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Comment Carlos Ghosn a-t-il pu passer les contrôles au Japon et en Turquie ?

Home of former Nissan Chairman Carlos Ghosn on Tuesday, Dec. 31, 2019 in Beirut, Lebanon (AP Photo/Maya Alleruzzo)
Home of former Nissan Chairman Carlos Ghosn on Tuesday, Dec. 31, 2019 in Beirut, Lebanon (AP Photo/Maya Alleruzzo)   -  
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Carlos Ghosn a réussi un coup de maître en jouant un vilain tour à la justice japonaise. Le patron déchu de Renault-Nissan peut désormais se la couler douce au Liban, où il a déjà vécu de l'âge de 6 ans jusqu'à son adolescence, car le pays l'accueille volontiers et il n'y risque rien. Une personne de son entourage a indiqué qu'il a retrouvé sa femme, Carole, à Beyrouth, assurément dans leur belle villa située dans le quartier huppé d'Achrafiyeh. Les voitures de la sécurité libanaise qui stationnent tout près de la demeure rose aux volets bleu pâle depuis mardi en sont un bon indice.

Voici comment le caricaturiste français Plantu voit sa nouvelle vie :

Les autorités ne vont pas l'ennuyer : l'homme d'affaires, âgé de 65 ans, n'a pas manqué d'investir au Liban, dans les secteurs de l'immobilier et de la viticulture. Quant aux habitants de la capitale, une partie d'entre eux expriment leur respect pour lui, soulignant qu'il est un exemple de réussite. En revanche, alors que la société se révolte depuis octobre dernier contre une classe politique jugée extrêmement corrompue et incompétente, les protestataires n'ont pas raté l'occasion de se moquer de l'arrivée intempestive de Carlos Ghosn.

Lucien Bourjeily, réalisateur et écrivain, réagit notamment sur Twitter :

Il est venu pour le confort et l' "efficace" système judiciaire libanais qui n'a jamais mis un politicien en prison pour corruption, même si des milliards de fonds publics sont détournés chaque année

Comment a-t-il pu passer les contrôles aux aéroports ?

Au Japon, d'où l'ex-PDG du constructeur automobile Nissan s'est fait la belle sans problème, c'est plutôt la consternation qui règne. Comment cet homme, devenu encore plus célèbre depuis son arrestation surprise le 19 novembre 2018 à Tokyo - dont le visage est par conséquent facilement reconnaissable dans le monde entier - a-t-il pu fausser compagnie à la police et à la justice japonaise si facilement ?

Une source au bureau de la présidence du Liban a révélé qu'il était entré dans le pays en provenance de Turquie. Oui, mais avec quel passeport a-t-il pu passer les contrôles dans différents aéroports ? D'autant que ses avocats japonais, qui sont garants des règles imposées par le parquet, affirment qu'ils sont toujours en possession de ses trois passeports, le magnat ayant la triple nationalité, française, libanaise et brésilienne. Selon la télévision publique japonaise NHK, les services d'immigration n'auraient en tout cas repéré aucune trace informatique ou sur vidéo d'une sortie de territoire de Carlos Ghosn.

Le syndicat CGT de chez Renault appuie là où ça fait mal dans un communiqué. "Nous espérons que toute la lumière sera faite sur cette affaire et notamment les complicités dont a bénéficié Carlos Ghosn", est-il écrit.

Le syndicat français dénonce la mentalité de l'ancien patron :

Une nouvelle fois, Carlos Ghosn s'autorise à décider de ce qui relève de la justice ou non, tout comme il s'est autorisé à licencier des centaines de milliers de salariés sans autre forme de procès
Kyodo News via AP, File
Former Nissan Chairman Carlos Ghosn leaves Tokyo's Detention Center for bail in TokyoKyodo News via AP, File

Pas d'accord d'extradition, pas de souci !

Les procureurs nippons se mordent les doigts. Après avoir passé 130 jours en prison, de novembre 2018 à avril 2019, le chef d'entreprise qui fut un temps le mieux payé du Japon était assigné à résidence à Tokyo parce qu'il avait payé une énorme caution de 1,5 milliard de yens, soit plus de 12 millions d'euros. Le parquet avait pourtant pesé de tout son poids pour qu'il ne soit pas libéré, expliquant précisément qu'il risquait de s'échapper.

Ghosn ne court maintenant aucun risque d'être renvoyé au Japon où il disait être victime de "persécution politique", puisqu'aucun accord d'extradition n'existe entre le pays du Soleil-Levant et le Liban. Envolées les quatre inculpations pour des revenus différés non déclarés et pour abus de confiance aggravé ! Un procès par contumace n'est même pas envisageable à Tokyo.

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