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Angoulême : mobilisés, les auteurs BD promettent des actions pendant le festival

Des auteurs dédicacent leur ouvrage au festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le 28 janvier 2017
Des auteurs dédicacent leur ouvrage au festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le 28 janvier 2017   -  
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Yohan BONNET / AFP
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Les auteurs de bande dessinée poseront leur stylo vendredi 31 janvier à 16h30, deuxième jour du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. Tout au moins ceux qui répondront à l’appel de la Ligue des auteurs professionnels, collectif et fédération regroupant près de 1700 adhérents et sept organisations représentatives des auteurs.

D’autres actions sont prévues tout au long du festival d’Angoulême. Christelle Pécout, vice-présidente de la branche BD du SNAC, le Syndicat national des auteurs et des compositeurs, prévient dans un entretien avec Euronews : “les auteurs seront très présents dans tous les événements importants du festival”.

C’est une nouvelle mobilisation de cette branche de la création pour dénoncer la situation économique dans laquelle ils se trouvent. Le festival d’Angoulême leur sert de caisse de résonance depuis plusieurs années, mais en vain.

La précarité que les auteurs de bande dessinée dénoncent est d’autant plus mal vécue que cette branche de l’édition se porte bien, avec un chiffre d’affaires de 276 millions d’euros en France en 2018 soit 11% du chiffre d’affaire de l’édition française. S'ajoute à cela le fait que le ministère de la Culture a décidé de célébrer l’année 2020 comme “l’année de la bande-dessinée”.

La moitié des auteurs de BD vivent avec moins que le SMIC

Les Etats généraux de la bande dessinée en 2016 déjà décrivaient la gravité de la situation. Le rapport rapportait que 53% des auteurs de BD vivent avec moins que le salaire minimum. Les autrices étant encore plus mal loties, la moitié d’entre elles vivant sous le seuil de pauvreté. Les résultats de l’enquête nationale montraient aussi que c’est toute la machine administrative qui dysfonctionne, avec les droits sociaux (88% des auteurs de BD n’ont jamais bénéficié d’un congé maladie) ou encore les difficultés avec l’URSSAF (49% des auteurs ne cotisent pas à la caisse complémentaire de retraite IRCEC / RAAP).

Nouveauté de 2020, alors que les auteurs, toutes branches confondues, interpellaient les pouvoirs publics depuis des années sur la dégradation de leur situation, le ministère de la Culture semble enfin vouloir les entendre. Il a fini par publier mercredi 22 janvier le rapport de Bruno Racine sur “L’auteur et l’acte de création”. C'est l'étude, très attendue par la profession, que l’autrice Marion Montaigne, excédée, avait fini par réclamer sur France Inter quelques jours plus tôt. Lewis Trondheim, auteur lui aussi engagé sur le sujet depuis des années, s’est même fendu d’un dessin ironique pour saluer la publication du rapport.

Cette publication, qui concerne tous les auteurs, reconnaît la gravité de la situation dès la synthèse en introduction :

"La dégradation de la situation économique et sociale des artistes-auteurs se traduit par une érosion de leurs revenus, en dépit de l'augmentation générale de la valeur créée.” Le rapport établit en outre les très grandes difficultés administratives rencontrées par les auteurs ainsi que le morcellement de la représentation collective des artistes-auteurs. Ce morcellement est en défaveur des artistes explique le rapport : "les artistes-auteurs, dont le temps de travail n'est pas rémunéré en tant que tel, pâtissent du déséquilibre des relations avec les acteurs de l'aval (éditeurs, producteurs, diffuseurs, etc)".

Pour y remédier, il plaide pour "une politique des auteurs". L'État doit "s'affirmer dans son triple rôle de régulateur et garant des équilibres, de promoteur de l'excellence, de la diversité et de la prise de risque, tout en se montrant lui-même un acteur exemplaire", souligne Bruno Racine.

Pour Samantha Bailly, autrice et vice-présidente de la Ligue des auteurs professionnels contactée par Euronews, c’est “une première étape fondatrice” alors “que cela fait des décennies que [leurs] problèmes sont ignorés et que la situation se dégrade”. “Nous sommes très satisfait du résultat du rapport tel qu’il est [...] Il fallait une expertise indépendante afin de reconnaître les manquements de l’Etat.” explique Samantha Bailly.

C’est une avancée magistrale pour nous [...] mais la colère est toujours là.
Samantha Bailly
Autrice et vice-présidente de la Ligue des auteurs professionnels

La vice-présidente de la Ligue des auteurs professionnels souligne que pour les auteurs et autrices ce rapport contient “des mesures fortes qui permettraient de reconfigurer le rapport de force entre créateurs et créatrices des différentes secteurs et les diffuseurs de leurs __œuvres” : il “inverse” le principe existant et propose une vision “métier” du travail des auteurs et autrices. En les reconnaissant “comme une profession”, en tant “qu’individu” et pas seulement à travers leurs œuvres, “c_’est une avancée magistrale pour nous_” indique-t-elle.

"La colère des auteurs est toujours là"

Cependant “la colère est toujours là” ajoute-t-elle, les auteurs et autrices restent “méfiants” : “concrètement notre quotidien est toujours le même”. Il est trop tôt pour que ce rapport ait un “impact concret sur [leur] vie”.

Même écho du côté du SNACBD, où Christelle Pécout rapporte une vraie “convergence de tous les auteurs, une unité, quelles que soient les tendances, pour exprimer leur colère.

Du côté des éditeurs, le Syndicat national de l'édition a expliqué à Euronews préférer attendre l’intervention du ministre de la Culture Franck Riester et connaître les recommandations qui seront retenues ou non avant de se positionner sur ce rapport. Ils comptent profiter de l’intervalle de temps pour analyser le document en profondeur.

Les auteurs du SNACBD ont aussi fait le choix de “temporiser et ne pas se faire imposer le rythme par le ministère” explique Christelle Pécout du SNACBD à Euronews. Ils se sont réunis mardi 28 janvier pour “prendre le temps de comprendre ce qui est dans ce rapport, d’en apprécier les préconisations afin d’en donner un avis posé et réfléchi.

La prise de parole du ministre de la Culture n’est pas attendue avant la première quinzaine de février, soit après le festival d’Angoulême ; il présentera alors "les mesures qu'il retient, le plan d'action et le calendrier".

Ce décalage permet de reporter à après le festival la recommandation numéro 17, très clivante, qui propose d’“instaurer [...] une rémunération des auteurs de bande dessinée et littérature jeunesse, dans le cadre de leur participation à des salons et festivals”. Autrement dit le fait de payer les auteurs pour les heures passées à dédicacer leurs ouvrages lors d'événements.

Ce qui est certain, c’est que les auteurs de BD se feront entendre non seulement au festival mais aussi, et surtout, tout au long de l’année 2020. Le SNACBD, par la voix de Christelle Pécout, estime qu’après tout “cette année de la BD est aussi la leur”. Ils l'ont d'ailleurs rebaptisée "Année de la bande décimée".

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