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Covid-19 : une récession en Europe à l'horizon ?

Covid-19 : une récession en Europe à l'horizon ?
Tous droits réservés  AP / Richard Drew   -   Richard Drew
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Le COVID-19 va-t-il causer une récession en Europe ? Les craintes relatives à l'impact du nouveau coronavirus SARS-CoV-2 sur l'économie du continent s'intensifient alors que les cas de maladie en Italie ont augmenté de façon spectaculaire au cours de la semaine passée.

La situation a déjà influencé les marchés boursiers. Le FTSE 100, le CAC français et le DAX allemand, ont reculé de près de 3 % jeudi et ce vendredi matin, à l'ouverture, le CAC 40 français et le Footsie britannique étaient en recul de 3%. La bourse d'Amsterdam, elle, frôle les -4%.

Si ces baisses se poursuivent, elles pourraient influencer les consommateurs dont la richesse est étroitement liée au marché boursier et avoir un impact sur leurs dépenses.

Les marchés boursiers ont chuté alors que le virus continue de se propager à l'étranger. L'Italie a confirmé des centaines de cas du nouveau coronavirus SARS-CoV-2 et a placé près de douze villes en quarantaine dans le nord du pays.

"En Italie, nous constatons déjà des effets négatifs sur les activités liées au tourisme, comme l'hébergement et les restaurants", explique Nicola Nobile, économiste italien en chef d'Oxford Economics.

Les quatre provinces de Lombardie qui sont les plus touchées par le virus représentent 12 % du produit intérieur brut (PIB) italien et 2 % du PIB de la zone euro, précise M. Nobile, ce qui, selon lui, pourrait avoir un impact d'au moins 0,1 % du PIB au cours de la première partie de l'année.

"Outre le tourisme, nous pouvons également observer certaines conséquences négatives [dans certains secteurs industriels], étant donné, par exemple, les chaînes d'approvisionnement très connectées dans le secteur automobile", ajoute M. Nobile.

Risque de récession européenne en cas de pandémie

D'après des économistes, ce choc pourrait faire entrer en récession une économie européenne déjà fragile. "Si cela se transforme en une pandémie totale, alors la toute la région européenne est susceptible de tomber en récession", affirme Ángel Talavera, à la tête du département d'économie européenne d'Oxford Economics, d'autant plus la croissance de la zone euro a déjà un "rythme très faible".

Une pandémie est définie comme "la propagation mondiale d'une nouvelle maladie" par l'Organisation mondiale de la santé, mais l'organisation internationale n'a pas encore désigné la maladie désignée par le nom COVID-19 comme telle.

"L'Italie est manifestement la plus menacée pour deux raisons, parce que l'épidémie s'y déroule et parce que c'est l'économie la plus fragile de la région", souligne M. Talavera.

Il ajoute : "L'Allemagne est également en danger étant donné que son économie est au bord de la récession depuis un certain temps déjà, et que son important secteur industriel est très exposé à la perturbation potentielle de la chaîne d'approvisionnement que cela pourrait provoquer".

Le tourisme encaisse

Le ministre français des finances a déclaré dans une interview à CNBC le week-end dernier que le secteur du tourisme en France avait déjà été touché par le coronavirus.

Selon Bruno le Maire, "nous avons moins de touristes, bien sûr, en France, environ 30 %, 40 % de moins que prévu. C'est, bien sûr, un impact important pour l'économie française".

Les compagnies aériennes ressentent elles aussi déjà les effets de l'épidémie, surtout après que beaucoup d'entre elles aient annulé tous leurs vols vers la Chine continentale. L'Association internationale du transport aérien a estimé que les transporteurs de la région Asie-Pacifique pourraient perdre environ 27,8 milliards de dollars (25 milliards d'euros) en 2020.

Si cela empêche les compagnies aériennes de fonctionner normalement pendant l'été, "alors cela aura des conséquences importantes, non seulement pour nous, mais aussi pour l'ensemble du secteur", met en garde Rickard Gustafson, le PDG de Scandinavian Airlines, lors d'une interview à CNBC.

Lufthansa a par ailleurs déjà annoncé des mesures visant à réduire les coûts après avoir subi des pertes en raison de la réduction des vols vers la Chine.

Le poids croissant de la Chine dans l'économie mondiale

Paolo Gentiloni, l'actuel commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, à la Fiscalité et à l'Union douanière a déclaré à Euronews au début du mois que plus la durée de l'épidémie serait longue, plus les conséquences seraient lourdes.

"L'importance de l'économie chinoise dans l'économie mondiale a énormément changé depuis la dernière épidémie que nous avons connue en 2003, celle du SRAS. L'économie chinoise représentait à l'époque 4 % de l'économie mondiale, elle en représente aujourd'hui près de 18 %".

Une économie mondiale plus dépendante de la Chine est par conséquent plus affectée en cas de crise dans le pays. "Donc si nous avons un problème en Chine, nous aurons des répercussions sur les chaînes d'approvisionnement de la fabrication, sur les voyages, sur le tourisme [et] sur d'autres secteurs".

De nombreux économistes affirment que les chaînes d'approvisionnement mondiales seront touchées et que la croissance mondiale tournera au ralenti au moins pendant la première partie de l'année.

Gerry Rice, le porte-parole du Fonds monétaire international a souligné qu'il y avait une "incertitude" sur l'économie mondiale et a déclaré que le FMI est "susceptible" de revoir à la baisse "les projections de croissance pour le monde".

"Il est clair que le virus va avoir un impact sur la croissance. Beaucoup dépend simplement de la vitesse de la reprise en Chine, dans d'autres pays, de l'effet d'entraînement, des effets sur les chaînes d'approvisionnement et de la mesure dans laquelle d'autres pays peuvent être touchés de manière significative" a-t-il ajouté.