Accidents, polémiques : une application pour faire la paix avec les chasseurs... reportage

9h00 du matin, non loin de Paladru, en Isère : une matinée de chasse commence. Une battue au grand gibier un peu spéciale car les chasseurs ce matin testent une toute nouvelle application smartphone, Landshare, censée améliorer la sécurité et la cohabitation avec les promeneurs et autres vététistes.
Depuis vingt ans, les accidents de chasse ont tué plus de 350 personnes en France, pays européen qui compte le plus de chasseurs ; le nombre d'accidents baisse, mais trop doucement. La saison 2019-2020 détient déjà un mauvais record, avec 9 victimes mortelles.
Port d'un gilet orange, pose de pancartes, règles de tir : malgré ces mesures de sécurité obligatoires, les accidents de chasse restent trop nombreux en France, et la forêt est toujours bien difficile à partager.
Béatrice Étévé, de la Fédération Française de Randonnée : "On a encore des personnes effectivement qui se demandent pourquoi il n'y a pas par exemple des jours de fermeture de chasse le dimanche ou le samedi... Mais si on demande une fermeture de chasse le dimanche alors dans ce cas-là les chasseurs pourraient demander que les randonneurs ne marchent plus un autre jour, mais non ! On est vraiment dans de la cohabitation et l'application je pense est quelque chose de très positif".
Cette application, Landshare, encore en phase d'expérimentation, permet aux chasseurs de faire connaître de manière très précise, grâce à la géolocalisation, la zone dans laquelle ils vont évoluer. Les promeneurs, cueilleurs de champignons, vététistes, sont avertis de leur côté par un signal sonore quand ils s'approchent de cette zone.
Et quand la technologie se met au service de la sécurité et du vivre-ensemble, tout le monde applaudit.
Julien, un cycliste de la Mountain Bikers Foundation, qui fait partie de l'équipe qui teste cette application, espère qu'elle va être de plus en plus utilisée, et dans tous les territoires ruraux : "Ça a favorisé les rencontres, de manière très positive, puisqu'on peut voir où sont les chasseurs, ce qui nous permet, quand on passe à proximité, d'aller leur dire un petit bonjour si on en croise un (...) Donc, il y a besoin de beaucoup de pédagogie, de beaucoup de temps aussi, car il ne faut pas imposer les choses, il faut que les gens adhèrent au projet".
Dépasser les préjugés, désamorcer les hostilités prendra du temps, c'est certain. Mais l'expérience de ces pionniers de la cohabitation le montre, avec un coup de pouce du téléphone portable et un peu de bonne volonté, faire la paix est possible.