Au lendemain des attaques de Giorgia Meloni qui accuse certains magistrats d'entraver les mesures destinées à lutter contre l'immigration, le président italien a fait une apparition surprise pour présider la réunion du Conseil supérieur de la magistrature.
À la suite des déclarations de Giorgia Meloni, fustigeant une partie de la magistrature italienne opposée à une réforme constitutionnelle du système judiciaire, le président italien Sergio Mattarella a dirigé la réunion du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), pour la première fois, en onze ans de mandat.
Bien qu'il préside officiellement l'organe autonome du pouvoir judiciaire, Sergio Matarella a reconnu que sa présence à la réunion du CSM n'était "pas habituelle", et qu'il éprouvait le "besoin et le désir de souligner une fois de plus (sa) valeur constitutionnelle".
"Je ressens le besoin de renouveler fermement l'exhortation au respect mutuel" des institutions, "en tout temps et en toute circonstance", a-t-il ajouté.
Dans une vidéo publiée sur le réseau social X mardi, Giorgia Meloni s'est est prise à certains magistrats, les accusant de faire obstacle aux mesures destinées à lutter contre l’immigration clandestine, en particulier au projet de transfert de migrants vers des centres de rétention en Albanie.
"Une partie politisée du pouvoir judiciaire continue d'entraver toute action visant à s'opposer à l'immigration illégale massive", a déclaré la Présidente du Conseil italien.
Sur quoi porte la réforme du système judiciaire ?
Les 22 et 23 mars prochains, les Italiens seront appelés aux urnes pour se prononcer par référendum sur une réforme constitutionnelle du système judiciaire, visant notamment une stricte séparation des carrières entre magistrats du siège et magistrats du parquet.
Le texte prévoit la scission du CSM en deux organes distincts : l'un pour les juges et l'autre pour les procureurs, afin de garantir leur autonomie mutuelle. Il ne serait plus possible de passer d'une fonction à l'autre au cours d'une carrière.
Les membres de ces deux conseils ne seraient plus élus (un mode de désignation critiqué pour favoriser l'émergence de "courants" internes politisés), mais tirés au sort parmi les magistrats éligibles et parmi les professeurs et avocats pour la composante dite "laïque".
Une cour spéciale sera créée pour juger les infractions disciplinaires des magistrats, en dehors des deux CSM, composée de 15 membres : trois nommés par le président de la République, trois magistrats du siège et trois magistrats du parquet tirés au sort et six juges également tirés au sort.
Portée par la majorité de centre-droit, la réforme a été approuvée au Parlement italien en octobre dernier, sans toutefois atteindre la majorité des deux tiers requise pour valider une modification de la constitution. Faute de cette majorité qualifiée, le texte doit donc être soumis à référendum au printemps.
Les partisans de la réforme estiment que la séparation des carrières permettra de renforcer l’impartialité des juges, clarifiant la distinction entre l’autorité chargée de l’accusation et celle appelée à juger.
Ses détracteurs soutiennent que le système actuel garantit déjà l'indépendance du pouvoir judiciaire et redoutent que la réforme serve à accroître le contrôle de l'exécutif sur les magistrats.
Après l'intervention de Sergio Mattarella, le leader du parti centriste Noi Moderati, Maurizio Lupi, s'est déclaré en "accord avec les paroles du Président de la République", estimant qu'"il n'est pas possible que chaque tentative de réforme et de modernisation des institutions soit accompagnée de tonalités apocalyptiques et d'un climat incandescent".
Angelo Bonelli, parlementaire de l'Alleanza Verdi Sinistra (Alliance des Verts et de la Gauche) et co-porte-parole de l'Europa Verde a également affirmé : "Le CSM doit rester étranger aux disputes politiques. Défendre le respect des institutions , c'est défendre la République et sa constitution".