difficultés financières administratives, le pays asiatique pourrait leur offrir une aide financière pour les infrastructures et les extractions de ces ressources.

Plusieurs sociétés minières ont d'ores et déjà manifesté leur intérêt pour la reprise des opérations sur le site de Panguna, l'un des plus riches en terme de ressources. Le gouvernement autonome avait d'ailleurs reporté post-référendum la reprise de ce site inactif depuis le début de la guerre civile en 1998 et dans lequel Rio Tinto, groupe minier multinational anglo-australien, a cessé d'être actionnaire majoritaire en 2016.

Jeremy Miller/Bougainville Referendum Commission/Handout via REUTERS
Un habitant de Bougainville, en tenue traditionnelle, participant au référendum d'indépendance le 29 novembre.Jeremy Miller/Bougainville Referendum Commission/Handout via REUTERS

Un long passé colonial

L'île doit son nom au navigateur français Louis-Antoine Bougainville (1729-1811) qui l'explora en 1768. Depuis, l'héritage colonial n'a cessé de s'enrichir. Après un court contrôle allemand entre mars 1942 et novembre 1943, Bougainville a été placé, par les Nations unies, sous la tutelle australienne en 1947. Puis en 1975, quittant le giron de l'Australie, Bougainville est devenue une province de la Papouasie-Nouvelle-Guinée disposant d'un gouvernement autonome.