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Idleb : Moscou s'oppose à une déclaration réclamant la cessation des hostilités

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Des Syriens fuient la région d'Idlib, février 2020
Des Syriens fuient la région d'Idlib, février 2020   -   Tous droits réservés  Ugur Can, AP   -   UGUR CAN
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La Russie s'est opposée mercredi à l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une déclaration réclamant une cessation des hostilités et le respect du droit international humanitaire dans le nord-ouest de la Syrie, proposée par la France, a-t-on appris de sources diplomatiques.

"La Russie a dit non", a déclaré à des journalistes l'ambassadeur français à l'ONU, Nicolas de Rivière, visiblement furieux, à l'issue d'une réunion à huis clos très tendue du Conseil. "Il n'y a pas de déclaration", "cela n'a pas été possible", a confirmé son homologue belge, Marc Pecsteen de Buytswerve, président en exercice du Conseil de sécurité en février.

Selon des diplomates, la réunion à huis clos, qui avait suivi une réunion publique, a été marquée par des échanges "d'insultes" et une très vive tension. La Russie a reproché de manière virulente aux Occidentaux "de ne pas comprendre la position russe", a rapporté l'un de ces diplomates. "Le Conseil est complètement paralysé", a-t-il déploré.

L'opposition de la Russie à l'adoption d'un texte commun appelant à l'arrêt des hostilités dans la région d'Idleb a été soutenue par la Chine, selon des diplomates. Lors de la réunion publique, l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, avait demandé aux Occidentaux d'arrêter de "protéger les groupes terroristes" et de "jouer la carte de la souffrance" de la population "dès que des groupes terroristes sont menacés" en Syrie.

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, avait mis de son côté en garde le Conseil de sécurité contre un "péril imminent d'escalade" dans le nord-ouest de la Syrie, après les récentes déclarations de la Turquie et de la Russie.

Passe d'armes entre Moscou et Ankara

"Je ne peux rapporter aucun progrès pour mettre fin aux violences dans le nord-ouest ou relancer le processus politique", avait avoué l'émissaire, le visage fermé. En dépit d'échanges intenses, "aucun accord" n'est intervenu entre Moscou et Ankara et, "au contraire", les récentes déclarations "suggèrent un péril imminent d'escalade", avait ajouté le responsable de l'ONU.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est attiré mercredi une sévère mise en garde de Moscou après avoir menacé de lancer bientôt une offensive militaire en Syrie contre les forces du régime de Bachar al-Assad dans la région d'Idleb.

Selon l'ONU, quelque 900.000 personnes ont été déplacées autour d'Idleb depuis le 1er décembre, dont "plus de 500.000 enfants", dans le cadre d'une fuite devant l'offensive militaire syrienne appuyée par Moscou qui se déroule "dans des conditions atroces".

L'opération a permis aux troupes de Bachar al-Assad de reconquérir tous les secteurs autour d'Alep, sécurisant la deuxième ville du pays en repoussant jihadistes et rebelles qui tiraient des roquettes sur la grande métropole du nord. Pour la première fois depuis huit ans, un vol civil a pu atterrir à l'aéroport d'Alep quelques jours après ces reconquêtes.

La réouverture de l'aéroport et la sécurisation de l'autoroute M5 qui relie la ville à la capitale Damas représentent une victoire symbolique et économique pour les autorités de Bachar al-Assad.

Le processus d'Astana est "fini"

Lors de la réunion publique, l'Allemagne a lancé un appel au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, pour qu'il "entre dans l'arène" et tente de mettre fin aux hostilités actuelles. "Nous avons une responsabilité immense aux Nations unies, au Conseil de sécurité pour arrêter ce qu'il se passe", a plaidé l'ambassadeur allemand Christoph Heusgen.

Le processus dit d'Astana (réunissant Russie, Turquie, Iran) est fini, a aussi estimé l'Allemagne, appuyée sur ce sujet par le Royaume-Uni, l'Estonie ou la Belgique. En vertu de ce processus, une zone de désescalade avait été définie pour la région d'Idleb.

Lors de la réunion publique, les Etats-Unis ont apporté leur soutien dans le bras de fer actuel à la Turquie, membre de l'Otan et qui assume, a rappelé Washington, un poids considérable en accueillant des millions de réfugiés syriens.

La France avait appelé de son côté à "un sursaut collectif" pour mettre un terme à ce qui est qualifié de "plus grande crise humanitaire depuis le début du conflit en Syrie" en 2011.